Les Mid term : le bilan d’une élection sans vainqueur mais avec beaucoup de questions

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Harry Reid, chef de file du groupe démocrate au Sénat, a sauvé son siège mardi soir dans le Nevada où il était aux prises avec la républicaine Sharron Angle, figure du mouvement du Tea Party. Selon les projections de CNN, M. Reid l’aurait remporté avec 51% des voix, contre 43% à sa rivale. Le scrutin dans le Nevada focalisait l’attention et était l’un des plus suivis, tant les sondages annonçaient un duel au coude à coude entre l’un des politiciens les plus influents des Etats-Unis et une des icônes du Tea Party. L’ultra-conservatrice semblait avoir le vent en poupe dans un Etat qui détient à la fois le record national du taux de chômage (14%) et celui des saisies immobilières. Les démocrates redoutaient tout particulièrement une défaite de Harry Reid et se sont dépensés sans compter pour le soutenir. La première dame américaine, Michelle Obama, la plus populaire des démocrates à Washington, avait ainsi fait le déplacement à Las Vegas lundi pour le soutenir, affirmant qu’une défaite de M. Reid empêcherait l’administration Obama de “restaurer le rêve” d’une Amérique plus égalitaire. Harry Reid, 70 ans, l’un des alliés clé de Barack Obama, remporte son 5e mandat au Sénat, où il fut élu pour la première fois en 1986

Le républicain John Boehner devrait, sans surprise, devenir le président de la Chambre des représentants. A l’annonce des résultats, il s’est montré prêt à dépasser les lignes partisanes pour faire avancer les dossiers, mais est-il vraiment l’homme du dialogue entre les deux partis ? Rien n’est moins sûr. Cet élu de l’Ohio, rompu à l’activité parlementaire, a certes été l’architecte, en 2001, d’un accord bipartite pour faire adopter un projet de loi améliorant le système scolaire, surnommé “No Child Left Behind” (“aucun enfant oublié en route”). Dans son discours prononcé mardi soir, il a également insisté : les républicains sont prêts à coopérer avec le président démocrate s’il “change de cap”. “Bien que notre nouvelle majorité sera votre voix à la Chambre du peuple, nous devons nous souvenir que c’est le président qui fixe l’agenda de notre gouvernement. Le peuple américain lui a adressé un message indubitable, et ce message, c’est: ‘Changez de cap.'” “Notre nouvelle majorité préparera les choses différemment, adoptera une approche nouvelle qui n’a jamais été tentée auparavant à Washington par un parti, quel qu’il soit. Cela commence par réduire les dépenses plutôt que de les augmenter”, a-t-il encore lancé. Dès le soir de la victoire républicaine à la Chambre des représentants, il a su aussi tendre la main au mouvement ultraconservateur du Tea Party, devenu en quelques mois un pivot du camp républicain, un vecteur du retournement de l’opinion contre Barack Obama et un moteur du succès électoral du Grand Old Party. Mais ses adversaires se demandent si cet homme de compromis est le véritable John Boehner, ou s’il n’est pas au contraire un guerrier prêt à lutter pied à pied pour faire obstacle à Barack Obama. Ce dernier l’a lui-même présenté pendant la campagne comme le symbole des pratiques obstructionnistes du camp républicain dans les deux premières années de son mandat. Le président démocrate, qui a appelé le dirigeant républicain dans la soirée, a souvent jugé que cet ancien patron de PME était trop intimement lié aux grandes entreprises et souligné qu’il avait soutenu les politiques économiques qui ont mené les Etats-Unis à la récession sous la présidence de George W. Bush.

Les nouvelles têtes du Tea Party

Les élections de mi-mandat représentaient le premier véritable test électoral pour le Tea Party, mouvement populiste et conservateur qui s’est peu à peu structuré après la victoire de Barack Obama, en 2008. Et si son icône, Sarah Palin, ne se présentait pas lors de cette élection, plusieurs de ses leaders et de ses étoiles montantes ont été élus, parfois triomphalement. C’est le cas de Marco Rubio et de Rand Paul, élus respectivement sénateurs de Floride et du Kentucky. Rand Paul, fils de l’élu libertarien Ron Paul, est venu à bout de son rival démocrate Jack Conway après une campagne particulièrement houleuse. Quant à Rubio, adoubé par Sarah Palin elle-même, il récupère le poste de sénateur qui était convoité par l’ancien gouverneur républicain Charlie Crist. M. Crist, qui se présentait en indépendant, a quitté le Parti républicain après avoir été battu lors des primaires par Marco Rubio. Autre vainqueur de la soirée, Nikki Haley, qui obtient le poste de gouverneur de la Caroline du Sud. Mais tout n’était pas rose pour le Tea Party, mardi. D’autres figures de proue, comme Christine O’Donnell ou Sharron Angle, ont été battues. Dans le Delaware, Christine O’Donnell a été largement distancée par son rival démocrate au poste de sénateur, Chris Coons. Dans le Nevada, Angle a finalement été devancée par le leader démocrate au Sénat, Harry Reid, alors que plusieurs sondages donnaient ce dernier battu. Comme le résume le New York Times, “le Tea Party a permis les victoires de Rubio et de Paul (…), mais il a coûté aux républicains des sièges jusqu’ici considérés comme acquis”.

La Californie reste un bastion démocrate mais refuse la proposition 19 sur la dépénalisation de l’usage de cannabis

Avec un taux de chômage de 12,4%, trois points au-dessus de la moyenne nationale, et un déficit de 20 milliards de dollars, le “Golden State” connaît la crise la plus grave de son histoire. La bataille des mid-terms y a été acharnée. Et pourtant, à l’issue du scrutin, les démocrates sortent vainqueurs. Dans la course au Sénat, la démocrate Barbara Boxer a remporté l’élection face à la républicaine Carly Fiorina : selon les projections de CNN, elle a recueilli 50 % des votes, contre 45 % pour son adversaire. Fiorina, ancienne patronne du géant informatique Hewlett-Packard et nouvelle venue en politique, a fait jeu égal pendant l’essentiel de la campagne avec Barbara Boxer, septuagénaire peu populaire mais réélue depuis 1992. Les républicains avaient misé sur ce combat électoral dans lequel ils ont investi plusieurs millions de dollars. Mais Fiorina s’est faite distancer à la fin de la campagne. Elle a dû être hospitalisée la semaine dernière pour une infection postopératoire liée à un cancer du sein diagnostiqué en février 2009. Dans la bataille pour le poste de gouverneur, c’est aussi le démocrate Jerry Brown qui l’a emporté, succédant au républicain Arnold Schwarzenegger. M. Brown a vaincu son adversaire, la célèbre femme d’affaires milliardaire Meg Whitman, ex-dirigeante d’eBay, en remportant 49 % des voix contre 46 %, selon des projections de CNN. Mme Whitman, républicaine, avait pourtant investi 140 millions de dollars de sa fortune personnelle dans sa campagne. Mais Jerry Brown, vieux routard de la politique, a su convaincre un électorat latino, centriste et indépendant. Les électeurs californiens ont néanmoins largement dit « non » à la légalisation complète de la consommation, de la culture et du commerce du cannabis. Selon les premières projections des médias américains, la “Proposition 19”, qui était soumise aux électeurs par référendum, n’aurait été approuvée que par 45% des Californiens, et rejetée par 55% d’entre eux. Le texte voulait autoriser les Californiens de plus de 21 ans à posséder jusqu’à une once (28,35 grammes) de marijuana et à la cultiver sur une surface maximum de 2,32 mètres carrés. Il proposait également de confier aux villes et aux comtés le soin d’organiser, à leur discrétion, la culture à grande échelle et la commercialisation du cannabis, puis sa taxation — promesse de belles rentrées fiscales. Cette vaste dépénalisation aurait fait de la Californie — où la culture et la consommation de la marijuana à des fins médicales sont légales depuis 1996 — l’entité politique la plus en pointe dans le monde en termes de légalisation du cannabis, devant les Pays-Bas ou la République tchèque. La “Prop 19” a sans doute été le référendum le plus commenté et le plus controversé de ces élections, mais il a été relativement sous-financé, comparé par exemple à la célèbre Proposition 8 sur le mariage gay, en 2008.

Sources Le Monde et l’AFP

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