part 1 : Le Racisme … France, France, réponds à ma triste querelle…

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Intro : post du 29/11

Le racisme ordinaire
Le racisme ordinaire

Amine Benalia-Brouch est un nom que certains se souviennent avoir entendu. Il est devenu, bien malgré lui, une star du web en septembre 2009 du fait d’une petite phrase prononcée par Brice Hortefeux lors des universités d’été de l’UMP.

Rappel des faits : Une vidéo montre Amine, jeune militant d’origine algérienne, demander à Brice Hortefeux de poser avec lui pour une photo-souvenir. C’est alors que la responsable de l’UMP des Landes lance : “C’est notre petit Arabe.” Et le ministre de rétorquer : “Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va, c’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes.” La suite, Amine l’explique dans un livre intitulé Confessions d’un sarkozyste repenti qui parait actuellement. La secrétaire de la fédération des Landes lui a demandé de sauver la tête du ministre de l’Intérieur “Écoute, Amine, on va rédiger un petit communiqué que tu vas lire à ce journaliste. Tu vas lui expliquer que les propos sont sortis de leur contexte, que l’on parlait des Auvergnats.” C’est ensuite au tour d’Édouard Courtial, le secrétaire national aux fédérations et aux adhésions de l’UMP, d’intervenir auprès du jeune militant. “L’élu, qui se définit comme le ministre de l’Intérieur du parti, me souffle que je me débrouille bien, que je dois continuer dans le même registre en arrangeant quelques points.” Un peu plus tard, en fin d’après-midi, Courtial téléphone à nouveau. “Amine, me dit-il, il faut que tu fasses une petite vidéo de vingt-cinq secondes.” Je m’étonne. “Pour quoi faire ? – Pour stopper définitivement la polémique.”

Pour Amine c’est le début d’un cauchemar. Il confie au Point que les insultes et les menaces pleuvent sur sa page Facebook allant jusqu’à des menaces de mort très précises. Le 16 octobre, sur les conseils d’Édouard Courtial, Brice Hortefeux reçoit Amine, Place Beauvau, à Paris. “En m’accueillant, il me lance : Bonjour, vous êtes populaire. J’évoque les menaces dont je suis victime, ma difficulté à trouver du travail avec cette histoire qui me colle à la peau. Le ministre m’assure qu’il va m’aider. Des semaines plus tard, le cabinet me rappellera pour me proposer un job de distributeur de prospectus publicitaires…” Un mois avant le procès de Brice Hortefeux pour “injure à caractère raciste”, Amine est de nouveau convié à rencontrer le ministre. “Le ministre est inquiet avant son procès. Je lui fais remarquer que je vois mal le premier flic de France être condamné. Là, il me fait une réponse que je n’oublierai jamais : Vous savez, monsieur Bénalia-Brouch, là où il y a justice, il y a danger.” À son retour à Dax, le jeune militant démissionne de l’UMP pour rejoindre le mouvement de Dominique de Villepin. Lorsqu’on lui pose la question : “N’avez-vous pas peur qu’on dise que vous roulez pour l’adversaire de Nicolas Sarkozy en sortant ce livre ?”, il rétorque : “Je n’ai jamais rencontré Villepin. J’ai été sali, ce livre est une façon de laver mon honneur.”

Vous allez me dire que pour illustrer le racisme ordinaire, la xénophobie la plus crasse de nos chers concitoyens, j’aurais pu, peut être même du, prendre d’autres exemples en parlant des entrées en boites de nuit, des blagues un peu potaches de mon coiffeur samedi dernier, des propos incroyables qu’on entend à la machine à café du bureau, dans le métro, de l’incapacité de beaucoup de jeunes d’origine étrangère à trouver du travail ou un logement… Mais j’ai choisi celui là car il concerne le cœur de l’Etat. Vous savez cet Etat qui est censé être l’émanation du peuple souverain et de ses principes. Un Etat qui se complait dans les petites phrases que le Le Pen des années 80 n’aurait pas reniées. Et personne ne s’arrête sur la phrase édifiante de la responsable de l’UMP des Landes : “C’est notre petit Arabe”… elle est pourtant tellement représentative de notre France profonde qui fut il n’y a pas si longtemps « la France tout court dans ce qu’elle a de meilleur ».

C’est cette France là, celle que nous côtoyons tous les jours qui se méfie du barbu quand il entre dans un avion en regardant ses chaussures, cette France qui quand un jeune arabe ramasse le doudou de votre bébé tombé à terre a un mouvement de recul et s’accroche à son sac à main. C’est cette France en uniforme qui pense que parce qu’elle contrôle un jeune maghrébin ou noir elle doit le tutoyer quand moi elle me donne du Monsieur. C’est cette France qui a enfermé les populations d’origines immigrées dans des ghettos sans nom, loin de nos yeux et de nos appartements cossus des centre villes. C’est « nous » qui demandons à chaque personne basanée rencontrée d’où elle vient, histoire de faire la conversation, et qui nous étonnons quand parviennent à nos oreilles les résonances de noms bretons ou alsaciens…

Cette bonne vieille France qui n’a rien contre la différence quand elle discrète, muette, soumise. Celle qui crée le sentiment de révolte, la colère, cette violence asociale qui peu à peu met à bas toutes les valeurs de ce que devrait être la République, du moins de ce que fut son ambition originelle.

J’ai choisi de parler d’Amine parce qu’il est l’exemple même d’un jeune Français naturellement ambitieux qui s’intéresse à la politique, à la vie de la Cité, et qu’il a simplement souhaité y prendre sa part de responsabilités. Je parle d’Amine car il a cru, avec une candeur mal calculée, que ce bout de chemin politique il pourrait le faire auprès de Nicolas Sarkozy, de son parti qui cherche tant à mettre en avant des responsables de couleurs pour démontrer sa modernité.

Amine, tout a ses rêves, a rencontré la droite, la vraie, celle sans complexe. Elle est raciste, ce n’est pas nouveau, mais aujourd’hui elle l’assume plus qu’elle ne l’a jamais fait depuis la seconde guerre mondiale. Voila le vrai changement que nous connaissons actuellement, un retour de la vraie droite pure et dure, celle qui ne s’était pas remise de la seconde guerre mondiale, qui avait été confirmée dans son anti-gaullisme absolu par la guerre d’Algérie et son règlement. C’était la droite du passé et pourtant elle nous gouverne aujourd’hui.

Ne nous méprenons pas, il ne s’agit nullement de faire porter le poids entier de cette évolution sur les frêles épaules de notre Sarko – Président. La droite dure fait partout son retour et plus particulièrement en Europe où elle domine la scène politique. Sarkozy n’a rien créé, il accompagne le mouvement tel un surfeur professionnel, son seul objectif est de rester le plus longtemps possible sur la plus haute vague possible sans réaliser jamais que cette vague déferlante va ravager sa maison.

A suivre : le sexisme

6 thoughts on “part 1 : Le Racisme … France, France, réponds à ma triste querelle…

  1. Cher auteur,
    Voilà une réponse certes bien trempée mais on ne peut plus vraie que ma foi je partagerais si vous ne me reprochiez pas exclusivement la réplique miroir. Mon miroir est à double reflet figurez-vous, et il montre dans un sens comme dans l'autre que les torts sont des deux côtés. Pour paraphrasez un DRH ma foi (pour le connaître) irréprochable en matière de recrutement tant des majorités que des minorités, "un problème qui dure depuis dix ans n'est plus un problème". Plutôt que de cantonner le problème du racisme au seul racisme, il faut analyser globalement ce qui ferait qu'une petite dame fort respectable ne soit pas respectueuse envers une quelconque minorité.
    Certes, éduquer par le discours de la fraternité est une composante essentielle, mais penser que le Français est mauvais par essence est trop facile.
    Quant à nos "élites" gouvernantes, je vous accorde que leur bêtise à ce niveau comme aux autres est frappante. Toutefois, vous parlez de la droite, et c'est là que vous me heurtez. Je connais une droite valeureuse, à l'ouverture affichée. Circonscrivez donc votre propos à cette bande illégitime d'incompétents infects, et je me sentirai plus à l'aise.

    Je vous accorde toutefois le point. Et merci des conseils, il ne fait pas bon trop patienter dehors avec ce froid ambiant…

  2. Chère Hauteur,

    Et voilà encore une fois, il va me falloir revenir à la charge, et Dieu sait (le Vrai hein, pas l'autre usurpateur) que je n'aime pas ça !

    Vous avez l'avantage, mon cher auteur, d'avoir des théories bien pensantes qui s'intègrent parfaitement dans la culture bobonne de notre chère patrie. Celle qui trouve qu'on est trop riche pour ne pas verser dans l'assistanat, celle qui se félicite que plus d'un tiers voire deux quarts ce qui somme toute fera bientôt une moitié des actifs, lorsqu'ils ne sont pas chômeurs, sont fonctionnaires, celle qui se congratule d'un système de santé hors pair et de retraites "hypra solidaire" quand les régimes spéciaux sont foison, et j'en passe. Dieu soit loué, toujours le Même, vous n'êtes pas de ceux qui trouveraient une capitale européenne proche plus accueillante, "living" oserais-je, par rapport à notre Paris empoussiérée inamovible, qui devrait avoir soif de diversité et de modernisme quand elle n'arrive même pas à disposer de suffisamment de taxis, que dis-je, de logements. Cela dit, quand on n'arrive pas à loger sa population, à quoi bon les ramener chez eux… Bref…

    Vous n'avez pas tort, et aujourd'hui encore je recevais deux CV, le premier sans photo avec un nom à consonance pas très catholique (bien que l'Afrique ait eu son lot de Catholicisme – en honneur à feu Georges…), le deuxième avec un nom bien de chez nous, et de facto (peut-être) une belle photo d'un beau jeune homme. La crainte de la discrimination était bien là, tout au moins le pensais-je.

    Et voilà bien le problème d'ailleurs : quand s'en est-on pris à une musulmane de préférer une femme docteur made in muslim obedience ? Quand a-t-on reproché aux juifs d'habiter dans un même quartier (sauf contre leur volonté…) ? Quand s'est-on indigné que la solidarité chinoise n'aide que les ressortissants de l'Empire du milieu ? Quand en veut-on aux homosexuels de n'aller que dans des lieux gay friendly, de ne privilégier que des professionnels ouvertement gay ?

    Il va falloir certes combattre le racisme, je vous le concède avec une conviction complète. Mais il va falloir arrêter aussi d'en vouloir aux Français attachés à leurs valeurs, coutumes et patrimoine (je n'ai pas dit Patrie, vous le noterez). Nous sommes dans un pays avec une histoire, ancré dans un immobilisme navrant et une incapacité à sortir du marasme économico-social dans lequel il se vautre depuis maintenant des décennies, mais aussi avec des codes, une morale, et une volonté d'universel bien trempés. Notre ouverture au monde ne doit pas et ne se fera pas (au risque d'un réel bordel pour la peine) au détriment de ce que chacun devrait aimer plus que toutes autres cultures et valeurs, celles de ce pays, pour peu qu'il ait fait le choix d'y vivre et d'y évoluer. J’ai dans mon entourage une personne maghrébine qui certes se fait refuser par des taxis, mais leur parle aussi, lorsqu'ils sont "rebeux", comme au bled. Et paf, ça ne manque pas, lesdits rebeux du bled réclament un "monsieur" et le vouvoiement.

    Je pense qu'il y a un réel problème dans ce pays : c'est l'accession majoritaire des citoyens à un niveau de vie satisfaisant qui leur permette enfin de ne plus considérer l'autre comme une cible. Une cible de jalousie, d'envie, de peur. Je viens d'un milieu privilégié, je l'admets, mais où aucun racisme, aucune homophobie, mais plutôt une curiosité et une envie de savoir ont forgé notre considération de l'autre. Goutte d'eau dans un océan de méfiance, l'accession à la culture et le bonheur de vivre selon nos valeurs sans interférence ni problème d'argent ou d'insécurité ont permis à ma famille, et à la plupart de celles que j'ai côtoyées, d'apprécier la nouveauté et l'Autre avec un plaisir sincère, pour peu une fois de plus qu'il appréciait lui-même notre univers autant que nous essayions de nous acclimater au sien lorsque nous le recevions.

    La délinquance est le fait majoritaire de populations issues de l'immigration, c'est un fait. Le problème, ce n'est pas qu'ils soient noirs, mais qu'ils évoluent dans un monde laissé à l'abandon, tant par la société que par eux-mêmes. Mettez-y un blanc au sang bleu, je ne suis pas sûr que ses gènes le sauveront. Il faudra donc apprendre à mettre cette société en face de ce qu'elle est réellement et de ce qu'elle mérite vraiment, avant peut-être de vouloir en faire une société modèle qui offre tellement de chances à ses enfants noirs, gris, blancs ou jaunes que ceux-ci lui doivent respect de l'Autre, amour de son prochain, et j'en passe.

    Notre société a des valeurs et une envie d'avancer conformément à ce que son histoire lui a légué : que tout citoyen français, sans distinction, soit alors responsable de son avenir. Nous aurons alors peut-être bientôt, si tous les objecteurs de conscience s'appliquent à eux-mêmes l'adage kantien du "agis chaque jour de telle sorte à ce que ton comportement puisse être érigé en maxime de l'Humanité", des mariages gays et des régimes de retraites solidaires et équitables… enfin je dis ça, tant qu'on a du racisme en France, que pouvons-nous faire ?

    Age quod agis, mon cher auteur, et les moutons noirs/gris/blancs seront bien gardés !

    PS : pour l’anecdote, je dîne demain chez l’ancien président de l’Union des Etudiants Juifs de France avec mon ami (sans « e », voyez-vous…) membre de la fondation « Nos quartiers ont du talent », musulman bon teint… et vous savez des environs de quelle ville mariale je suis originaire… Allez dans la Paix du Christ cher auteur, je vous apprécie vraiment, vous le savez.

    1. Cher adepte de réactions en tous genres,
      Merci de ce commentaire à nouveau très complet qui met en exergue votre ouverture d’esprit qui a, je dois le reconnaitre, connue ces dernières semaine un développement des plus soudains.
      Il ne me semble pas que le rejet du racisme, surtout quand il vient des plus hautes autorités de l’Etat, soit une « théorie bien pensante »… quand Nicolas Sarkozy fait plus de 50 % des voix, quand le FN renait de ses cendres, quand le conservatisme s’exprime à visage découvert dans les médias je ne pense pas, en prenant le contre-pied, en fustigeant la méritocratie, le culte du travail, la société telle qu’elle se construit, être un « bien-pensant » au contraire je vais à contre courant. Je vous l’accorde cela aurait été le cas si j’avais encore l’âge d’être un étudiant mais contrairement à vous ce n’est plus le cas…
      Vous êtes grandement talentueux et c’est là gâcher votre talent que de ressortir l’effroyable poncif du miroir, réplique favorite de toutes les générations d’élèves du primaire !
      Pourquoi donc me reprocher de faire ce que font les autres ? Pourquoi reprocher à la majorité de discriminer des minorités alors que cette même majorité est discriminée par les minorités ? Mais oui ma bonne dame vous avez raison de ne pas accepter de chinois dans votre deux pièces, c’est bien fait pour eux, ils ne mangent que dans des restaurants chinois ! Le jour où ils iront tous manger dans des gargotes françaises ils auront le droit de louer un appartement à des Français.
      Rassurez vous madame Michu personne ne souhaite remettre les traditions françaises au contraire en luttant contre le racisme, la xénophobie en un mot la bêtise, on participe à la restauration de ces traditions.
      Je vous souhaite à vous et à votre ami un excellent diner et occupez vous directement du taxi vous serez plus vite sous la couette

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