En Belgique, les partis francophones rejettent les propositions de Bart De Wever – LeMonde.fr

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La confusion politique est à son comble, en Belgique, après un énième épisode des négociations post-électorales. Lundi 18 octobre, les partis francophones ont confirmé leur rejet des propositions formulées par Bart De Wever, président de la Nouvelle Alliance flamande (NVA, indépendantiste), chargé récemment d’une mission de “clarification” par le roi Albert II. M. De Wever s’est dit, lundi matin, “déçu” par leur réaction. “Fabula acta est [l’histoire est terminée]“, a-t-il ajouté, fidèle à son goût pour les formules latines.

On ignore ce qu’il entendait précisément par là mais, selon l’un de ses proches, son parti juge que c’est désormais au roi Albert II de reprendre l’initiative. Dimanche, M. De Wever avait indiqué que ses propositions n’étaient pas “à prendre ou à laisser”, ce qui pouvait sous-entendre qu’il ne coupait pas tous les ponts. Le président de la NVA et le chef de l’Etat devaient, en tout cas, se rencontrer lundi, à 17 heures.

Officiellement, le leader flamand devait remettre au roi son rapport mais le contenu de ce dernier ne faisait plus aucun doute depuis que M. De Wever, rompant avec les usages, l’avait lui-même dévoilé et commenté la veille au cours d’une conférence de presse.

Des responsables francophones soupçonnaient d’ailleurs le parti d’avoir lui-même organisé la “fuite” sur le contenu de ce texte afin de permettre au président de la NVA de le commenter avant même que le palais royal ait pu en prendre connaissance… Un autre signe confirmant que jamais sans doute, même au plus fort de la crise qui avait suivi le précédent scrutin, en 2007, les partis, les opinions et les commentateurs francophones et néerlandophones n’ont été séparés par un tel fossé.

Lundi matin, les éditorialistes flamands les plus modérés évoquaient les efforts de M. De Wever pour trouver “un compromis honnête”, “des propositions globalement acceptables et mêmes souhaitables” (Het Laatste Nieuws). Certains soulignaient même que, malgré ses convictions indépendantistes, M. De Wever avait admis “la loi du caractère inéluctable de la Belgique” (De Standaard).

LE FOSSÉ SE CREUSE

Du coté francophone, en revanche, les commentaires s’inspiraient de ceux des partis pour estimer que le chef de la NVA avait “trompé tout le monde” (La Libre Belgique) et qu’il n’avait pas suggéré de “compromis possible” (Le Soir).

Globalement, les responsables francophones rejettent l’intégralité de ce qu’a proposé M. De Wever. A savoir une scission de l’arrondissement politique et judiciaire de Bruxelles-Hal-Vilvorde, une régionalisation de près de la moitié de l’impôt, d’une grande partie de la justice et des allocations familiales, du contrôle et de la mise au travail des chômeurs, etc. Ainsi qu’une sorte de cogestion de Bruxelles – malgré son caractère majoritairement francophone – en échange d’un refinancement partiel de la capitale.

Le fossé entre les deux grandes communautés se creuse à chaque étape des initiatives royales. Les autres partis flamands ne se démarquent pas des initiatives de M. De Wever, même si la gauche socialiste et les écologistes lui demandent des “éclaircissements”. A Bruxelles et en Wallonie, le parti libéral – qui n’a pas participé aux négociations – critique surtout la méthode suivie jusqu’ici, mais l’ex-commissaire européen Louis Michel exige simultanément une convocation urgente de tous les partis francophones.

Que peut désormais faire Albert II ? Charger, une fois encore, une ou deux personnalités d’une mission de conciliation. Favoriser un élargissement des missions du gouvernement d’affaires courantes, que dirige toujours le chrétien-démocrate Yves Leterme (la Belgique exerce, par ailleurs, la présidence tournante de l’Europe jusqu’au 31 décembre). Ou, comme le redoutent beaucoup, convoquer des élections qui finiraient par précipiter la scission du pays. “Une issue de secours qui pourrait se révéler un coupe-gorge, c’est vrai. Mais au point où on en est …” ironise le commentateur politique David Coppi, dans Le Soir.

Jean-Pierre Stroobants

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