La formidable Mère de Florian Zeller

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La mère de Florian Zeller

Je l’avoue, je suis plutôt un garçon classique. Spectateur idéal qui répond à la demande aux bons vieux ressorts pourtant éculés des films hollywoodiens.  J’aime l’atmosphère feutrée et respectueuse de la Comédie française et des mises en scènes classiques où le premier degré n’a pas été sacrifié sur l’autel de l’originalité probablement géniale d’un metteur en scène tchèque convaincu d’être le seul à avoir jamais compris le vrai message de Racine.

Pris d’un enthousiasme nouveau, je vous annonçais il y a quelques semaines que je prendrai vendredi 10 décembre la direction du Petit Théâtre de Paris afin d’y découvrir la pièce La Mère signée d’un vrai auteur contemporain à succès, Florian Zeller. L’expérience fut enthousiasmante à tous points de vue et je comprends pourquoi, après 14 ans de comédie française, Catherine Hiegel est venue chercher ce texte pour l’interpréter et faire frémir Paris de rumeurs quant au futur Molière de la meilleure actrice qu’elle mérite assurément cette année !

Chaque spectateur sort de cette pièce avec une histoire différente dans la tête grâce aux incessants retours en arrière organisés par l’auteur. Chaque scène est en effet jouée deux fois avec un point de départ différent et une modification, à la marge, mais fondamentale, de l’histoire. Ce double éclairage qui pourrait préciser la réalité des personnages vient en fait appesantir l’ombre qui les entoure.

Pour ma part, j’ai vu une femme qui a vécu au travers de sa famille, de son mari, archétype du cadre ventripotent en pleine crise de la cinquantaine, de sa fille qu’elle n’aime pas vraiment et de son fils auquel elle porte un amour malsain et destructeur. C’est l’histoire de toute les familles où, une fois les enfants partis, cette grande maison autrefois vivante laisse apparaitre les fantômes d’une vie sans objet. L’alcool aidant la Mère réalise peu à peu qu’elle finira sa vie seule, abandonnée comme un outil ménager ayant trop servi et que personne ne veut plus regarder. Le mari à son tour la quitte. Pour un week-end avec sa maitresse, pour un séminaire de travail à Dijon ou définitivement ? On ne le saura jamais. Le fils, en pleine rupture sentimentale revient à la maison pour quelques jours. Imaginaire galopant d’une femme solitaire qui noie son désespoir dans l’alcool et les médicaments ou réelle présence … chacun a son idée.

Nous regardons, impuissants, les dernières vingt-quatre heures de la vie d’une femme qui au moment d’enfin être délivrée de sa vie rêve son suicide en un meurtre d’amour exécuté par le seul être qu’elle aime vraiment.

Catherine Hiegel est majestueuse pour révéler en nos cœurs le malaise, la pitié et la colère face à l’abandon. Elle est servie dans son art par Jean-Yves Châtelais, merveilleux lâche incapable d’avouer son départ, son abandon. On retrouve enfant Clément Sibony que j’avais pour ma part tant aimé dans Déjà mort d’Olivier Dahan en 1998. Lui aussi est exact, un mélange sidérant de la colère maternelle et de la lâcheté paternelle. Olivia Bonamy enfin apporte avec naturel la touche de cruauté qui libère le spectateur.

La Mère est probablement l’une des pièces à ne pas rater en cette fin d’année, Marcial Di Fonzo Bo la met en scène en restant au service du texte et des acteurs et c’est, dans les théatres parisiens, une chose rare et ô combien appréciable.

Petit Théâtre de paris, 15 rue Blanche, Paris 9e. Du mardi au samedi à 21h ; le samedi à 18h et le dimanche à 16h. Réservations : 01 42 80 01 81

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