Monde Arabe, la peur a changé de camp : Egypte, Jordanie, Yémen, Syrie, Algérie, Maroc…

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Début janvier, le monde découvrait effaré la colère bruyante des peuples arabes. Elle montait en Tunisie, en Algérie et en Jordanie avant de s’étendre à l’Egypte et au Yémen.

Le 7 janvier j’écrivais ici même dans un post intitulé « Le frisson de la Révolte : Algérie mon amour » qu’il ne fallait pas s’y tromper « personne ne connait à ce jour les conditions d’une telle explosion de rage et l’on ne peut que constater qu’elle coïncide avec les évènements en Tunisie ».

Aujourd’hui, alors que le régime ben Ali a été balayé par le peuple et qu’Hosni Moubarak s’accroche au lambeaux de son pouvoir, le doute n’est plus permis, la conscience populaire arabe a enfin émergée de sa torpeur. Elle fait frémir ceux qui rêvaient d’instaurer de nouvelles monarchies héréditaires sur le modèle de ce qu’ont construit les Al Asad en Syrie… dictateurs de père en fils un modèle dont les arabes ne veulent décidemment pas.

En Egypte, Hosni Moubarak préparait doucement l’accession au pouvoir de son plus jeune fils Gamal probablement au cours du dernier mandat présidentiel qui devait commencer en septembre 2011. Pressé par la rue et le gouvernement américain, Moubarak a été contraint d’annoncer hier qu’il ne se représenterait pas. Les chances de son fils pour lui succéder volent ainsi en éclats avec ce retrait anticipé et la nomination du général Omar Souleiman, chef du Gihaz al-Mukhabarat al-Amma, le puissant service de renseignements militaires, au poste de vice-président de la République arabe d’Égypte le 29 janvier 2011. C’est lui qui est désormais le vrai homme fort de l’Egypte et probablement le prochain président.

En Jordanie, le roi Abdallah II a décidé de lâcher au plus vite du lest aux manifestants et le lest c’est la tête du Premier ministre Samir Rifaï très impopulaire et rendu responsable de la crise économique qui frappe durement le pays et les classes populaires non seulement palestiniennes mais également jordaniennes. L’opposition avec à sa tête le Front de l’Action Islamique (FAI), n’entend pourtant pas s’arrêter en si bon chemin et critique la nomination de Marouh Bakhit considérant que ce dernier n’est pas assez « réformateur ». En fait ces opposants ne seront satisfaits que si l’un d’entre eux est nommé à la tête du Gouvernement ce qu’Abdallah ne pourra en aucun cas accepté. En Jordanie aussi le recours à l’armée et aux tribus pourra être la solution du pouvoir.

Au Yémen, le président Ali Abdallah Saleh, au pouvoir depuis trente-deux ans et qui était sur le point de faire voter la présidence à vie et à faire acter par le Parlement le rôle de successeur désigné pour son fils doit faire face a de violentes manifestations réclamant sa tête. Le Yemen n’est pas la Tunisie et chaque homme et adolescent dispose d’une importante collection d’armes à feu ce qui garantie une paix civile chaotique… Aujourd’hui, 2 février, Saleh essaye tel Moubarak de sauver ce qui peut encore l’être. Comme le Président Egyptien il annonce renoncer à briguer un nouveau mandat et déclare avec un culot incroyable : “Je suis contre un renouvellement de mon mandat, et contre la transmission héréditaire du pouvoir”

La Syrie elle aussi pourrait bien faire basculer le pouvoir familial des Al Assad. Un premier appel à manifester a été lancé pour vendredi après-midi contre la «monocratie, la corruption et la tyrannie». Un groupe Facebook, qui a réuni plus de 7800 membres, hier matin, a lancé un appel à manifester vendredi après la prière, «la première journée de la colère du peuple syrien et de rébellion civile dans toutes les villes syriennes». Les auteurs s’adressent directement à Bachar al-Assad «Nous ne sommes pas contre ta personne mais contre la monocratie, la corruption et la tyrannie et le fait que ta famille et tes proches se soient accaparé des richesses»…

En Algérie, le peuple a fixé rendez-vous au président Bouteflika 12 février. Les manifestants réclament le «départ du système» Bouteflika et la levée de l’état d’urgence, en vigueur depuis 19 ans. Suivant le modèle Français de contestation, l’Algérie s’avance doucement mais surement vers la grève générale. Hier le personnel paramédical, qui réclame une hausse de salaire a lancé le mouvement suivi à plus de 90%. En Algérie les revendications sont essentiellement économiques le droit d’expression étant relativement reconnu par le pouvoir militaire en place. Au Maroc enfin, quatre tentatives d’immolation par le feu ont eu lieu en une dizaine de jours laissant transparaitre la fébrilité d’une partie de la jeunesse.

Les autres pays du Golfe (Arabie Saoudite, Oman, Emirats arabes unis, Qatar, Bahreïn et Koweït sont plutôt préservés par ce que le New York Times appelle « l’Etat Nounou ». Ainsi, lorsqu’on lui demande si une vague démocratique ne risque pas de déstabiliser le Moyen-Orient bien plus encore qu’un Iran atomique, le prince Turki al-Faisal al-Saoud rétorque : “Je n’en sais rien ; en Arabie Saoudite, nous n’avons ni armes nucléaires, ni démocratie.”

Le pacte « stabilité politique contre partage de la rente pétrolière » passé entre la population et l’élite semble devoir tenir bon. Ainsi au Koweït l’Emir vient juste de verser 3000 dollars à chaque citoyen pour célébrer le 50ème anniversaire de son indépendance…

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