J’ai rencontré Benjamin Strada et son Ticket d’Entrée

Share
Joseph Macé-Scaron

Ca y est il est là posé sur ma table chiffonné, tordu, abimé… j’ai laissé le bandeau rouge frappé du visage de l’auteur, incontournable sur ma télé, dans ma radio, dans mes journaux et même sur mon mur Facebook. Il m’a accompagné quelques heures dans mes transports, dans mes nuits insomniaques, apaisant de ses incertitudes mes moments d’égarement intellectuel.

Oui chers lecteurs j’ai rencontré Benjamin Strada, son géniteur Joseph Macé-Scaron et leur enfant, le roman « du moment » Ticket d’entrée.

On a tout écrit, tout dit, tout entendu sur ces quelques centaines de pages qui accompagnent le nouveau succès médiatique de l’auteur qui, depuis un temps désormais certains, squatte, pour notre plus grand plaisir, les antennes les plus diverses.

L’histoire de ce roman à clé est la suivante : « Benjamin Strada dirige «le Gaulois Magazine», supplément hebdomadaire d’un quotidien conservateur. Nous sommes peu avant la présidentielle de 2007. Charles Sabot, un industriel acariâtre et homophobe, rachète «le Gaulois» avec l’ambition avouée d’en faire le journal de campagne de Nicolas Sarkozy. Strada regarde l’élite parisienne rallier le camp du ministre de l’Intérieur… » sur fond de sexe, d’escorts, de drogues, d’apprentissage de la quarantaine…

Il n’est pas aisé d’exprimer un avis sur un roman écrit par un journaliste, écrivain quand on n’est soi même ni l’un ni l’autre et cela d’autant plus quand l’objet de notre attention partage sa vie avec l’un de vos amis mais faisons fi de tous ces détails et oublions ensemble un instant la fausse modestie qui s’accouple ces derniers temps si facilement avec les propos et écrits publics.

Ainsi, au travers de son personnage, JMS s’acharne à faire preuve de la coquetterie la plus élémentaire… il tente de nous faire croire à une vie vide de sens, totalement soumise à des pulsions, sexuelles, journalistiques, amicales et littéraires… Il dresse un portrait acerbe de la France, de la politique, de la communauté gay, du journalisme, des gens bien en vue et surtout de lui-même. Car ne vous y trompez pas, le Figaro Magazine, Serge Dassault, Sarkozy, le marais bleu marine ne sont qu’un décor où la seule victime de la plume est JMS lui-même. Il semble à chaque page prendre un plaisir étrange à maltraiter son alter ego romanesque ; à lentement l’assassiner…

Alors oui Strada ressemble à s’y méprendre à JMS mais c’est justement là la principale méprise de ses lecteurs ; il lui ressemble et c’est tout. Il est en fait la représentation de ce que l’auteur aurait pu devenir, il est le socle d’un portrait de la société parisienne de ce début de siècle… une société qui donne le tournis, qui provoque des nausées et où la moindre vilénie parait si naturelle. Soyons clair sur un autre point, JMS ne fait pas le portrait de la société “gay” de Paris mais d’une certaine société “gay parisienne”, celle du sexe tarifé, ou des hommes à l’âge bien avancé trimbalent à leur bras quelque charmant brésilien ou stagiaire de Sciences Po Paris pour montrer leur réussite. A ce titre ne manquez pas la scène du soir de l’élection de Sarkozy qui relève plus du témoignage anthropologique que de la scène de roman…

Si Ticket d’entrée n’est pas, à mon humble sens, un incontournable de la littérature, il est probablement le portrait en creux le plus réaliste d’une génération portée au pouvoir en 2007, il en devient donc incontournable …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *