Les Indolents expliqués décortiqués analysés (part II of the post)

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un dialogue pittoresque autour d’un amour impossible

Les indolents sont le dix-huitème poème des fêtes galantes. Le titre à lui seul indique des personnages mous, apathiques qui parlent de façon nonchalante. Verlaine reprend dans ce poème le même ton désabusé et désenchanté de l’amour à travers deux personnages purement littéraires, le berger Tircis personnage de Jean de La Fontaine et Dorimène personnage de l’amour forcé de Molière autour d’un tableau qui pourrait être “La Pastorale” de Boucher.L’argent, qui est ici l’obstacle à l’amour, était déjà celui de l’aristocrate Mathilde de La Môle et du plébéien Julien Sorel, dans le Rouge et le Noir comme celui de Mathilde de Fleurville et de Verlaine.
I- L’amour impossible
Ce poème en octosyllabes traite comme les autres poèmes des fêtes galantes, de la recherche de l’amour vue de façon tragique, les amours impossibles. Étrange comportement de deux amants que de celui de vouloir mourir ensemble à la façon de Roméo et Juliette, autre amour impossible en raison de la rivalité des familles. “Malgré les destins jaloux” donne tout de suite le ton du poème, celui de l’opposition, de la résistance, avec la préposition malgré que précède l’interjection “Bah“, de lassitude, de mépris, d’indifférence. L’opposition des amants rappellent étrangement les rivalités des familles qui s’opposent à des mariages qui ne correspondent pas à leur rang social. La proposition surprend cependant l’amante qui manifeste une sorte d’étonnement qualifiant curieusement la proposition de mourir ensemble de “rare” au lieu de s’en offusquer. Mais notre amant aligne ensuite plusieurs arguments en sa faveur pour cette solution ultime, il n’y a aucun recours possible, c’est un amant irréprochable et la solution de mourir ensemble pour “rare” qu’elle est est une solution qui a du bon. Le poème prend un tour autobiographique avec le verbe railler, l’amant excelle dans la raillerie mais peu dans le jeu amoureux. L’amante reproche à son amant de tout ramener à des questions d’argent et invite son amant à se plus rien dire. “Taisons-nous”, c’est par cet impératif que l’amante sort de de son indolence et sauve le couple de la mort.
II- Un dialogue galant pittoresque
Commencé avec le “Poème “Sur l’herbe”, renouvelé ici et poursuivi dans la seconde moitié du dernier poème des fêtes galantes “Colloque sentimental”, la forme du poème en dialogue séparés par des tirets donne à l’amour un caractère théâtral de comédie ou de tragi-comédie. Avec cette forme, l’accent est mis sur l’oral, le dialogue retranscrit une conversation réelle ou fictive et à travers les deux interlocuteurs Tircis et Dorimène, le poète nous transmet toute sa mélancolie, sa désillusion, son manque d’énergie, son apathie, il n’a même plus la force d’aller au bout de son projet. En prêtant sa voix à deux personnages littéraires Tircis et Dorimène, Verlaine fait sa propre mise en scène dans un cadre bucolique et enchanteur d’elfes sylvains qui participe aux débats amoureux et à la joie finale de l’amour enfin sauf, et ils sont “hilares”, un sentiment de joie extrême devant des farces grotesques. On remarquera tout l’humour de la proclamation grandiloquente de Tircis”Mourons-ensemble” que l’on retrouvera écrit différemment dans le poème “Lettre”, “Je languis et me meurs, comme c’est ma coutume”. On remarquera également que le dialogue commence par l’amant lui donnant une sorte d’initiative mais que c’est finalement l’amante qui n’avait nullement l’envie de se sacrifier, n’en témoigne le point d’interrogation après son “mourons ensemble” qui aura le dernier mot.
III- Une tonalité aristocratique
Dans cette comédie de l’amour l’amante a les traits d’une femme du monde respectable, elle s’adresse à son amant en le vouvoyant ou en l’appelant “Monsieur”. “Quel amant bizarre” semble indiquer une femme frivole qui collectionne les amants. La scène finale est l’occasion pour Verlaine de se féliciter ses témoins gênants car par leur présence, les deux êtres qui se trouvaient présents comme par enchantement dans cet endroit isolé au cœur de la nature, propice aux amours l’a fait échouer dans son macabre dessein. Verlaine n’a rien oublié de son chagrin d’amour pour Elisa quelques années plus tôt, autre amour impossible en raison de son mariage. Le dernier vers “Hi ! hi ! hi ! les amants bizarres ! répétition d’un vers précédent dans lequel les a remplacé quel au singulier traduit toute l’ironie de la comédie amoureuse de la société dans laquelle l’étonnement
, le rire, sont des artifices pour éviter de répondre aux questions embarrassantes. Verlaine, qui se méfie de la duplicité féminine et de l’amour en général glisse ” l’inexpiable tort” pour traduire toute la difficulté du sentiment amoureux.
Conclusion
Verlaine s’interroge sur l’amour, sur les amoureux qu’il assimile à des êtres passifs, indolents, soumis parfois à des mariages arrangés par les familles. La réalité lui apparaît comme un jeu de dupes dans lequel les femmes peuvent présenter des apparences trompeuses qui induisent en erreur les jeunes gens crédules ou ingénus. L’amant est parfois assez naïf pour croire que son amante est capable de le suivre sans réfléchir même dans la mort ou alors trop indolent pour passer outre les difficultés.

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