Libération et Wikileaks révèlent les bavardages de nos hommes politiques à l’ambassade américaine … édifiant

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Avec les câbles diplomatiques révélés par Wikileaks, s’établit au fil des jours un portrait de la France vue par l’ambassade américaine à Paris. Les politiques français y contribuent largement. Deux ans avant l’élection présidentielle, dès 2005, ils sont nombreux à avoir discuté avec les diplomates américains: des relations franco-US, de l’état de la France, d’eux-mêmes, et, bien souvent, de leurs adversaires et partenaires. Sans hypocrisie, ils n’hésitent pas à mettre en avant les faiblesses des autres et à prédire l’avenir politique à court terme.

DSK a un avis sur tout le monde, Rocard n’aime pas Sarkozy, Royal pense à elle, Hollande ne croit pas que Chirac va soutenir la gauche, etc.

Sarkozy, «talentueux» mais «limite raciste»

A l’époque ministre de l’intérieur, Nicolas Sarkozy est admiré par DSK en mai 2006 qui le considère comme un «politicien extrêmement talentueux» même s’il s’est positionné tellement à droite qu’il va avoir du mal à recentrer son discours. François Fillon va dans le même sens en décembre 2005, il estime que compte tenu de l’histoire de la Ve République, bercée par les alternances, le PS devrait gagner en 2007, mais «Sarkozy à une chance parce qu’il est un fervent partisan du changement alors que le parti socialiste est devenu un parti de statu quo».

Au contraire, Michel Rocard s’inquiète de sa montée en puissance en octobre 2005, qui provoque «peur et répugnance à gauche». Il déplore notamment son manque d’ouverture sur le monde, notant que sa manière de parler des immigrés clandestins est «limite raciste». Pour l’ancien premier ministre, «la position de Sarkozy pour les droits de l’homme n’est pas sûre. Il n’est pas Le Pen mais il est un danger pour l’équilibre de la République française».

Sarkozy a lui-même rendu visite à l’ambassadeur américaine, à qui il a annoncé sa candidature certaine, avant l’annonce officielle aux médias.

Les câbles utilisés:

http://wikileaks.liberation.fr/cable/2006/05/06PARIS3360.html

http://wikileaks.liberation.fr/cable/2005/10/05PARIS7360.html

http://wikileaks.liberation.fr/cable/2005/12/05PARIS8606.html

Ségolène Royal «s’autodétruira»

Quelques mois avant les primaires socialistes de novembre 2006, en juin, François Hollande estime déjà «qu’elle gagnera et qu’elle sera candidate», grâce à la montée de sa popularité.

Ségolène Royal, en février 2006, estime d’elle-même qu’elle est «celle à battre». DSK, son adversaire de l’époque, juge quelques mois plus tard que l’effervescence de l’opinion publique autour d’elle est «une hallucination collective». Selon lui, tous ceux qui sont en tête des sondages six mois avant une élection, perdent invariablement, et de citer Giscard d’Estaing en 1981, Balladur en 1995 et Jospin en 2002.

Il estime alors que «les socialistes peuvent gagner en 2007» mais que le plus difficile pour lui «sera de remporter les primaires» contre la présidente du Poitou-Charente. Si Royal est choisie par le PS, il croit qu’elle s’effondrera sûrement et ne pourra pas survivre contre Sarkozy.

Patrick Devedjian, en mars 2006, voit Ségolène Royal à l’époque comme l’adversaire la plus dangereuse à gauche, même s’il prédit qu’elle «s’autodétruira» sans doute si elle est nominée. Dans tous les cas, il pense que le PS l’empêchera de gagner les primaires.

Câbles utilisés:
http://wikileaks.liberation.fr/cable/2006/05/06PARIS3360.html

http://wikileaks.liberation.frcable/2006/02/06PARIS1031.html

http://wikileaks.liberation.frcable/2006/06/06PARIS4247.html

http://wikileaks.liberation.fr/cable/2006/03/06PARIS1681.html

http://wikileaks.liberation.fr/cable/2006/09/06PARIS5975.html

Dominique de Villepin, «Cyrano de Bergerac»

Dominique Strauss-Kahn, particulièrement disert lors de sa rencontre avec l’ambassadeur en mai 2006, estime à l’époque qu’il faut que Villepin reste premier ministre. Pas pour le bien de la France, évidemment, mais car «ce serait bon pour la gauche».

L’ancien Premier ministre est plutôt vu d’un bon oeil par Michel Rocard en octobre 2005, qui ne supporte pas Nicolas Sarkozy. Selon lui, il est une alternative à droite plus acceptable, «même s’il se prend pour Napoléon alors qu’il n’est en fait que Cyrano de Bergerac». De plus, lui «connaît les limites du pouvoir». Rocard tout comme François Hollande (en juin 2006) regrette toutefois que Villepin et Chirac aient affronté les États-Unis si ouvertement sur la question de la guerre en Irak.

Du côté de la droite, en mars 2006,  lors du CPE, Patrick Devedjian, présenté comme l’un des proches de Nicolas Sarkozy «blâme l’impasse actuelle créée par les méthodes impétueuses et autocratiques de Villepin», et estime qu’il a perdu toute chance de gagner en 2007.

Les câbles utilisés:

http://liberation.wikileaks.fr/cable/2006/05/06PARIS3360.html

http://liberation.wikileaks.fr/cable/2005/10/05PARIS7360.html

http://liberation.wikileaks.fr//cable/2006/06/06PARIS4247.html

http://liberation.wikileaks.fr/cable/2006/03/06PARIS1681.html

Chirac, allié objectif de la gauche

Les éléphants du PS, en 2006, ne savent pas pour qui va rouler Chirac. François Hollande, qui rencontre l’ambassadeur en juin 2006 accompagné de Pierre Moscovici,  raconte «qu’il ne croit pas que le président de l’époque a envie de voir le candidat socialiste accéder à la présidence plutôt que Sarkozy».

Au contraire, DSK pense que de nombreux supporters de Chirac ne voteront pas pour Sarkozy, en raison de son attitude trop libérale. Chirac, pour lui, est un «allié objectif» qui préférera une victoire de la gauche, comme Miterrand en 1995 souhaitait plus la victoire du maire de Paris que de Jospin.

Câbles utilisés:

http://wikileaks.liberation.fr/cable/2006/05/06PARIS3360.html

http://wikileaks.liberation.fr/cable/2006/06/06PARIS4247.html

François Hollande, le pauvre stratège

Le premier secrétaire du PS à l’époque n’attire pas trop de remarques de la part des autres politiques. DSK juge toutefois que c’est un bon tacticien, mais un faible stratège, qui sera laissé de côté si Royal gagne. Le futur patron du FMI s’en amuse presque puisqu’au départ il raconte que Hollande a mis en avant les chances de sa compagne pour préserver les siennes.

A noter que c’est un des rares politiques critiqués franchement par l’ambassadeur américain. Il trouve qu’il n’a pas vraiment de programme clair pour la France, ni de «punch politique». En résumé, il n’a pas le niveau.

Câbles utilisés:

http://wikileaks.liberation.fr/cable/2006/05/06PARIS3360.html

http://wikileaks.liberation.fr/cable/2005/07/05PARIS4760.html

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