Tunisie, Algérie l’incroyable silence de la France

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Un manifestant blessé après des affrontements avec la police, dimanche près de Sidi Bouzid.AFP/STR

La France aura donc attendu le 10 janvier pour réagir, a minima, sur les évènements qui secouent l’Algérie et la Tunisie. Voici deux pays qui sont à nos portes, deux nations avec lesquelles nos liens culturels, économiques, politiques, sociologiques et historiques sont tels que nos destins sont irrémédiablement liés comme c’est le cas des membres proches d’une même famille… et pendant des semaines rien … aucun commentaire ; à croire que la France n’a plus de politique étrangère et reste sur cette effarante déclaration présidentielle prononcée en 2008 “Aujourd’hui, l’espace des libertés progresse en Tunisie»…

Des milliers de jeunes tunisiens et algériens défilent dans les rues. Que réclament-ils ? Du pain, la liberté, la justice. Leurs gouvernants, un groupuscule de vieillards accrochés au pouvoir, leur répondent à balles réelles. Ils font couler le sang de leur propre jeunesse sur les trottoirs de villes guettos, croyant peut être ainsi pouvoir apaiser ce malaise qui couve depuis tant d’années.

Les pays occidentaux se veulent, depuis le fameux droit d’ingérence, les porteurs de valeurs universelles (pour être honnête on se rappellera que cette mission d’ouverture à la civilisation était déjà une justification de la colonisation orchestrée par la III ème République). A ce titre, ils interviennent en Irak, en Afghanistan, en Côte d’Ivoire, en d’autres temps au Tchad, au Liban ou au Panama. Ils condamnent des dirigeants « dictateurs » au Zimbabwe, en Iran ou au Kazakhstan …Mais sur l’Algérie, sur la Tunisie, si proches, si vivantes … rien, le néant comme si rien ne se passait.

Les Etats-Unis sont, parmi ce concert de nations vertueuses, les premiers à réagir en affirmant se sentir “Préoccupés”, l’ambassadeur de Tunisie à Washington a été convoqué par le « département d’Etat » et on s’en est arrêté la parce que comprenez bien, le Président Ben Ali comme son compère algérien A. Bouteflika, est un allié solide et donc précieux de l’occident au Maghreb.

Souhayr Belhassen, présidente de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) basée à Paris déplore “le silence des alliés de Tunis [qui] n’est pas sain. On laisse à Zine El Abidine Ben Ali (président de la Tunisie) le temps de se retourner (…) On le soutient, on fera comme d’habitude” déclare t’elle.

Vendredi 7 janvier le porte parole du Ministère des affaires étrangères français, Bernard Valero, se contentait encore d’un vague “Nous suivons la situation avec attention en Algérie”, c’est déjà ça car aucune fois le  mot « Tunisie » ne sera prononcé par l’éminent diplomate.

Le 10 janvier le même Bernard Valero se « lâche » enfin (sarcasme) “Nous déplorons les violences, qui ont fait des victimes, et appelons à l’apaisement …La Tunisie est confrontée à des problèmes économiques et sociaux. Seul le dialogue permettra aux Tunisiens de les surmonter. La coopération entre la France et la Tunisie, qui est fortement orientée sur l’emploi, le restera”, a-t-il ajouté. “Aujourd’hui, l’urgence en Tunisie est à l’apaisement”.

Il aura fallu 20 morts, une répression policière intense et l’insistance de la presse pour que la France se contente finalement du service minimum renvoyant finalement dos à dos des jeunes désarmés et des forces de police anti-émeute…Nous sommes la patrie des droits de l’homme… je n’oublie pas …

Le silence de la France était intolérable mais depuis qu’elle parle j’avoue avoir un peu honte.Je suis réaliste, je sais que la politique étrangère répond à une logique d’intérêts stratégiques et économiques. Je sais que les pays occidentaux préfèreront toujours des dictatures stables plutôt que de voir émerger des régimes religieux et instables aux portes de l’Europe … Je sais que notre diplomatie se doit d’être logique, posée et à long terme mais je suis convaincu que notre inaction, notre collaboration silencieuse sont autant d’écueils pour demain.

Alors c’est en bloggeur solitaire que je pose ma petite pierre, même si cela ne sert à rien, je pense aux jeunes algériens et tunisiens que j’ai rencontrés ces dernières années et j’espère pour eux et avec eux un meilleur avenir.

IGTBB

 

3 thoughts on “Tunisie, Algérie l’incroyable silence de la France

  1. Excellent article que je me permets de diffuser via FB et twitter. Merci de parler, et d'écrire. On agit certes en solitaire, chacun avec du mieux qu'il peut afin d'avoir cette liberté et dignité que nous avons perdu au fil des années, mais en étant chaque jour plus nombreux (tunisiens ET étrangers de part le monde) on y arrivera

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