Jacques Lafleur, l’homme de paix, s’en est allé

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Jacques Lafleur et Jean-Marie Tjibaou
Jacques Lafleur et Jean-Marie Tjibaou

La vie politique offre parfois des destins exceptionnels. Elle donne la chance à des hommes de révéler à leurs concitoyens une valeur morale incomparable. Jacques Lafleur faisait parti de ces hommes qui avaient rencontré l’histoire de leur communauté.

L’ancien député de Nouvelle-Calédonie de 1978 à 2007, signataire des Accords de Matignon en 1988 avec le kanak Jean-Marie Tjibaou, est décédé à l’âge de 78 ans, suite à un malaise cardiaque à son domicile, dans l’Etat australien du Queensland. Président de la Province Sud de 1989 à 2004 et chef du camp anti-indépendantiste de 1977 à 2004, il a dominé la vie politique néo-calédonienne pendant plus de 25 ans.

Fils de sénateur, engagé très tôt en politique sous les couleurs de Jacques Chirac, Lafleur est d’abord et avant tout le symbole du loyalisme à la République et à la France. Lorsque la Nouvelle Calédonie se divise entre pro et anti indépendance, lorsque des heurts sanglants commencent à apparaitre en brousse , Jacques Lafleur s’impose comme le seul rempart contre l’indépendance, utilisant, son mandat parlementaire pour relayer les attentes des loyalistes néo-calédoniens en Métropole.

En septembre 1985 il fait venir le maire de Paris à Nouméa qui déclare devant 7 000 personnes : « Vous êtes chez vous mais nous sommes aussi chez nous car nous avons tous ici notre place dans un destin commun : Mélanésiens, Caldoches venus de la vieille Europe mais aussi Wallisiens, Tahitiens ou Asiatiques. Oui, nous sommes chez nous car nous sommes en France ! »

La crise sanglante d’Ouvéa provoque un électrochoc dans les populations européennes de Nouvelle Calédonie. La peur de l’indépendance s’installe sur le mode algérien. Les élections qui suivent traduisent ce sentiment, au second tour de l’élection présidentielle du 8 mai 1988 les néo-calédoniens choisissent Jacques Chirac à 90 % et réélisent aux législatives de juin  Jacques Lafleur avec 83,3 % des voix.

C’est là que le destin de Lafleur se joue. Il aurait pu faire fructifier ce capital électoral en poursuivant une politique sans concession qui aurait mené la Nouvelle Calédonie à l’affrontement des cultures des peuples et des rêves. Il aurait pu chercher à récupérer la percée électorale du Front national dont le candidat, Guy George, a atteint 13,8 % aux législatives ; il aurait pu être l’un de ces cheiffaillons sans stature ni morale politique. Le 11 juin 1988. il préfère tendre la main à l’ennemi de toujours, au chef de ceux qui veulent mettre fin au rêve d’une Nouvelle Calédonie française, Jean-Marie Tjibaou.

Cette main tendue donnera naissance aux accords de Matignon puis aux accords de Nouméa. Elle sera la pierre angulaire de nouvelles institutions imposant le « gouverner et vivre ensemble » dans ce territoire multiculturel. Avec cette main tendue, et après Mikhaïl Gorbatchev, Lech Walesa, le Dalaï-lama, Jean-Paul II…, il était entré, avec Jean-Marie Tjibaou à titre posthume, dans le club très restreint et prestigieux des titulaires de la “Colombe de la Paix”. Une distinction remise par l’Allemagne et l’Unesco.

En avril dernier Jacques Lafleur avait démissionné de son mandat d’élu au Congrès de Nouvelle-Calédonie, le dernier qu’il détenait encore. Mis à l’écart en 2004 par une nouvelle génération de responsables de la droite locale, il avait tenté de revenir à plusieurs reprises sur le devant de la scène mais les électeurs ne le suivaient plus.

D’une phrase il résumait les craintes d’un vieil homme qui avait connu ce que la politique peut offrit de plus beau à ses serviteurs… des regrets

“Je suis seul et je ne peux rien faire seul. Je crains qu’à force d’égoïsme on se dirige à nouveau vers des troubles. Et moi, je suis trop vieux”,

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