Quand Bayrou tacle Alain Minc … le méridianopète

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François Bayrou et Alain Minc © Patrick Bernard/Abacapress.com – Baltel/Sipa

Le président du Modem, François Bayrou, réagit à l’interview publiée la semaine dernière dans Le Point, où Alain Minc, économiste proche de Nicolas Sarkozy, s’en prenait à lui.

“Je ne me plains pas d’Alain Minc. Au contraire. Il est bon d’avoir des ennemis déclarés, car vos ennemis en disent autant sur vous que vos amis. D’habitude on a les ennemis qu’on peut. Moi ? j’ai la chance d’avoir en Alain Minc l’ennemi dont on rêve, celui qu’on choisirait si on avait à choisir.

Tous les explorateurs vous le diront : il y a deux sortes de boussoles rassurantes. Celles, rares, qui ne se trompent jamais et qui vous montrent fidèlement le nord même dans la pire des tempêtes magnétiques. Et, tout aussi précieuses, les boussoles qui se trompent absolument toujours et qui, quelles que soient les évidences, vous désignent, obstinément et avec assurance, le sud. Ce sont les boussoles méridianopètes*. Le mètre étalon des méridianopètes, c’est Minc. C’est lui qui nous berçait avec “La mondialisation heureuse” ; c’est lui qui nous fit choisir le minitel au lieu d’Internet ; c’est lui qui dans le mois qui suivit la crise des subprimes diagnostiqua avec sagacité que cette crise était “grotesquement psychologique”. C’est de lui que Carlo De Benedetti, qu’il ruina en moins de temps qu’il n’en faut à un curé de campagne pour lire son bréviaire, dit faire de lui un chef d’entreprise, c’est comme confier à un sociologue la gestion d’une charcuterie. C’est pourquoi quand Minc est en désaccord avec moi, j’en éprouve une sorte d’aise, je me dis que je dois voir plutôt juste.

Mais les méridianopètes, justifiant l’immortelle expression d’Audiard, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît. Abandonnant toute prudence, Minc en vient à prendre des risques contre lesquels il me paraît fair-play de le mettre en garde. Passe encore qu’il se laisse aller à écrire des livres avec la plume des autres. Mais au moins qu’il lise, même superficiellement, ceux dont il se mêle de faire la critique.

Je me dois donc de l’informer que lorsqu’il me reproche d’endosser dans ce livre les habits de l’imprécateur, de celui qui chasse les travers des élites, il n’y a dans 2012. État d’urgence pas une ligne consacrée aux élites. Y en aurait-il au demeurant que Minc n’a rien à craindre : je n’ai jamais songé à le classer d’une manière ou d’une autre parmi les élites. Deuxièmement, il me faut lui indiquer que lorsqu’il affirme que Bayrou avec une vision un peu villageoise (j’adore) dit qu’il faut instituer des barrières protectionnistes aux frontières de l’Europe, il aurait au moins pu lire sinon le texte, nous n’en demandons pas tant à ces intellectuels, du moins les titres des deux chapitres consacrés à cet important sujet : Le protectionnisme est une tentation impossible et Le mirage du protectionnisme européen. Cela lui aurait évité d’ajouter une page de plus à l’anthologie de ses pénétrantes fulgurances. Quant à s’imaginer que mon discours sur la dette m’aurait été fourni par Jean Peyrelevade, que j’aurais de surcroît depuis congédié sans préavis, il révèle sans doute une pratique en vogue dans les milieux que Minc inspire, celle où l’on délègue des gens à penser, à écrire à votre place et où l’on largue les amis quand ils ont cessé de servir. Ce n’est pas ainsi que nous vivons, avec notre vision villageoise. Nous essayons de penser et d’écrire par nous-mêmes. Et quand nous avons de l’amitié et de l’estime pour quelqu’un, nous ne les reprenons pas.

Je n’ai pas souvent dans ma vie été d’accord avec Jacques Chirac. Mais il m’est arrivé de penser que son : Minc, je vous le laisse n’était pas mal senti.”

* Du latin meridies, sud, et peto petere, chercher, aller vers.

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