lettre aux trentenaires…

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Les trentenaires se rencontrent
Les trentenaires se rencontrent

“Madame, Monsieur,

J’apprécie votre énergie et votre sens de l’imagination. J’admire et je respecte tout ce que vous représentez, l’espoir des jeunes couples, les fantasmes des adolescents, les désirs de carrières, les envies de départ. Les envies de grands départs, ceux avec un sac comme seul bagage, avec une destination comme seul programme. Les départs pour plusieurs semaines, plusieurs mois, avec l’imprévu comme unique cahier des charges. Les désirs de grandes carrières, pas celles étriquées dans de petits bureaux avec ses petits dossiers et ses petits stylos bien alignés. Pas ces carrières qui commencent par des concessions, se poursuivent par des “pour le moment j’apprends” et se terminent par des “il faut bien manger”. Les envies de grandes amours, celles échevelées et passionnées, celles qu’on se promet éternelles, indestructibles, celles qui n’ont pas peur de transpirer, de pleurer et de flirter avec la rupture.

Mais ces rêves sont dangereux. Vos cheveux blanchissent, votre ventre s’arrondit, vos yeux se creusent, des rides apparaissent. Chaque matin, votre miroir veille à vous apporter un témoignage du passage du temps. C’est pour cette raison que je me permets de vous faire parvenir ma candidature spontanée pour vous accompagner. Sans moi, vous allez droit dans le mur.

Je suis le coucher tôt. Je suis le “ça serait pas raisonnable”, le “on a plus vingt ans”, le “soyons sérieux” et le “pas ce soir, j’ai eu une journée épuisante”. Je suis la mesure, la voix fredonnée, le cocktail sans alcool, le “c’est pas bon pour mon cholestérol” et le “faut que je me surveille”. Je suis la première gorgée de bière et le café du matin, je suis les plaisirs simples qui ne mange pas de pain, je suis votre quotidien, je suis l’ordinaire. Je suis parfois l’ennui et souvent les doutes, je suis la sagesse inassumée et la jeunesse perdue, je suis la crise de la trentaine.
J’ai plein de chose à vous apprendre.

Engagez-moi. Si vous ne le faites pas, je viendrais quand même… Mais ça sera plus douloureux.”

Extrait de “Dans l’attente d’une réponse favorable” de Gilles Marchand

merci à Romain pour cette édifiante trouvaille

4 thoughts on “lettre aux trentenaires…

  1. Cher auteur,

    Voilà depuis les débuts que je vous lis; Vos messages, à l'impact indéniablement certain sur le lecteur que je suis, ne cessent de m'ébranler.

    Vous connaissez mon esprit critique et mon objectivité à toute épreuve. Je voulais donc, en toute sympathie et n'en prenez ombrage je vous prie, vous posez cette question polémique mais essentielle : comment faites-vous pour avoir autant d'accuracy, de präzision kantienne même, bref de talent ?

    Pardonnez mon outrageante licence et merci de votre réponse,

    Votre abonné

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