Le théorème de la langue : entre intimité et communication

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tirez moi la langue
tirez moi la langue

 Quoi de plus magique qu’une langue ? Cette espèce de tas de muscles d’une longueur moyenne de 10 cm (merci wiki) et qui sert à tant de chose…

Avec votre langue vous mastiquez et déglutissez ; elle vous permet d’appréhender le gout (pas toujours bon), elle porte en elle les germes de la bonne ou de la mauvaise haleine, elle définit le son de votre voix et les expressions de votre visage …

Votre langue et l’usage que vous en faites vous construisent vis-à-vis des autres ! Quoi de plus intime donc que ce muscle qui reste le plus souvent caché derrière votre mâchoire ? Finalement on ne la sort, la langue, que pour signifiez à la personne face à nous, notre mépris par un tirage de langue bien senti, ou notre attirance, il s’agit bien là d’offrir son intimité à la bouche de son partenaire … The French Kiss !

Le mot clé de la langue est donc : intimité ! J’ai néanmoins découvert que certains, par delà les usages, ont trouvé d’autres pratiques à ce muscle dans une vision facebokkienne de l’anatomie. Comment transformer le muscle de l’intimité en muscle de la communication externe. Les chercheurs les plus experts dans le lien entre anatomie et socialisation ont découvert que certaines peuplades du sud ouest caucasien avaient tendance à utiliser la langue comme outil de découverte et de communication avec les autres. Bien loin du « J’embrasse pas » d’André Téchiné, ces adeptes curieux de la socialisation par la langue ont une tendance naturelle à « embrasser », selon la technicité française, pour découvrir les autres. Pour curieux que cela paraisse ces pratiques ne sont pas plus atypiques que celles de peuples du désert se frottent le nez pour dire bonjour, de notre habitude de se tendre la main ou de se faire 2, 3 ou 4 bises selon la tradition régionale ou que celles du règne animal canin où il est de bon ton de se renifler l’arrière train… J’ai ainsi découvert le paradoxe incroyable de notre vie : la langue, c’est le facebook du passé.

Elle contient toute notre intimité : le gout du café matinal, l’odeur acre de la cigarette, les germes de notre bouche, elle nous sert à échanger avec l’être aimé, à exprimer notre mépris parfois, elle est à notre image… et pourtant, il suffit parfois d’un petit « poke » pour que certains la partagent sans compter …

6 thoughts on “Le théorème de la langue : entre intimité et communication

  1. Disons que j'ai le sommeil pour ennemi, et l'inspiration tenace : je ne pouvais dormir sans répondre à votre texte qui me prenait de pied en cap depuis le début de la soirée… J'ai dormi comme un bébé… après.

  2. Dites donc, il me semble que la censure fait encore son œuvre ! Quid du billet de mon amie Lingula, mmmh ?

  3. Mais non ma douce Paulette, tu sais bien la qualité de ce support, point de censure injuste sur les œuvres justes.

  4. Char auteur,

    Que je ne m’insurge à la lecture de ce billet, puisqu’originaire de Kabardino Balkarie, je ne vous cacherai pas que les us et coutumes de cette contrée caucasienne me sont on ne peut plus familiers ! Et j’ai le soupçon, vil et égocentrique admettrai-je, que vous réglassiez quelque différend avec ma communauté, voire que vous extrapolassiez injustement les faits d’un membre de celle-ci à l’ensemble. Or, ne nous y trompons pas, généraliser une pratique individuelle à la communauté n’a jamais été profitable à qui que ce fût, regardez par exemple où cela mena nos amis socialistes… Vous connaissant de par vos écrits, je sais donc que vous ciblez non pas les caucasiens du Sud-Ouest, mais plus précisément l'un d'entre eux.

    Au-delà désormais de cette injustice vis-à-vis de tous, je me penche alors sur le cas de mon compatriote qui ferait, si telle était votre intention que j’estime bien trop pour l’imaginer mais je ne suis jamais trop prudente, l’objet de votre plume verveuse et de votre découverte, somme toute stupéfaite, pourquoi pas émettrice d’un jugement peu élogieux.

    Il sera déjà de bon ton que nous citions en point de départ Johann Wolfgang von Goethe, très cher à un éminent membre kabarde-barkare de ma connaissance, qui disait cela (vous allez voir, en l’occurrence, c’est poignant) : « celui qui ne connaît pas les langues étrangères ne connaît pas sa propre langue ». T-t-t-t-t-t, je vous lis déjà, filou sagace que vous êtes : « mais enfin ma chère Lingula, vous ne faîtes pas sciemment la différence entre la langue i.e. le langage et la langue, l’organe ! » Je vous corrige : si leur nom est lié, ce n’est pas pour rien, l’une sans l’autre nous ramenant aux périodes obscures où la langue émettait avec peine quelque son animal (voyez à quoi en sont réduits les chiens qui ne savent se servir adroitement de leur langue – vous l’exposez d’ailleurs dans vos propos et j’y reviendrai moi-même), ou nous exposant face à une situation de handicap où l’absence de possibilité de communiquer avec sa langue poussa nos amis muets (et sourds) à user de leurs mains pour pallier aux facéties de leur langue (lesquelles les amusent peu me suis-je laisser dire par de mauvaises langues). Or, jeu de main, jeu de vilain, je n’ose imaginer ce que votre prolifique imagination écrirait là-dessus. Mais j’en reviens donc au lien qui unit l’organe à l’outil, car comme le disent les poètes, l’empire de la langue est la prose, la poésie un luxe, l’utilité organique étant le propre du morceau de chair au service du langage. Le lien existe.

    Il existe d’autant, et arrêtez de penser voulez-vous que mes derniers propos sont ci-dessus confus, c’est désobligeant quand j’essaie de vous répondre, il existe d’autant donc que son étymologie nous pousse à nous rendre compte que le lien est à la langue ce que Dieu est à l’univers, son origine. Oui oui oui mon cher auteur, défroncez vos sourcils et effacez ce sourire amusé de votre visage (et arrêtez de regarder derrière vous pour vérifier que je ne vous vois pas au moment où j’écris, cela est en outre impossible), l’étymologie latine du mot « langue », ex nihilo et stricto sensu, n’est autre que lingua, voire lingula ou ligula, et ligare n’a d’autre sens que lier. Lien ligué il y a donc, dans l’esprit génial de nos ancêtres romains, entre l’organe charnu et l’outil merveilleux du langage, un lien inextinguible, irréfragable, que nul ne saurait délier sous peine d’injure à la sainte Humanité dans ce qu’elle de plus beau, ce qui la lie, son Essence (vous remarquerez aussi que je me lâche sur les majuscules, ne le prenez par vous mais ne vous en dissociez pas pour autant).

    Pour reprendre la défense de mon considérable compatriote, il se lie ainsi tout simplement à ses comparses. Lorsqu’on accepte la théorie rousseauiste de l’Homme, on le sait bon par nature. Or, c’est lorsqu’il quitte son état de nature, la natura deorum, qu’il est perverti, oui, perverti par l’environnement social dirigé par un pacte de la même nature (que l’environnement, pas l’état, enfin pas l’état de l’environnement social qui découle du pacte non plus…). L’Homme est Bon, la société le pervertit. Si j’en reviens à mon raisonnement, mon compatriote est un homme, or l’Homme est bon par nature, et si Socrate est mortel, mon compatriote n’en est pas moins bon. Syllogisme quand tu me tiens… Dans sa bonté virginale, il souhaite donc se lier à ses semblables. Démuni face aux avalanches d’interfaces type Facebook que vous évoquez (pas de pub !)(je note au passage que certains oublient un peu trop d’ailleurs l’importance du lien réel et lui privilégient les messages Facebook, pensant qu’ils remplacent – mediocriter – la nécessité physique du contact), l’homme de nature privilégie sainement ce que Mère de la même nature que l’état a mis à sa disposition, le lien naturalis par excellence, sa langue. Vous, cher auteur malgré tout encore estimé, de par votre jugement, vous témoignez à l’égard de mon compatriote une surprise si ce n’est un mépris de son état de nature. Or n’oubliez pas, voulez-vous, que c’est précisément là que l’homme est bon et que vous en fûtes vous-mêmes, et où vous voyez aujourd'hui malice et socialisation outrancière, peut-être n’y a-t-il qu’humanité, qu’un don bénin que vous placez à la hauteur de ce qu’il est, celui d’un Homme, intime et sacré. N’oubliez donc pas non plus qu’envers deux êtres et dans une même journée, le don d’intime put être fait, avec ce sentiment d’amour pourtant idéalement, naturellement même dirais-je, unique. Ne mélangeons donc pas, voulez-vous, ce que l’amour offre, l’unicité du don de l’Homme, à ce que l’absence d’amour manifeste et perceptible octroie à l’humanité entière. Le don de soi n’est propriété que d’un seul lorsque ce seul s’offre en propriétaire unique d’un seul bien. Sinon, nous entrons dans le domaine du partage, et l’homme libre de pacte se doit de se lier.

    Vous établissez également un lien (décidément) avec des pratiques désertiques, voire animales (peu flatteur dans votre bouche qui semble fourre-tout – et paf ! –, vous l’admettrez). Or, vous soulignez en cela la nature, l’absence de signification sociale. Ainsi donc ce geste pourrait être naturel à l’homme, et le pacte social de l’amour verrait à le priver de l’universel pour l’unique. Et vous aurez raison. Mais pour raisonner, il faut toujours partir d’un postulat de départ que je viens d’exprimer.

    Ainsi cher auteur, vous fustigez sans acrimonie je veux bien l’entendre un être dont le naturel ne s’est pas échappé au galop face à l’enrênement social. Point d’harnachement au cœur libre, muselez-le certes, mais avec de l’amour. Ce que vous feriez sinon, Sénèque l’eut dit avant moi : metiri aliquem cum suā basi, ou mesurer une personne avec sa base, soit porter un faux jugement sur elle, voilà bien le problème.

    Enfin je conclurai sur mon lien : la ligue des lig-ula et lig-are etc. voit sa limite dans le fait que lingua est langue quand ligula est seulement une petite langue. A l’instar de l’amour, tout n’est question que de taille, et de multiples petites amours, peut-être ne vaut-il mieux qu’en vivre un grand, ou la lingua sera seule et unique objet d’une intimité réservée.

    Ainsi eût parlé Zarathoustra (si tu nous entends)

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