Rachida Dati tient entre ses mains l’avenir des sénateurs UMP de Paris

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Via Le Monde

Rachida Dati

Complots et trahisons animent la campagne sénatoriale parisienne au sein de la majorité présidentielle. Chaque étape du processus électoral fait l’objet d’un rebondissement. Vendredi 17 juin, les 163 élus du Conseil de Paris ont voté pour arrêter les listes de grands électeurs qui désigneront les douze prochains sénateurs parisiens, un premier scrutin qui a fourni son quota de surprises : la liste UMP attendait une quarantaine de voix, elle en a obtenu seulement 36, ouvrant la porte à de longues négociations estivales entre les barons de la droite parisienne. Le dépôt des listes définitives a été fixé au 16 septembre.

Rachida Dati, maire du 7e arrondissement, est à nouveau l’héroïne de ce dernier épisode. Exaspérée par l’éventualité d’un parachutage de François Fillon dans la seconde circonscription de Paris (5, 6 et 7e arrondissements), mandat qu’elle convoite, la députée européenne est en guerre ouverte avec la fédération parisienne de l’UMP et son président, Philippe Goujon, qui milite pour une candidature du premier ministre à Paris.

BATAILLE DE DAMES

L’hostilité de Rachida Dati envers son président de fédération filloniste la rapproche d’une poignée de maires d’arrondissement (Jean-Pierre Lecoq, Jean-François LegaretFrançois Lebel et Brigitte Kuster) également ouvertement opposés à Philippe Goujon depuis l’annonce par la commission d’investiture de l’UMP de la désignation de Chantal Jouanno, tête de liste du parti présidentiel pour les sénatoriales. L’ancienne garde des sceaux ne voit pas non plus d’un bon œil le débarquement d’une proche du président de la République à Paris, à 3 ans des élections municipales.

Afin de faire entendre leur voix et de compter leurs soutiens parmi les élus parisiens, les quatre maires d’arrondissement ont monté leur propre liste, avec à sa tête Pierre Charon, ancien proche de Nicolas Sarkozy. Pendant des années, il a porté la voix du président dans les dossiers parisiens avant de tomber en disgrâce après l’affaire des rumeurs d’infidélité au sein du couple présidentiel au cours duquel il est entré en conflit ouvert avec… Rachida Dati.

Si la maire du 7e arrondissement était prête à contrarier l’avenir de la liste validée par Nicolas Sarkozy et François Fillon, elle n’a pas été jusqu’à soutenir la candidature de son ennemi de l’année dernière. Elle a finalement tourné casaque en confiant ses grands électeurs à la liste officielle de l’UMP. “Les jours se suivent et ne se ressemblent pas”, sourit Claude Goasguen, maire du 16e arrondissement, qui décrypte ainsi l’attitude de sa collègue de la rive gauche : “elle est une élue locale et nationale; dès lors qu’on a ses ambitions et son statut, on ne peut pas jouer contre son parti”.

L’ÉTÉ À CALCULER

Ce ralliement soudain devait réduire à néant la crédibilité de Pierre Charon. Treize voix sont en effet nécessaires pour obtenir un siège de sénateur parisien. Sans le soutien de Rachida Dati, la liste dissidente ne pouvait compter que sur une dizaine de voix contre 40 au parti présidentiel. Mais le verdict des urnes a été très sensiblement différent : l’UMP ne compte que 36 suffrages en faveur de sa liste et ne s’assure finalement que deux sièges. Pierre Charon a obtenu trois suffrages de plus que ce qui était annoncé et peut toujours peser et se maintenir en campagne. Rachida Dati avait averti quelques minutes avant le résultat du scrutin : “Ce n’est pas fini.”

“Les logiciels de calcul et les téléphones vont chauffer tout l’été”, s’amuse Jean-François Legaret, maire UMP du 1er arrondissement et soutien de Pierre Charon.“Les listes finalisées ne sont pas déposées, elles peuvent bouger”, reconnaît Philippe Goujon. “Avec deux listes majorité présidentielle et une liste centriste, le risque est de perdre deux sièges, du fait de nos divisions”, analyse Jérôme Dubus, élu centriste. “Tous ceux qui jouent la division mettent en danger la majorité deGérard Larcher à l’Assemblée”, souligne Jean-François Lamour, président du groupe UMP au conseil de Paris. “Déjà en 2004, les listes avaient fusionné à la dernière minute”, rappellent les caciques du parti présidentiel.

Eric Nunès

 

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