Le frisson de la révolte : regard sur Bahreïn

Share

Le souffle de la révolte semble ne pas vouloir retomber dans les pays arabes. Après avoir emporté Ben Ali et Moubarak, Bahreïn, l’Algérie, la Lybie semblent aujourd’hui en première ligne suivis par le Maroc et la Jordanie.

Nos amis les médias occidentaux, poussés par la diplomatie américaine qui joue depuis quelques mois le refrain de la démocratisation, n’en peuvent plus de phrases dithyrambiques pour saluer l’esprit de saine révolte au service de la démocratie.

C’est là méconnaitre gravement la réalité des pays arabes et surtout leur diversité … je ne parle même pas de ceux qui comptent dans la liste l’Iran mélangeant allègrement pays musulmans et arabes mais passons…

Je vous propose une rapide ballade dans ces pays qui font l’actualité afin de mieux cerner les tenants et aboutissements des derniers évènements.

 

Regards sur Bahreïn

Le roi Hamad Ben Issa Al-Khalifa

L’émirat de Bahreïn est un petit archipel faisant face au littoral saoudien. C’est le plus petit Etat du Golfe et aussi le plus densément peuplé. La famille régnante prend le pouvoir en 1783 en chassant l’occupant Iranien qui garde de forts intérêts sur place puisque la population chiite représente 70 % de la population du pays.

La vie politique a toujours été tendue à Bahreïn. En 1973, le souverain promulgue une Constitution instituant une Assemblée nationale composée de 30 députés et 14 ministres. Cette dernière entre en opposition de plus en plus frontale avec l’Emir qui décide de la dissoudre dès 1975 et de proclamer l’état d’urgence dans le pays. Suivirent 25 années de tensions politiques et l’émergence d’une opposition politique dure constituée de nationalistes arabes, socialistes et d’islamistes chiites proches de l’Iran.

De 1994 à 1998, la jeunesse chiite se révolte contre les conditions sociales et économiques qui se dégradent dans le pays. Les émeutes sont durement réprimées par le gouvernement du vieil émir Issa Ben Salman Al-Khalifa qui meurt en 1999. Dès 2001, le nouvel émir Hamad Ben Issa Al-Khalifa qui se fera sacrer roi en 2002 soumet au vote du peuple un Charte d’action nationale qui transforme le vieil émirat en monarchie constitutionnelle. Il restaure le Parlement, lève l’état d’urgence et amnistie les prisonniers politiques. Cette embellie démocratique est stoppée nette en 2002 avec la proclamation unilatérale d’une constitution qui bride les pouvoirs du parlement et garantit la suprématie du monarque.

La situation économique n’est pour le moins pas brillante à Bahreïn. Confronté au tarissement de ses réserves pétrolières, le royaume s’est tourné vers le secteur des services qui ne permet pas de juguler une hausse vertigineuse du chômage qui serait de 30 % de la population active (officiellement 15 %).

Ainsi s’il existe un Etat du Golfe où les évènements tunisiens et égyptiens peuvent avoir un écho, il s’agit bien de Bahreïn déjà fragilisé par une longue crise politique et des failles sociales et économiques. En occident nous voulons croire que Bel Ali et Moubarak sont tombés pour des raisons politiques… Après 30 années de pouvoir les peuples se seraient réveillés et se seraient battus jusqu’à la mort pour la liberté d’expression. Cette vision enfantine de la vie politique tente de cacher maladroitement que les Egyptiens et les Tunisiens se sont soulevés en fait contre les effets conjugués de la crise économique, de la corruption de leurs dirigeants et contre la pauvreté. Les révolutions sont toujours les conséquences d’émeutes de la faim ou de manipulation politique organisée par les partis d’opposition (le terme manipulation est utilisé ici dans une vision objective en synonyme de « moyen d’action politique » sans jugement de valeur).

Bahreïn rassemble les deux aspects : émeutes de la misère et manipulations de l’opposition afin de renverser le pouvoir en place. L’Emir est ainsi pris en étau entre une population qui a soif de réformes et une famille régnante de 3000 membres occupant tous les postes à responsabilités et qui est profondément divisée sur l’opportunité et la nature des réformes. Le roi doit ainsi compter sur son Premier ministre, nommé par son père le 19 janvier 1970, Khalifa ben Salman al-Khalifa (75 ans), et qui n’est autre que l’oncle du roi et un opposant farouche aux réformes.

A tout cela s’ajoute la question religieuse dans un Etat à majorité chiite et ou règne une famille royale sunnite. Ainsi, les manifestations de ces derniers jours, les violences répressives et les décès constatés s’inscrivent dans un cadre politique et institutionnel bien plus complexe que dans le cas tunisien.

IGTBB

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *