Nicolas Demorand déjà viré de libération? via Rue89

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Nicolas Demorand

Ambiance brutale à Libération. Un peu plus de trois mois après son arrivée, Nicolas Demorand est remis en balance par la rédaction qui l’avait pourtant adoubé. Ce jeudi dès midi, les journalistes du quotidien votent, à bulletin secret, une motion de défiance – grâce aux petits papiers « oui » ou « non » découpés par la SCPL (Société civile des personnels de Libération).

La rédaction reproche au nouveau directeur de Libération trois choses, essentiellement :

 

Certains journalistes regrettent également qu’il ne s’intègre pas à la rédaction :

« Il a un fonctionnement solitaire. »

« On ne le voit pas circuler sur les plateaux [les étages de la rédaction, ndlr] comme le faisait Laurent Joffrin. »

« Il ne dit quasiment pas un mot en conférence de rédaction. Il ne tranche pas assez. On l’appelle “Mister Nobody”. »

Tout cela, dans un climat propice ; la rédaction ayant été déboussolée par trois arrivées en peu de temps :

  • Nicolas Demorand,
  • Vincent Giret, directeur délégué de la rédaction depuis six mois,
  • Sylvain Bourmeau (ex-Mediapart), directeur adjoint chargé de la culture et des idées depuis deux mois.

En cas de vote massif défavorable à Demorand, on voit mal comment ce dernier pourrait se maintenir à son poste, compte tenu des traditions du journal qui veulent que le directeur ait le soutien de sa rédaction. Le vote sera clos à 19 heures. Sur Twitter, le journaliste Luc Peillon annonce une participation de 34% à la mi-journée.

1Le départ d’un journaliste, en CDD depuis 18 mois

La direction du quotidien n’a pas proposé de CDI à Alexandre Hervaud. Le journaliste, en CDD depuis 18 mois, a commencé à travailler à Libération en stage en 2008 (« Un mec très bon et précaire depuis longtemps », dit un journaliste). A ce stade, le journal lui proposait un CDI ou actait son départ : une période de carence importante s’impose après un long CDD (ici de six mois).

Selon les journalistes, son départ met en péril l’équilibre d’Ecrans.fr, site affilié à Libération, traitant de la culture numérique et qui fonctionne avec deux journalistes en CDD – dont Alexandre Hervaud.

La direction assure pourtant qu’il n’y aura pas de suppression de poste – le poste précaire est conservé. Mais Erwan Cario – qui dirige Ecrans.fr – a démissionné de son poste. Cédric Mathiot, de la SCPL :

« Le site n’est plus au stade de projet, il ne peut plus continuer à tourner avec des CDD. Ce sont des postes pérennes. »

La situation pourra-t-elle être débloquée avant l’arrivée de Philippe Nicolas, co-président du directoire en charge de la gestion et des finances, à la rentrée ? Nicolas Demorand ne veut visiblement pas prendre ce type de décisions seul.

En attendant, des internautes ont mis en ligne une pétition « Ne sabordez pas Ecrans.fr », signée, à l’heure où nous publions, par plus de 1 000 personnes. Un journaliste tempère :

« Après, on sait que signer un CDI à Libération ces dix dernières années relève d’un processus extrêmement complexe. »

2L’embauche d’un ancien assistant au même moment

En parallèle, des rumeurs circulent. Nicolas Demorand serait sur le point d’embaucher Jonathan Bouchet-Petersen, son ancien assistant.

Diplômé du CFJ et ancien journaliste du JDD, ce journaliste a assisté Nicolas Demorand à la matinale de France Inter, puis sur la tranche du soir d’Europe 1. Un rédacteur de Libération :

« C’est la concomitance entre le départ d’Alex et l’arrivée de Jonathan qui met la rédaction en colère. »

Jonathan Bouchet-Petersen n’est pas censé remplacer Alexandre Hervaud. Il doit signer un CDD « de renfort » en politique à Liberation.fr, notamment pour couvrir la campagne présidentielle sur le Net – un poste budgété avant l’arrivée de Nicolas Demorand, selon la direction.

Nicolas Demorand a transmis la candidature de Jonathan Bouchet-Petersen, qui aurait ensuite suivi le parcours d’embauche classique : CV, lettre de motivation, plusieurs entretiens. Ludovic Blecher, éditeur en chef de Liberation.fr, a assuré, mercredi en assemblée générale, avoir vu « deux ou trois » candidats.

« L’arrivée d’un deuxième proche nous inquiète »

Ça fait deux. Nicolas Demorand a déjà fait venir une connaissance : Sylvain Bourmeau, dont il était le chroniqueur à France Culture. Cédric Mathiot :

« Nicolas Demorand s’appuie beaucoup sur lui. Plus que sur l’équipe en place. On aimerait qu’il vienne plus vers nous. L’arrivée d’un deuxième proche ne nous rassure pas.

Les relations humaines entre Sylvain Bourmeau et les journalistes sont très difficiles. Cela ne se passe pas bien. »

Le service culture fonctionnait jusqu’à présent de façon très autonome.

3La refonte de la page « Vous » en conso

La refonte de la page « Vous », à la fin du journal, a été faite sans concertation, disent les journalistes. Selon eux, Nicolas Demorand souhaite « grosso modo » en faire une page conso plus classique, avec de « la bouffe, du pinard et du design ». Une page attrape-annonceurs, inspirée du supplément NexT.

Une journaliste :

« Une réunion est prévue le 4 juillet entre la chef de service et la direction pour reparler de ces pages. Je crois que pour le moment rien n’est acté. Un chantier a été ouvert, avec une volonté de changement. »

Dans la page « Vous », il y a souvent des sujets sociétaux, sa marque de fabrique. Selon plusieurs journalistes, Nicolas Demorand souhaite les déplacer dans le « continent de la société » du journal – c’est-à-dire un peu plus haut, pour un chemin de fer « plus lisible ». Un journaliste :

« Entre le procès Colonna et un papier sur les styles de vie, c’est toujours le dernier qui va sauter. Le risque, c’est que ces sujets disparaissent complétement. »

Les journalistes de Libération souhaitent donc que ces pages restent telles quelles ou que des engagements de la direction soient pris pour que ces sujets « très Libé » continuent d’exister.

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