A droite toute pour le Gouvernement

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Un remaniement pour un Président affaibli

L’excellente analyse d’olivier Biffaud même si pour ma part je renie l’expression “resserré sur le RPR” qu’on voit poindre dans tous les médias… Sarkozy était le moins RPR des membres de ce mouvement !  Il s’agit d’un gouvernement resserré sur l’aile droitiste et conservatrice de l’UMP. Le virage à droite est bien là !

“Est-ce bien ce remaniement auquel rêvait Nicolas Sarkozy, il y a six mois ? Pas sûr du tout ! Après une demi-année inédite sous la Ve République au cours de laquelle nombre de membres du gouvernement pensaient plus à leur avenir ministériel qu’à la gestion de leur portefeuille – on n’avait jamais vu un chef de l’Etat prévenir de son intention de rebattre les cartes aussi longtemps à l’avance –, la séquence tourne en “eau de boudin” pour le président de la République.

Largement battu aux élections régionales du mois de mars, Nicolas Sarkozy voulait se donner un peu de temps pour reprendre la main. Pour y parvenir, il a tenté, cet été, de relancer une thématique de sa campagne présidentielle de 2007 qui lui avait permis de siphonner le réservoir électoral du Front national : la sécurité. Il a ensuite voulu montrer sa détermination politique en ne cèdant rien sur la réforme des retraites au risque de mettre à mal le dialogue social. Il a enfin tablé sur l’aura internationale qu’allait lui procurer la présidence du G8 et du G20.

Las. Le discours sécuritaire et musclé avec son illustration pratique en direction des Roms, cette fois, a fait un flop. Il a même provoqué des interrogations, pour ne pas dire plus, chez Alain Juppé… qui fait son entrée au gouvernement.

Malgré huit journées d’action des syndicats contre l’abandon de la retraite à 60 ans, il a tenu bon face à la contestation jusqu’à la promulgation éclair de la loi du 9 novembre. Dégât collatéral : Eric Woerth, le père de la réforme, est exfiltré du nouveau gouvernement, victime de l’affaire Bettencourt dans laquelle son nom apparaît.

UNE STRATÉGIE EN DEUX TEMPS QUI A CAPOTÉ

Quant au G8 et au G20, dont il va assurer le “leadership” pendant un an, l’avenir immédiat va permettre de dire s’ils offriront une planche de salut internationale à Nicolas Sarkozy. La présidence de l’Union européenne par la France pendant un semestre en 2008 avait plutôt bien réussi à Nicolas Sarkozy.

Il apparaît clairement que cette stratégie de l’Elysée a capoté. Après ces gages de fermeté d’ordinaire appréciés par le socle RPR de l’UMP, le chef de l’Etat voulait amender la droitisation de cette séquence politique en donnant plus de poids aux centristes issus de l’UDF. D’où la tentative de mettre Jean-Louis Borloo sur orbite.

Président du Parti radical, l’ancien ministre de l’écologie était pressenti pour Matignon afin de matérialiser cette nouvelle ouverture et de donner cette touche sociale tant réclamée par la composante libérale de la majorité. Au final, le président de la République s’est heurté à une fin de non-recevoir des parlementaires issus de l’ancien RPR. Ils ont été bien aidés dans cette entreprise par François Fillon lui-même qui a taillé des croupières à son rival potentiel : Jean-Louis Borloo n’a-t-il pas parlé des “boules puantes” expédiées de l’hôtel Matignon ?

Au final, cette joute a provoqué une série de résultats en cascade. Nicolas Sarkozy s’est vu imposer François Fillon par les députés, ce qui correspond plus à une vision IVe République des institutions de la Ve qu’à une pratique gaulliste. Renommé à Matignon, le fils spirituel de Philippe Séguin a composé un nouveau gouvernement plus à sa main. Fini le temps où le président comparait son premier ministre à un simple “collaborateur”. La vengeance est un plat que se mange froid.

UN GOUVERNEMENT RESSERRÉ SUR LE RPR

Il a donc été mis un terme à l’ouverture initiale de 2007, exception faite d’Eric Besson qui, de toute façon, n’a plus rien avoir avec ladite ouverture compte tenu de ses responsabilités à l’UMP. Les ministres dilettantes, encombrants ou jugés inefficaces ont été remerciés.

La conclusion de cette reprise en main par le premier ministre est la composition d’un gouvernement resserré… mais surtout resserré sur le RPR. Les rares gages donnés à la composante UDF de l’UMP – Michel Mercier, ministre de la justice, ouMaurice Leroy, à la ville – ne peuvent pas vraiment faire illusion.

Le camouflet ultime pour cette sensibilité de la majorité est le remplacement de Jean-Louis Borloo par Nathalie Kosciusko-Morizet qui fût sa secrétaire d’Etat et qui mît en cause sa “lâcheté” sur les OGM. Au passage, le ministère de l’écologie est amputé de l’énergie et l’engagement officiel pris auprès de Nicolas Hulot pendant la campagne présidentielle – l’écologie placée en majesté au gouvernement – va aux oubliettes.

Tout cela ressemble à s’y méprendre à un gouvernement de combat électoral qui a dix-huit mois pour renverser la vapeur politique en faveur d’un président affaibli, au plus bas dans les sondages. A moins, hypothétiquement, qu’il doive assurer la relève en faisant la promotion d’un plan B… nommé François Fillon.

Olivier Biffaud

 

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