Larry Clark à Paris – article interdit au moins de 18 ans :-)

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Article NSFW et interdit aux moins de 18 ans … 

Larry Clark expose la sexualité des adolescents à au Musée d’art moderne de Paris. Bertrand Delanoe a alors décidé d’interdir l’accès à cette exposition aux moins de 18 ans … vous trouverez ci dessous deux articles du monde sur le sujet. Le premier expose la nature du débat à la Mairie, le second le point de vue de l’artiste… Bonne fin de week-end.

Fallait-il interdire l’exposition Larry Clark aux moins de 18 ans ? Cela fait deux semaines que la Mairie de Paris tente de justifier cette décision inattendue.

Ce n’est pas simple, et pour cause : il y a trois ans, presque jour pour jour (10 octobre 2007-6 janvier 2008), la Maison européenne de la photographie (MEP), association subventionnée par la Ville de Paris, présentait deux volets majeurs de l’oeuvre de Larry Clark, “sans aucun souci”, précise-t-on à la MEP : le public avait pu découvrir les photographies de l’album Tulsa (1963-1971), sorte de journal intime sur une jeunesse américaine à la dérive, entre sexe, violence et drogue. Il y avait aussi quelques oeuvres de Teenage Lust, publié en 1971, sur la sexualité des adolescents, et tout particulièrement la photo de couverture, celle-là même qui semble poser problème aujourd’hui.

L’édition du catalogue de l’exposition a provoqué les mêmes difficultés. Pour pouvoir publier toutes les images qu’il souhaitait, le photographe a fait réaliser l’ouvrage non par l’éditeur de la Ville mais par sa galerie londonienne.

Ce qui était visible il y a trois ans par tous les publics ne le serait donc plus aujourd’hui. Un peu amer, le directeur du Musée d’art moderne de la Ville de Paris, Fabrice Hergott, tient à préciser que “Larry Clark montre la vie, la vérité dans les années 1970. Il a découvert un monde que personne avant lui n’avait vu. Que ses oeuvres puissent être assimilées à de la pornographie ou de la pédophilie le blesse beaucoup, et moi aussi”.

Aux deux élus Verts de Paris, Danielle Fournier et Sylvain Garel, qui ont regretté que “la Ville s’autocensure”, Bertrand Delanoë répond que le contexte “idéologique” et “juridique” a changé. Dans une lettre datée du 27 septembre, il rappelle “l’injuste procès” intenté en 2006 contre le directeur du Musée d’art contemporain, le CAPC de Bordeaux, Henry-Claude Cousseau, et les deux commissaires de l’exposition “Présumés innocents, l’art contemporain et l’enfance”, Marie-Laure Bernadac et Stéphanie Moisdon : une association avait dénoncé “la diffusion de l’image d’un mineur présentant un caractère pornographique”. Après dix années d’instruction et une ordonnance de non-lieu de la cour d’appel de Bordeaux, l’association a décidé de se pourvoir en cassation.

“Jurisprudence très claire”

Le maire cite ensuite la loi de 2007 sur la protection de l’enfance, laquelle punit de trois ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende le fait “de fabriquer, de transporter, de diffuser par quelque moyen que ce soit et quel qu’en soit le support un message à caractère violent ou pornographique ou de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine” ou de “faire commerce d’un tel message”, lorsque ce message est “susceptible d’être vu ou perçu par un mineur”.

A l’attention des Verts, le maire poursuit : “Votre proposition de lever l’interdiction aux moins de 18 ans fait courir, sans aucun doute, au conservateur du musée, aux commissaires et accessoirement à moi-même un risque pénal incontesté. La jurisprudence est très claire sur ce point : l’interdiction édictée par le code pénal étant générale, un avertissement (signalant dans l’exposition que certaines photos peuvent choquer) ne saurait suffire”, écrit Bertrand Delanoë. “Nous avons préféré interdire l’exposition aux mineurs, pour permettre à Larry Clark de montrer ses oeuvres en toute liberté”, résume Christophe Girard (PS), adjoint à la culture du maire de Paris, qui ajoute : “A l’avenir, il faut se battre pour modifier la loi de 2007. Puisque la loi est devenue très sévère, soyons radicaux !”

Cela ne convainc pas Emmanuel Pierrat, avocat des deux commissaires de l’exposition “Présumés innocents”. “Le contexte juridique n’a pas changé. La loi de 2007 n’a fait que durcir une législation existante. Quant au contexte idéologique, c’est le même depuis dix ans. En fait, la Mairie de Paris s’est fait peur. Surtout, elle donne un mauvais signal de jurisprudence aux autres lieux d’art contemporain.”

Clarisse Fabre
 

timthumb.phpComment avez-vous réagi à l’interdiction de votre exposition aux mineurs ?
Je suis choqué et surpris. Les photographies qui posent problème ont été isolées de leur contexte. Et elles ont été montrées plusieurs fois en France sans problème : à la Bibliothèque nationale, à la Maison européenne de la photographie (MEP), à la galerie Agathe Gaillard au début des années 1980.

MACHAEL-2Comment l’expliquez-vous ?
Cette censure est une attaque des adultes contre les adolescents. C’est une façon de leur dire : retournez dans votre chambre ; allez plutôt regarder toute cette merde sur Internet. Mais nous ne voulons pas que vous alliez dans un musée voir de l’art qui parle de vous, de ce qui vous arrive. Les enfants aiment mon travail, il leur parle. Je trouve qu’on devrait faire le contraire, interdire l’expo aux plus de 18 ans ! Je fais ces images pour moi et pour les adolescents. Oui, il y a du sexe et de la nudité, mais ça fait partie de la vie. Dans Tulsa, il y a un jeune garçon qui se regarde en pleine érection. Mais tous les garçons ont fait ça ! Dans le contexte de mon travail, ce n’est pas de la pornographie, ce n’est pas une mise en scène faite pour titiller, c’est la vie.

Avez-vous été confronté à la censure dans d’autres pays ?
Mes films ont été censurés : à Moscou, Ken Park (2002) a été retiré après quelques jours, en Australie, il a été interdit. Je n’ai pas fait de films depuis quelques années car c’est difficile de trouver des fonds, même si mes films ont du succès. Pour mes photos, il y a eu des remous, comme lorsque la série Tulsa a été montrée aux Etats-Unis la première fois. Mais elles ont toujours pu être présentées avec un avertissement à l’entrée.

Pourquoi êtes-vous tellement attiré par l’adolescence ?
J’ai eu une adolescence de merde. J’ai commencé la drogue à 15 ans. Je n’ai atteint la puberté qu’à 16 ans, je pensais que j’étais anormal. J’étais maigre, mon père ne m’aimait pas, il ne me parlait pas, je l’embarrassais. Je me souviens d’une fois où il m’a regardé et a dit tout haut : “Je ne sais pas ce que j’ai fait de mal pour avoir cet enfant.” Et il est sorti de la pièce.

TL25Vous voulez rattraper votre adolescence ?
Non, je ne peux pas. Mais c’est une période cruciale. A mon époque, on ne parlait de rien, les drogues n’étaient pas censées exister, il n’y avait pas de sexe, pas d’inceste, pas de pédophilie. Une fille au collège avait cinq frères, et ils la baisaient tous. J’ai voulu montrer les choses que personne ne montrait. Teenage Lust (1983), c’est ce qui se passait, les ados faisaient l’amour, étaient violents, prenaient de la drogue, ils s’amusaient, ils ne s’amusaient pas, ils tombaient amoureux. Dans mes films je montre des groupes d’adolescents qu’on ne connaît pas. J’ai suivi Jonathan Velasquez, le skater de mon film Wassup Rockers (2005), pendant toute son adolescence. Ces skaters de Los Angeles, les gens en ont peur. Ils sont pauvres, mais ils profitent de la vie.

Quelle est votre relation avec vos modèles ?
Je les fréquente, j’apprends à les connaître. Je leur montre mes films. Je deviens l’un d’entre eux, même si je suis plus vieux qu’eux. Ils m’apprécient. Si je n’étais pas cool, comment pourrais-je ne serait-ce que m’approcher d’eux ?

Mais quand vous leur demandez des poses sexuelles, mesurent-ils la portée de leurs gestes ?
C’est impossible de répondre à cette question ! Mais je ne les trompe pas, je leur explique, je leur montre mon travail.

Quel âge a le garçon de la série “1992”, qui pose en caleçon en mimant une strangulation ?
Je ne me souviens pas. Peut-être 18 ans.

Pouvez-vous comprendre que de telles images puissent déranger ?
Bien sûr, elles sont dérangeantes. Mais l’art est dérangeant.

On vous accuse même de pédophilie. Vos photos parlent-elles de votre désir ?
Non, ça ne parle pas de ça. Peut-être que ça montre que j’aurais aimé être à leur place. Ce garçon, Jonathan Velasquez, que j’ai suivi de 14 à 21 ans, j’aurais adoré être lui. Je suis envieux.

Devant mon travail, les réactions sont très différentes. Certains pensent que c’est le boulot d’un vieux dégoûtant. Des enfants viennent et ça leur parle. Mais tout le monde réagit. Et les jeunes qui voudront voir l’expo… dites-leur que c’est l’hiver. Ils mettent une casquette, une écharpe, une fausse moustache, et ils rentreront !

Propos recueillis par Claire Guillot

2 thoughts on “Larry Clark à Paris – article interdit au moins de 18 ans :-)

  1. reload of the day alors que l'exposition sur le nu masculin ouvre ses portes au Musée d'Orsay retour sur l'exposition de Larry Clark interdite aux moins de 18 ans tout comme cet article

  2. C'était d'autant plus con que :
    1°) les – de 18 ans (comme moi) ne vont pas souvent voir des expos
    2°) et que l'interdit a conduit à une méga mise en ligne de toutes les images de l'expo.
    3°) A Versailles, il y avait bien le fameux "cow boy" de Murakami..
    thomas

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