J’ai rencontré la justice…

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Je ne suis pas vraiment un habitué des prétoires et tribunaux et l’un de mes plus grands regrets d’étudiant bordelais est de ne pas avoir pu assister, à l’époque, au dernier procès de la collaboration française en la personne de Maurice Papon.

Je ne vous cacherai donc pas ma surprise relative à l’ambiance générale qui pèse sur un tribunal lorsque j’ai été amené à la découvrir, je précise, en tant que spectateur.

Je ne pourrai oublier ces mouvements perpétuels d’entrées et de sorties d’une cohorte de robes noires, ces avocats qui sont aussi à l’aise que dans une salle de bain et semblent ne plus voir les gens qui s’écrasent doucement sur les bancs espérant ainsi disparaître à la vue du procureur de la République. Je n’oublierai pas non plus celui là. Il lit ses réquisitions en se balançant d’avant en arrière avec le ton de celui qui vérifie qu’il n’a rien oublié sur sa liste de course.

Je n’oublierai pas non plus le regard de cette mère de bonne famille qui voit son fils s’approcher à chaque minute davantage de la case prison parce qu’il n’est somme toute qu’un jeune con relativement inconscient… pense t’elle encore à ces phrases béates prononcées au moment de sa naissance « le plus beau jour de ma vie » ; « une expérience inimaginable… être mère »… Oui être mère d’un gosse qui se drogue, se fait retiré son permis à 19 ans, participe à un rodéo automobile le lendemain, essaye de se faire passer pour son frère devant les policiers et finit avec 3 mois de prison ferme… être une mère qui se sent mal et doit quitter le tribunal pendant les réquisitions du procureur…

Je ne l’oublierai pas non plus ce « jeune con » qui paraît terrifié, bredouille quelques excuses soufflées par son avocat et à qui la juge ne laisse aucune chance. L’interrogatoire ressemble à ces jeux impossibles où quelque soit la réponse que vous pouvez apporter … vous avez perdu d’avance. « Pourquoi conduisez vous alors qu’on vous a retiré le permis M. X ? » … « Parce que j’ai besoin de la voiture pour aller travailler Madame »… « et le jour où vous avez été arrêté, sur un parking à 3h du matin, vous alliez travailler ? » … « Non madame » « Alors dites moi : Pourquoi conduisez vous alors qu’on vous a retiré le permis M. X ? »… (silence).

Il aurait pu répondre « parce que j’ai été con et je suis vraiment désolé » mais cela n’aurait rien changé.

J’ai espéré que le tribunal suivrait son avocat et qu’il écoperait de sursis assorti d’une obligation de soigner son addiction mais il n’en fut rien… Le jeune X, 20 ans, a été condamné à 3 mois de prison ferme mais sans mandat de dépôt. Le juge d’application des peines choisira de lui mettre un bracelet électronique ou de l’autoriser à sortir de prison pour aller travailler afin qu’il ne perde pas les liens positifs qu’il a encore avec la société. Mon regret ? le regard du « jeune con » sortant du tribunal. On y sent bien la peur et le regret de s’être fait prendre mais aucune honte vis à vis de lui même et de sa mère.

Quelques heures plus tard je croise un autre jeune qui vient d’écoper de 4 mois de prison avec sursis… il a les yeux qui brillent et en sortant il rabat sa capuche sur sa tête pour cacher sa colère, sa honte et ses larmes.

A cette minute, j’ai rencontré la justice.

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