Pierre Bordry s’en va…

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Il m’est arrivé de croiser Pierre Bordry au gré de dossiers au Conseil d’Etat, bien éloignés de la lutte contre le dopage… Téléphone vibrant, regard attentif à l’apparition de journalistes eux mêmes aux aguets, Pierre Bordry est un homme débordé et il adore visiblement ca!

C’est un conseiller d’Etat atypique car issu des promotions politiques. Diplomé de l’ESSEC et de l’université du Delaware, Pierre Bordry est avant tout un notable centriste. En 1965 il est chef de cabinet de l’homme qui fait trembler de Gaulle et le clivage droite/gauche, Jean Lecanuet. En 1967 il devient secrétaire général du groupe de l’union centriste au Sénat avant d’être nommé porte parole de l’Élysée, en 1969, par Alain Poher, alors Président de la République par intérim et surtout candidat à la présidence contre George Pompidou.

Cette fidélité à Alain Poher se confirmera tout au long de sa carrière. Il reprendra les mêmes fonctions lors du second intérim en 1974 puis deviendra chef de Cabinet du Président du Sénat jusqu’en 1987 et sa nomination au Conseil d’État par Jacques Chirac. En 1989, probablement lassé du calme des couloirs du Palais Royal, il reprend le chemin du Palais du Luxembourg jusqu’en 1992 et le départ définitif du second personnage de l’Etat.

La seconde cohabitation est marquée pour lui par un étonnant passage au Cabinet de Charles Pasqua où il s’occupe de la réforme de la police nationale… mais en 1997, la page des cabinets ministériels se tourne et Pierre Bordry retourne au Conseil d’Etat en doublant ses activités par la présidence du Haut Conseil de Déontologie de la Police Nationale puis du Conseil d’administration du Centre Hospitalier National des Quinze-Vingt.

En 2005, il prend la tête du Conseil de prévention et de lutte contre le dopage et le transforme en “Agence française de lutte contre le dopage” un an plus tard. C’est alors qu’il se fait connaitre du grand public lors du Tour de France 2008. L’AFLD, qui avait hérité cette année-là de la responsabilité des contrôles en raison du conflit entre l’Union cycliste internationale (UCI) et ASO, la société organisatrice, avait débusqué sept positifs dans le peloton, dont l’Italien Riccardo Ricco et l’Autrichien Bernard Kohl. Fort de ce succès, P. Bordry n’a cessé de revendiquer un plus grand rôle pour son agence, au risque d’en agacer plusieurs dans le milieu sportif. Face à ces attaques, l’UCI avait opté pour la solution de facilité en se passant des services de l’Agence lors des courses cyclistes en France cette saison. L’AFLD avait dû faire appel à l’arbitrage de l’Agence mondiale antidopage (AMA) pour pouvoir réaliser ses propres contrôles sur certains coureurs lors du dernier Tour de France.

Pierre Bordry n’est pas mort mais cet infatigable a décidé de prendre du recul … du repos … peut être une retraite bien méritée après tant d’années au service de l’Etat. pour une fois qu’on peut rendre hommage aux hommes de biens de leur vivant ne nous en privons pas !

1 thought on “Pierre Bordry s’en va…

  1. Et voilà encore une démonstration tragique d'un départ à la retraite d'un homme épuisé par une carrière à la solde du capital grandissant et égoïste. Il aura du attendre l'âge canonique de 71 ans pour pouvoir se retirer enfin, avec une petite pension, dans un petit appartement du 20e arrondissement ! D'aucuns prétendent que sans EPO, il n'aurait pas tenu jusque-là.

    C'est la lutte finale camarades !

    (ceci est un message à objectif nul, merci de ne pas en avoir espéré une quelconque utilité)

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