Monsieur Majuscule

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La majuscule
La majuscule

Depuis quelques semaines un nouvel énergumène se ballade dans mon entourage cédant à la tentation quelque peu déconcertante de placer à chaque mot qu’il juge important une majuscule… depuis lors je maugrée et m’use l’esprit à tenter de le convaincre que l’usage de la majuscule n’est pas une pratique libre mais une règle orthographique. En effet, L’usage des majuscules en français est encadré par des conventions orthographiques et typographiques. Il en découle que le non-respect de celles-ci, par l’usage incorrect d’une minuscule ou d’une majuscule, peut être une faute d’orthographe.

(merci à wiki)

Je cède donc ici à la tentation de reprendre le plus succintement possible les principes de base de l’usage de la majuscule en langue française :

1. La majuscule en fonction de la place du mot : voilà qui ne pose en général que peu de problème il s’agit donc de mettre une majuscule au premier mot d’un texte ou d’un alinéa. Cela s’applique également au premier mot suivant un point, qu’il soit simple, d’interrogation, d’exclamation ou de suspension.

2. En fonction de la nature du mot : La majuscule s’utilise pour les noms propres et pour indiquer le sens particulier d’un mot (état et État).

3. Les règles particulières :  Certains noms propres sont devenus des noms communs. Dans ce cas, ils perdent la majuscule, sauf si le rapport avec la valeur primitive est toujours perceptible. Ainsi, les appellations génériques de certains vins ou fromages sont des noms communs, alors qu’elles viennent de noms de région ou de ville. Par exemple, on écrit un bordeaux pour désigner un vin de Bordeaux.

Le procédé d’antonomase inverse existe également. Il consiste à transformer un nom commun en un nom propre pour désigner une réalité ou une personne en particulier, et non plus seulement la chose générale définie par le nom commun. Ce mot prend alors la valeur d’un nom propre, y compris pour l’usage de la majuscule. C’est, par exemple, le cas de « État ». Un « état » est une manière d’être. En revanche l’autorité qui gouverne un territoire est l’« État ». Par contre, le mot « états » au sens d’« assemblée provinciale chargée de voter l’impôt en dehors des pays d’élection » garde une minuscule (l’État français ; un coup d’État ; une voiture en bon état).

En science, on met une majuscule à « homme » lorsque celui-ci désigne l’ensemble de la catégorie Homo (l’homme de Cro-Magnon ; les droits de l’homme ; les origines de l’Homme ).

On parlera ainsi de l’empereur Napoléon ou de l’Empereur; du général de Gaulle ou du Général si ces termes s’appliquent de manière évidente à ces personnalité dans un texte.

4. Les institutions : ces noms s’écrivent sans majuscule pour les institutions qui ne sont pas uniques mais avec une majuscule au premier mot de l’entité pour les institutions qui ont un caractère unique : le conseil régional ; la cour d’appel ; la Cour de cassation ; le Conseil d’État, le Sénat. Les publications officielles, en particulier celles du Journal officiel de la République française, utilisent peu de majuscules, notamment pour les désignations des ministères, par exemple : « ministre/ministère des affaires étrangères » et non « Ministre/Ministère des Affaires Étrangères », « directeur » et non « Directeur » (mais « Direction », « Président de la République » et « Premier ministre »).

L’usage abusif de la majuscule doit être réservé à la langue anglaise où c’est la règle. En français, les mots se suffisent à eux mêmes alors évitons les Assemblées générales de copropriétés ou autres Règlement interne de l’association de défense du Quartier…

Votre charte associative ne sera pas plus respectée si vous l’écrivez Charte …

9 thoughts on “Monsieur Majuscule

  1. via facebook
    Mais la majuscule fait aussi la grandeur et la noblesse de l’institution ! C’est comme ceux qui ne peuvent pas s’empêcher de mettre une majuscule à Préfet

  2. via g+

    je suis un grand défenseur de notre bonne vieille orthographe française, donc merci !!! ;-p

  3. Je vais être beaucoup moins lyrique que vous, mais moi ce qui me turlupine le plus, outre l'usage des majuscules partout, c'est la manière d'écrire les chiffres et ceux qui mettent un "s" à milliards en abrégé : Mds ne veut rien dire et c'est la même chose avec millions (Ms). J'ai beau leur faire une copie d'un petit article écrit par les correcteurs des documents de l'Insee expliquant comment écrire les chiffres (quand faut-il les mettre en toutes lettres,…), rien n'y fait, et encore j'ai de la chance quand je ne trouve pas deux manières d'abréger les chiffres dans un même document.
    Anne

  4. Chère Hauteur,

    Comme il est doux qu’après la discorde souffle la brise légère de la concorde (et non la Concorde, fameuse place parisienne). Je sens dans vos écrits l’envie pacifique que cessent nos querelles typographiques, et la reconnaissance, quelque peu normande, que nous n’avons ni tort ni raison. Ma foi, puisque j’ai cru comprendre que vous aviez Shakespeare en sympathie, je ne manquerai pas de reprendre ce fameux passage d’Henri IV où l’archevêque d’York rappelle aux belligérants que « la paix fait partie intégrante de la conquête, où chaque partie s’apaise noblement, et aucune n’est perdante » (NDLA : traduction personnelle depuis l’anglais). Ainsi donc, cher Prince John, vous aurez votre paix, et je vous reconnaîtrai une partie de la raison. Il est vrai que dans une conception scientifique et rigoriste de la langue, l’usage de la majuscule est défini et encadré comme peut l’être l’envolée lyrique d’un ingénieur atomique.

    N’oubliez pas toutefois mon très cher Auteur, qu’« étendue en son sens supérieur [est] la connaissance de toute chose dans son principe même, en tant qu’essences éternelles au-delà de toute manifestation ; dans un sens que l’on peut dire moyen, c’est la cosmogonie, c’est à dire la connaissance de la production ou de la formation du monde manifesté ; enfin dans le sens inférieur, c’est la connaissance des vertus des noms et des nombres. » (René Guénon, Les Symboles de la Science Sacrée, « La Science des Lettres », dont les développements sur la question sont directement corroborés par les enseignements d’Ibn Arabi dans les futuhat al-makkya, c'est dire…)

    Chère Hauteur, dans votre Essence éternelle, accordez-vous donc d’en prendre un peu (elle vous va si bien), toute légère fût-elle, et ne restez rigoureux dans votre orthographe que face au Léviathan amorphe et stérile qu’est l’administration juridico-administrative de notre pays.

    Je vous en sais plus que capable, et vous rends donc ce qui vous appartient, la Raison du débat. L’anecdote est synecdoque, vous pourfendez par la Lettre.

    A la prochaine joute,

    Yamine Usc’Ulh

    PS : tu es l’oriflamme des Immortels désormais !
    PS 2 : figure-toi que j’ai découvert que mon antonomase inverse découle d’une conception particulière de l’antanaclase… comme chacun sait.
    PS 3 : bon, je l’ai ma Charte du coup ?

  5. Cher auteur,

    Depuis plusieurs semaines dans mon entourage, figurez-vous que c'est le contraire qui pour moi s'est produit. Sorti des bosquets de la vindicte syntaxique et de la propension dogmatique, il a brandi haut le panneau de la Connaissance des Mots ! Doctus cum libre, il professe à coups de copier-coller de wiki, dont, je dois reconnaître, la page est bien faite. Bèche et râle le Bescherelle, car les siècles d'enseignement des hussards de la République n'ont point atteint l'excellence d'une bible du Savoir collaboratif où les connaissances individuelles fondent la culture universelle.

    Puis-je ainsi rappeler, notamment en m'appuyant cette fois sur wikipedia qui cite ce procédé dont je fis déjà l'occurrence dans mes courriers à l'attention de cet autocrate de l'orthographe, que l'antonomase inverse permet justement de rendre capitale la première lettre d'un nom.

    Débat onomastique de haut vol, c'est maintenant sur Reverso que je trouve pour ma part une définition simple, honnête, qui a l'avantage de s'appuyer sur une pratique fort usuelle pour illustrer la Raison, ce qui rendra d'autant plus audible ma position au linguiste forcené. Il sera encore l'heure de soliloquer, d'avancer moult arguties afin de propager le doute et la défiance dans l'esprit de ceux qui ne savent pas, qui n'osent pas rendre capitales les lettres premières de leurs Valeurs universelles, de leurs Aspirations spirituelles… Ô Tragédie orthographique, suspends ton vol, l'homme a besoin enfin de distinguer de la masse verbeuse le Mot. Il cherchera donc une telle précision savante, qui clouera temporairement le bec aux docteurs minuscules :
    « On peut utiliser la majuscule comme marque de déférence, de considération, notamment dans le courrier que l'on adresse à quelqu'un. »

    Alors vont tomber les « mais enfin, quelle déférence faut-il avoir vis-à-vis d’un texte associatif », ou « des statuts sont-ils comparables au directeur dont vous dépendez ? », ou encore « la considération excessive portée à ces paragraphes atténue d’autant celle que j’ai à votre égard ». Je répondrai alors vertement, avec la détermination d’un utopiste des mots et d’un enthousiaste de la Langue : « Monsieur, usez de l’orthographe comme d’une mélodie, afin que chacune de vos rédactions ait la valeur au moins à vos yeux, d’une symphonie légère qui situera au panthéon de l’écrit une simple lettre, une simple charte, un simple mot. Et songez que lorsqu’on écrit à l’être aimé, il n’y a jamais assez de majuscules ni de règles pour appuyer l’adoration portée à cet ange merveilleux. Alors fi du minuscule, faisons de chaque document une œuvre, pour nous au moins, qui méritera un tant soit peu d’amour et de considération, de respect et d’admiration, et que simplement une toute petite lettre, un tout petit signe, permettra de souligner, pour le bonheur simple et juvénile d’un cœur humble, celui d’un jeune auteur. »

    Je repars heureux d'avoir défendu la Lettre, bien que ce coup d'épée ne soit point l'estocade, que je m'évertuerai de porter dans des temps proches et empressés.

    Ma considération la plus grande néanmoins pour le Chevalier gardien du conservatisme académique, chapeau bas d'un amateur de la Langue !

    1. Cher lecteur,
      j'ai cru entrevoir derrière votre sourire le regard perçant de Léon-Paul Fargue s'écriant "Monsieur, je suis l'offensé, j'ai le choix des armes, je choisis l'orthographe. Donc, vous êtes mort …"
      Derrière le talent de votre plume transparaissent quelques injustices bien pardonnables … je passerai donc sur la vindicte syntaxique et la propension dogmatique, sans m'attarder non plus sur la dénonciation d'usage illicite de sources par ailleurs citées dans l'article. Nous cherchons ensemble à distinguer dans votre agréable "masse verbeuse" les faits, des préférences orthographiques qui sont malheureusement le fruit de paresses adolescentes…

      « On peut utiliser la majuscule comme marque de déférence, de considération, notamment dans le courrier que l’on adresse à quelqu'un». Cela est exact, l'orthographe peut se soumettre à la flatterie de courtisans en mal de reconnaissance … Ah Monsieur le Directeur qu'il est doux à mon coeur de vous "majusculer" à tout va pour satisfaire vos rêves les plus obscurs de domination du petit monde qui vous entoure !

      Cher lecteur permettez, pour votre plus grand plaisir, que je vous nomme "Cher Lecteur" car nous sommes libres ici de nous affranchir des règles de l'orthographe les plus élémentaires et même d'inventer des mots au gré de nos plaisirs communs mais j'ai bien peur que dépassé le cadre "privé" de nos échanges, la chose soit moins aisée dans la sphère publique de documents officiels. Soyez poète lorsque vous écrivez à l'Etre aimé mais rigoureux dans vos actes administratifs.

      Chaque jour je rédige notes, rapports, textes juridiques et autres fiches qui sont lus, relus, raturés, martyrisés par les plumes autrement plus dures que les nôtres; celles des directeurs de notre chère administration. Chaque jour je prend conscience de mes lacunes orthographiques, grammaticales et syntaxiques qui sont, croyez moi, variées et nombreuses. Vous en trouverez bien quelques exemples malheureux dans ce blog …

      Pour agaçant que cela soit je ne saurais que trop vous engager à croire, comme moi, que ces corrections, loin d'être des agressions, ne sont que des leçons nous permettant de progresser dans notre amour et notre respect de la langue française.
      "L'orthographe est de respect; c'est une sorte de politesse." Alain

      PS. Comment as tu pu me transformer en quelques jours, moi le cancre des dictées, en chevalier du conservatisme académique ??

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