J’ai rencontré Michel Houellebecq – La carte et le territoire

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Michel Houellebecq sur le mode Malraux

J’ai finalement suivi les conseils du blogueur émérite « jenesuispasfolle » qui dans un commentaire à l’un de mes post écrivait : « c ‘est une expérience incroyable parce qu’on a l’impression de lire quelque chose d’important alors que ça parle de l’époque ultra-contemporaine. Je pense que la mise en scène de Houellebecq par lui même dans les médias influe certainement sur la lecture, on peut lui reprocher, mais pas pour La Carte et le territoire, car le livre est justement fondé sur une mise en scène de lui même. Donc tout est délicieusement cohérent. Je vous conseille aussi de lire sa poésie, moins connue, très prosaïque mais beaucoup plus intense que toutes les productions éthérées qui sortent actuellement au rayon poésie. Je vous conseille de commencer par la carte et le territoire, très abordable, avec de très bons moments de lecture (bc d’humour : notamment sur Jean Pierre Pernault) »

C’est donc sans appréhension particulière que je me suis lancé dans La carte et le territoire, sachant seulement, avant d’entamer la lecture, que l’auteur y avait mis en scène son propre assassinat.

Au terme d’une lecture que je dois avouer vraiment agréable j’ai l’impression que l’auteur a fait se rencontrer deux livres. Il a probablement commencé une œuvre policière bien ficelée, conduite avec la précision chirurgicale qui, me dit-on, est un des traits de l’écriture de Houellebecq. Ces quelques pages auraient suffit ; elles existent par elle-même et pourraient faire l’objet d’une adaptation en format de 45 minutes pour les « jeudi soir » de TF1.

L’auteur a alors repris la plume, ou plus exactement le clavier et s’est lancer dans un incroyable portrait croisé de « l’artiste », du monde de l’art, de la solitude, de la vieillesse, de l’abandon et surtout du « rien ». Le héros ne  voit n’y ne pense rien. Il n’explique pas son génie et la reconnaissance du public. Houellebecq l’écrit, un roman s’impose à son auteur, ce dernier le subit au fur et à mesure de la création. Oui, Houellebecq se met en scène, il est le reflet de son héros, de son succès et du sentiment incroyable de « non-sens » qui l’habite. Il démontre avec talent que même à l’écart du monde, l’artiste est le seul à pouvoir le montrer tel qu’il est, avec un sens clinique de la réalité.

Ainsi, au cœur de ces pages, Houellebecq trace des lignes et lâche des bribes d’avis sur l’architecture, la société, son mode de fonctionnement… Si, comme moi, vous trouvez ca passionnant, vous tacherez néanmoins d’aller vérifier les affirmations qui pêchent parfois par l’inexactitude historique flagrante ; mais qu’importe il s’agit d’un roman.

Ne cherchez pas les grandes envolées lyriques, Houellebecq n’est pas Jean d’Ormesson et si, comme la grande voix, il parle de lui-même, il ne fait pas que ca. Il nous apprend que parfois, les grands artistes qui s’enferment dans le mutisme et la solitude de retraites éloignées des lumières parisiennes ne le font pas seulement par coquetterie mais aussi, tout simplement, parce qu’ils n’ont rien d’autre à dire que ce qu’ils ont écris dans leurs livres.

 

3 thoughts on “J’ai rencontré Michel Houellebecq – La carte et le territoire

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