J’ai rencontré la bégum Hazrat Mahal grâce à Kenizé Mourad

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Kenizé Mourad ne m’était pas inconnue au moment de tourner la première page de son dernier livre « Dans la ville d’or et d’argent ». Elle m’avait fait rêver et pleurer sur le sort de la princesse Selma dans son best-seller international, De la part de la Princesse morte qui raconte la vie et les pérégrinations de sa propre mère. Car Kenizé Mourad, de son vrai nom Kenizé de Kotwara, est la fille de Selma, elle-même petite fille du sultan ottoman Mourad V, mariée à un rajah indien puis réfugiée à Paris. Orpheline de sa mère peu après sa naissance, Kenizé Mourad se plonge avec talent dans l’histoire des femmes de sa famille au travers de ses biographies romancées.

Dans la ville d’or et d’argent elle se plonge dans l’histoire d’un mythe de l’Inde moderne, Hazrat Mahal et le début du processus de libération de l’Inde. La Begum Hazrat Mahal a été l’épouse du dernier Tajdaar-e-Awadh, Wajid Ali Shah qui gouvernait l’Awadh, Etat indépendant le plus riche du nord des Indes dont la capitale était Lucknow, joyaux architectural dont l’essor date du XVIIIème siècle.

En 1856, les Britanniques décidèrent d’annexer l’Awadh et exilèrent Wajid Ali Shah, personnage plus intéressé par la danse et la musique que par la politique, à Calcutta. Très rapidement, profitant de l’aveuglement britannique et du complexe de supériorité des sujets de la couronne de sa gracieuse Majesté, des militaires fidèles au souverain légitime et à sa lignée s’engagèrent dans une révolte généralisée des Indes. Ils trouvent en Hazrat Mahal, ancienne épouse préférée du Roi un soutien déterminé à aller au bout de la révolte et d’obtenir l’indépendance des Indes… au profit de son fils Birjees Qadr qu’à 14 ans elle fait proclamé roi d’Awadh.

Faisant preuve d’un courage sans faille et d’un sens politique incroyable, elle obtient que les soldats indiens enrôlés par les Anglais et que l’ensemble de la population rurale rejoignent l’insurrection aux côtés de Nana Sahib, Rani Laxmi Bai, Tatya Tope, Bakht Khan et Maulvi Ahmadullah.

Je n’ai naturellement pas besoin de vous raconter la fin de cette magnifique fresque historique que l’auteur dépeint sur fond de passion amoureuse entre la Bégum et Jai Lai, intrépide et insolent chef militaire dont la virilité rassure la « Reine des armes »…

On dévore les pages de ce roman qui conte la colère d’un peuple, un évènement historique dont aucune leçon ne semble jamais avoir été retenue…

William Dalrymple écrivait ainsi : « Les leçons de l’insurrection de 1857 sont très claires. Personne n’aime qu’un autre peuple vienne conquérir son territoire, le priver de sa terre ou le forcer à adopter des idées meilleures sous la menace des armes. Les Britanniques découvrirent en 1857 ce que les Etats-Unis sont entrain d’apprendre : rien ne peut plus radicaliser un peuple ou ébranler autant l’islam modéré qu’une intrusion agressive ».

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