Pédophilie : à quoi joue Luc Ferry ?

Share

Il en a trop dit ou pas assez… Qu’il assume ! C’est l’argument principal que lancent les détracteurs de Luc Ferry, depuis que l’ancien ministre a lâché des accusations surprenantes, lundi soir, au Grand Journal de Canal+ : “Vous avez un épisode qui est raconté d’un ancien ministre qui s’est fait poisser [attraper] à Marrakech dans une partouze avec des petits garçons.” De droite et de gauche, Luc Ferry reçoit des coups, certains l’incitant même à aller témoigner devant la police.

La polémique prend de l’ampleur, notamment parce que Luc Ferry a impliqué indirectement d’autres reponsables de l’époque : “L’affaire m’a été racontée par les plus hautes autorités de l’Etat, en particulier par le premier ministre”, sans préciser lequel.

LES AUTRES RESPONSABLES N’EN ONT “PAS ENTENDU PARLER”

Mais jusqu’ici, les intéressés contactés ne semblent pas pressés de venir en soutien aux accusations de Luc Ferry. L’entourage de Jean-Pierre Raffarin, joint par Le Parisien, “n’a jamais entendu parler de ce genre de dossier. Cette histoire paraît ahurissante”. Dominique de Villepin, ministre des affaires étrangères puis de l’intérieur de 2002 à 2005 n’a pas davantage eu connaissance de tels faits, précise le quotidien. De son côté, L’Express.fr affirme que quatre anciens ministres en poste après 2002, contactés, disent ne pas avoir de souvenirs.

Sur le plateau du Grand Journal, Luc Ferry a précisé qu’il s’appuyait sur un article paru dans Le Figaro Magazine la semaine précédente. Un encadré précise qu’un ex-ministre aurait été arrêté au Maroc, puis libéré avec l’intervention des autorités françaises. Mais là encore, il n’y a aucune preuve à l’appui. Ce que le magazine reconnaît : “Faute d’élément de procédure ou de témoignage, la loi nous interdit légitimement de nommer le personnage.”

Que va-t-il se passer maintenant ? Luc Ferry peut-il en rester là ? Une association marocaine de défense des enfants a fait savoir sur Rue 89 qu’elle demandait une enquête pour faire la lumière sur cette rumeur. Mais la pression se concentre pour l’instant surtout sur Luc Ferry.

“C’EST LA NON-DÉNONCIATION D’UN CRIME”

“Si on a la conviction qu’il y a eu un délit, voire un crime, on saisit la justice et on ne va pas simplement bavasser dans la presse”, a taclé Alain Juppé, le ministre des affaires étrangères, sur France Culture, mercredi.

“Ce qu’il dit, c’est la non-dénonciation d’un crime. La pédophilie est un crime donc [si] il sait des choses (…), il doit dénoncer les faits et indiquer de qui il s’agit, de quels faits il s’agit”, a renchéri Rachida Dati sur RMC et BFM-TV. “Quand on assène de telles affirmations, fondées ou non, on a le courage de les assumer”, tranche Dominique Paillé, vice-président du Parti radical.

Pour une fois, des voix à gauche et à l’extrême droite ont lancé des messages similaires à ceux émis à droite : “Vouloir étouffer cette affaire, a fortiori maintenant qu’elle s’étale dans la presse, est une attitude particulièrement déshonorante pour notre pays”, a écrit sur son blog le député européen Bruno Gollnisch, du Front national, premier politique a avoir réagi mardi.

LUC FERRY RESTE DISCRET

“Luc Ferry a connaissance de faits extrêmement gravissimes. Je lui passe un message très clair, s’il a vraiment connaissance de ces faits, qu’il se rende à la police et nous dise de qui il s’agit !”, a lancé la porte-parole de Ségolène Royal, Najat Vallaud-Belkacem, sur RMC-BFMTV. “Les propos et les insinuations de Luc Ferry, qui se présente comme philosophe, sont scandaleux et condamnables…”, a estimé Christophe Girard, adjoint PS au maire de Paris chargé de la culture.

Contacté par plusieur médias, Luc Ferry n’a pas été très disert jusqu’ici. Tout juste a-t-il tenté de s’expliquer sur L’Express.fr : “J’ai souhaité défendre la presse qui respectait la vie privée et qui ne se rendait pas coupable de diffamation. Je n’ai aucune preuve, ni aucun fait précis sur cette affaire, mais à l’époque où j’étais ministre, j’en ai entendu parler. On m’a rapporté mille choses sur mille ministres mais je ne dirai jamais rien, à part si cela mettait en danger la République.”

Le Monde.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *