Le Figaro vous apprend Comment utiliser Internet sans perdre son emploi spéciale dédicace à Brigitte de la Clémentine

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Les réseaux sociaux et les moteurs de recherche fournissent aux recruteurs de nombreuses informations sur la vie personnelle de leurs salariés. Comment préserver sa carrière et ses chances d’embauche sans se priver des opportunités de carrière qu’offre Internet ?

Avez-vous déjà tapé votre nom sur Google ? Savez-vous ce que la Toile dévoile à votre employeur ou à vos recruteurs de votre personnalité, vos loisirs, vos croyances ? La réputation en ligne est en effet devenue un enjeu clé à l’heure où le verbe « googler » est entré dans le langage courant et où l’on recherche tout en ligne. Y compris des informations sur un candidat à l’embauche ou sur un collègue.

Entre sphère privée et sphère publique, la frontière n’a jamais été aussi floue que depuis l’émergence des blogs et des réseaux sociaux en ligne. Avec Internet, les recruteurs ont accès à des données qu’il leur est interdit de collecter, comme les origines ethniques, les opinions politiques ou religieuses ou encore les appartenances syndicales, les informations relatives à la santé ou à la vie sexuelle des personnes. La Toile a déjà fait plusieurs victimes comme une bloggeuse licenciée en 2006 pour avoir porté atteinte à l’image de son entreprise. Trois ans plus tard, aux Etats-Unis, une candidate n’a pas été recrutée après avoir confié sur Twitter ses doutes sur l’intérêt de son futur job. Dernière affaire en date, le conseil des prud’hommes de Boulogne-Billancourt a jugé « fondé » le licenciement de trois salariés pour avoir critiqué leur hiérarchie sur Facebook. En France, la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL) affirme avoir reçu une dizaine de plaintes sur ce sujet au cours des neuf derniers mois.

Pour éviter de compromettre sa carrière et ses chances d’embauche, mieux vaut donc soigner son identité numérique grâce à quelques précautions.

1.Maîtriser la diffusion de ses informations personnelles

Une première règle consiste à restreindre le nombre de personnes qui peuvent consulter vos données à celles en qui vous avez confiance. Les utilisateurs des réseaux sociaux comme Facebook ont en effet la possibilité de personnaliser les accès à leur compte. La consultation des photos, des statuts, des informations personnelles ou encore des messages sur le « mur » est ainsi personnalisable d’un contact à un autre. Il est également possible sur Facebook de créer des listes d’amis pour adapter plus facilement les paramètres à chaque groupe. Certes, les paramètres sont complexes, comme le prouve le schéma de leur arborescence réalisé par le site du New York Times.

Mais cette étape fastidieuse est nécessaire pour savoir ce que vous partagez avec chaque contact. « Il faut avoir conscience du caractère ouvert de Facebook, explique Yann Padova, secrétaire général de la CNIL. Cet outil privé ne l’est en fait pas du tout, sauf si l’on restreint l’accès à son compte ».

Doit-on séparer réseau professionnel et privé ? Cette précaution peut sembler préférable, d’autant qu’il existe des sites à vocation uniquement professionnelle tels que Viadeo et LinkedIn. Mais pour Alain Gavand, PDG du cabinet de consultants en recrutement Alain Gavand Consultants, « c’est une question de stratégie car on peut utiliser Facebook pour recruter et pour promouvoir son propre business».

2.Respecter les mêmes principes qu’hors de la Toile

Droit au respect de la vie privée, droit à l’image, devoir de réserve des salariés, infractions d’injure et de diffamation… un cadre légal limite la liberté d’expression sur Internet. Au-delà des dimensions juridiques, le comportement en ligne relève du bon sens : l’internaute ne devrait pas publier des informations sur d’autres personnes qui pourraient indisposer celles-ci. Il devrait également veiller à obtenir leur consentement avant de mettre en ligne des photos et des vidéos sur lesquelles elles apparaissent. « Il faut prendre les mêmes précautions que dans la vie en dehors de la Toile», rappelle Alain Gavand qui préconise de faire particulièrement « attention aux informations laissées sur les chats, les forums et les blogs et qu’on peut facilement retrouver avec les moteurs de recherche ». Et si le besoin de s’exprimer se fait irrésistible, Yann Padova, secrétaire général de la CNIL, rappelle qu’il ne faut pas nommer les personnes critiquées et recommande éventuellement d’utiliser un pseudonyme.

3.Effacer les informations personnelles référencées

Comment agir si le mal est déjà fait et qu’une requête sur Google associe votre nom à un site ou des images indésirables ? Evidemment, inutile de s’adresser aux moteurs de recherche qui ne maîtrisent pas ces contenus. Le plus simple est de demander à la personne qui a mis ces informations en ligne de les retirer. Sinon, il faut contacter le responsable du site dont les coordonnées sont obligatoirement précisées dans les mentions légales. La CNIL propose sur son site un modèle de lettre. Si vous n’obtenez pas de réponse au bout de deux mois, vous pouvez adresser une plainte en ligne à la CNIL.

A noter, la procédure prend plusieurs mois. Yann Padova insiste en effet sur les difficultés que rencontre son institution pour contraindre un site à retirer du contenu, surtout si celui-ci est hébergé hors de l’Union européenne.

Enfin, des entreprises spécialisées dans le nettoyage de la réputation en ligne sont apparues. La CNIL en recense aujourd’hui une dizaine et affirme étudier le phénomène de très près pour évaluer l’efficacité de ces nouveaux outils.


 

Nouvelle approche du recrutement

A plus long terme, un cadre légal et l’action d’un régulateur comme la CNIL seront-ils suffisants ? Pour Alain Gavand, des efforts pédagogiques à destination des candidats, éventuellement par le biais de cours dès le collège et lycée, seront également nécessaires, ainsi qu’une éthique de la part des recruteurs. L’association de cabinets de recrutement A Compétences Egales, qu’Alain Gavand préside, a ainsi publié une charte qui définit des principes de recrutement en ligne. Le recruteur, qui affirme s’interdire de chercher des informations sur les candidats à partir des moteurs de recherche, assure qu’Internet est devenu « un outil incontournable de recrutement ». Certains cabinets de recrutement réalisent ainsi 75% de leurs embauches à partir des réseaux sociaux en ligne. « La relation entre le recruteur et le candidat change et s’installe dans le temps. Il ne s’agit plus seulement d’une réponse à une annonce pour un poste, mais d’une approche conversationnelle, de la création d’une communauté et d’un réseau d’échange ».

Sophie Amsili

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