Tayyip Erdogan “reste Français”, Fransiz kalmak

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un excellent article de Guillaume Perrier

Recep Tayyip Erdogan

Recep Tayyip Erdogan a lancé sa campagne électorale à Strasbourg. Son premier meeting s’est tenu mardi en Alsace, devant 5.000 Turcs. Et le lendemain, devant les parlementaires du conseil de l’Europe, il s’en est pris à une élue française, Muriel Marland Militello (UMP), qui a eu le malheur de lui poser une question sur la liberté religieuse en Turquie. L’échange est passé quasi inaperçu en Europe mais a occupé la une des médias turcs pendant 24 heures.

Diplômée de langues-O et de sciences politiques, Mme Marland Militello est élue à Nice, proche de Jacques Peyrat et de Christian Estrosi… Au premier ministre turc, devant l’assemblée parlementaire du conseil de l’Europe (APCE), elle a voulu poser une question, justifiée, sur les atteintes aux libertés religieuses en Turquie.

“Notre amie est française? Avec la Turquie aussi vous restez française” a répondu à cette députée, le chef du gouvernement turc, satisfait de son trait d’esprit.

 “Fransiz kalmak”, “rester français”, signifie en turc être à côté de la plaque, ne rien comprendre… Si beaucoup de Français restent évidemment Français quand il s’agit d’analyser les changements opérés par la Turquie ces dix dernières années, le basbakan aime grossir le trait. La caricature est à double sens et la France, farouchement opposée à l’entrée de la Turquie dans l’UE, est la tête de Turc du moment de Tayyip Erdogan. C’est de bonne guerre. Cette attitude destinée à capter le ressentiment anti européen traduit aussi une volonté du chef de l’AKP d’aller chasser sur les terres du MHP avant les élections. Mehmet Altan compare cette “MHPisation” à la “lepénisation”.

Mais le premier ministre turc est mal tombé. Mme Marland Militello connaît la Turquie . Une partie de sa famille est d’origine arménienne, son grand-père et sa mère ont vécu à Kadiköy , sur la rive asiatique d’Istanbul. Elle n’est donc pas restée si française que ça…

La presse turque, enthousiasmée par cette sortie théâtrale, a salué le “second One minute ” d’Erdogan, lancé cette fois à la face de l’Europe et de Sarkozy. L’orgueil national passe souvent avant le journalisme. Mais quelques commentateurs plus lucides ont souligné la faiblesse de l’argumentaire. Pour Ahmet Altan, dans Taraf, Erdogan est “resté Turc avec l’Europe “.

Plus encore que la forme, c’est le fond de la réponse de M. Erdogan qui peut paraître inquiétante. Devant l’APCE, il a servi un discours resassé sur la fraternité religieuse et la tolérance turque à l’égard des minorités. “Personne ne peut dire qu’il ne peut pas pratiquer sa religion”, a-t-il affirmé. “Même lui ne peut pas croire à ce qu’il dit”, sourit un prêtre catholique à Antioche, qui sait de quoi il parle. Les clichés de Tayyip Erdogan et d’Egemen Bagis, ne peuvent convaincre que les convaincus. Et ceux qui sont restés français.

La suite du poste sur le blog de Guillaume Perrier

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