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Je suis retombé par hasard sur cet article du magazine suisse 360°. Il revient sur le succès du livre, «1940-1945, Années érotiques», où le journaliste Patrick Buisson, désormais Monsieur Communication du Président Sarkozy,  va plus loin que Christian Vanneste en mettant en exergue un lien entre entre homosexualité et collaboration.

article de 360° par Edna Castello

Photo de 1943 via Tucson Gay Museum®©

En acceptant de se prêter à une lecture critique de l’ouvrage, deux historiens, Annie Lacroix-Riz et Mickaël Bertrand, révèlent d’autres dessous du régime de Vichy.

«À Madeleine, ma mère, qui a traversé ce monde ancien la tête haute.» Si l’on en croit le livre 1940-1945, Années érotiques, les Français sont loin d’avoir été aussi irréprochables que la maman de l’auteur, Patrick Buisson, ancien journaliste au journal d’extrême droite Minute, conseiller de Sarkozy et directeur de la chaîne Histoire. Car, à votre avis, que faisaient les Français durant la seconde guerre mondiale alors que leurs soldats se morfondaient dans les stalags? Ils faisaient la fête, ils bâfraient dans les restaurants chics, ils copulaient. Et les femmes de prisonniers? Elles en profitaient pour tromper leurs maris, les garces, quand elles ne se livraient pas à la prostitution. Et sur le chemin de l’exode? Toutes les occasions étaient bonnes pour de «tendres escapades» avec des inconnus. Et pendant les bombardements, que faisait-on dans les caves? Et pourquoi les Français ont-ils perdu la guerre? Parce que la virilité des hommes n’était plus ce qu’elle était du temps dela Grande Guerre, la faute aux femmes émancipées et androgynes paraît-il.

Cette vision d’une France soumise et obsédée par le sexe pourrait faire sourire si elle n’était accompagnée d’un discours moralisateur, réactionnaire et homophobe. Car les sources sélectionnées par Buisson désignent le relâchement des mœurs et l’homosexualité comme étant les premiers responsables de la défaite française. Clé de voûte de sa démonstration, un passage de Jean-Paul Sartre, datant de 44, résumé ainsi: «l’orientation psychopathologique des homosexuels assumés ou refoulés vers la collaboration, […] (est) essentiellement marquée par des attitudes féminines de soumission, de ruse et de séduction à l’égard des Allemands.» Buisson oublie de mentionner que Sartre, par la suite, a souvent soutenu la cause homosexuelle, mais il reconnaît l’influence certaine des préjugés médicaux et psychanalytiques de l’époque qui considéraient que l’orientation sexuelle prédétermine le comportement. Cela n’empêche que Buisson semble ne s’employer qu’à illustrer cette affirmation effarante en convoquant quelques personnalités qu’il accuse de fascination pour l’ennemi, tels Marais, Cocteau, Gide, Genet, Montherlant ou Peyrefitte, ou encore Abel Bonnard, ministre de l’Education nationale, délicieusement surnommé «Gestapette», et accusé d’incarner «la collaboration active et la pédérastie passive». Que Klaus Mann ait décodé ces attaques nauséabondes ne l’empêche pas de les colporter. «On n’est pas loin d’identifier l’homosexualité au fascisme. [ …] On est en train de faire de l’homosexuel le juif de l’antifascisme», disait déjà l’écrivain allemand en 1934.

Un faux livre d’histoire

Une avalanche de citations orientées suffit-elle pour faire une analyse historique? «D’un point de vue scientifique, juge Mickaël Bertrand, spécialiste de l’Histoire contemporaine, l’ouvrage est très mauvais. Il utilise naïvement des témoignages sans jamais se poser de questions sur l’objectivité des personnes qui s’expriment et il ne les remet jamais en question. On ne sait pas si ces personnes ont témoigné pendant la guerre ou quarante ans plus tard, ce qui est très différent car la mémoire recompose. Il cite beaucoup d’articles de presse de droite, voire collaborationniste, et jamais de journal de gauche.» Cette accumulation d’anecdotes sur la sexualité de quelques individus effare également Annie Lacroix-Riz, spécialiste de l’Histoire des relations internationales: «Ce qui me frappe, c’est la ressemblance de ce type d’ouvrage avec la presse d’extrême droite. L’une des spécialités de Minute dans les années 60 était justement de s’étendre sur la sexualité de l’ennemi, les arabes à l’époque, de les accuser des pires abjections.» Expliquer la défaite française par la débauche et l’homosexualité lui semble par ailleurs aberrant: «Y avait-il moins de bordels ou moins d’homosexuels de 1914 à 1918? La sexualité n’explique pas les prises de décision politiques, ni la défaite soigneusement programmée par Vichy.» (Voir encadré) Pour Mickaël Bertrand, le livre est d’autant plus pernicieux qu’il aborde le sujet très intéressant en soi de la sexualité pendant la guerre: «Une grande partie des hommes était à la guerre, les femmes étaient seules avec ceux qui restaient… Ces quatre ou cinq années ont été un grand moment de liberté sexuelle, bien plus qu’en mai 68.»

Beaucoup de bruit pour rien

Faut-il s’étonner du succès d’un livre ayant une couverture médiatique aussi importante et un titre aussi racoleur? Pour Annie Lacroix-Riz, ce type d’ouvrage est tout simplement dans l’air du temps: «Entretenir l’intérêt des gens pour les people, leur sexualité, leur argent, c’est éviter de développer une réflexion politique. Il vaut mieux que les Français pensent quela Francea perdu la guerre à cause d’une débauche de sexualité plutôt qu’à cause de leur classe dirigeante. L’indignation des Français a été canalisée sur les femmes tondues. Pourtant jusqu’en août 44, au moment de la libération, des tractations financières continuaient entre les banques françaises et les occupants allemands. On habitue les gens à croire ce qu’on veut. Le succès du livre nous en dit long sur l’état d’esprit des Français aujourd’hui…» Comme toujours, le tapage médiatique autour d’un détail permet de faire oublier le fond. Quant à ce que l’on sait de la vie des homosexuels sous Vichy, pour Mickaël Bertrand, il serait bon à présent de faire une synthèse: «Aujourd’hui, on connaît l’homo victime et l’homo collabo. Il est temps de découvrir les homos résistants, héros de la patrie.» Finalement, de la vie quotidienne des gays et des lesbiennes sous l’occupation allemande, on ne sait toujours pratiquement rien, alors que les archives sont désormais accessibles…

1940-1945, Années érotiques de Patrick Buisson, Albin Michel

Le site d’Annie Lacroix-Riz: http://www.historiographie.info/

Le blog de Mickaël Bertrand: http://histoiredememoire.over-blog.com/

3 Comments for this entry

  • Dans le livre sur Céline et l'occupation (Le Paris de Céline.Albin Michel Ed.), co-écrit avec l'insupportable Lorant Deutsch, ce malfaisant arrive à ne pas évoquer les raisons de l'exil de l'écrivain à la libération. Ce qui est tout de même une distorsion de l'histoire assez prononcée.

  • Bruno Armengaud dit :

    bonjour !!! passioné par cette preriode treoiube de notre histoire je confirme moi aussi que la periode de l'occupation Allemande n'etait pas si dure " POUR TOUT LE MONDE " comme on a ien pu le preciser dans bon nombre d'ouvrage oui pendant cette periode ben les restaurants et les lieux de nuit n'ontjamais ete aussi remplis !!! de toute facon les sections d'assaut SA etaient composeés de bon nombre de gay …. eercice qui parait t'il les auraient reconduit sur le droit chemin !!! notre doyenne des chanteuses francaises Marjane qui a fetée ses 101 ans le 25 aout dernier le confirme bien " de toute facon pendant la guerre ben fallait bien subsister le marché noir n'etait il pas une forme de collaboration ,,,,?? lorsqiue le peuple a faim et froid ,tout les moyens siont bon !!!

  • steven dit :

    Via Twitter : C'est un rebut pétainiste.

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