Les scandales sexuels de la ligne 13

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Une fois n’est pas coutume voici un article de France soir qui montre ma ligne de métro sous un autre jour … assez effrayant IGTBB.

 

C’est un nouveau scandale sexuel qui éclate aujourd’hui à la RATP, selon l’enquête exclusive de France-Soir. Les faits : le mois dernier, deux jeunes femmes en contrat précaire à la Régie, Houria et Mabrouka, arrivent « en panique » dans le bureau de l’agent de maîtrise qui coiffe leur supérieur hiérarchique. Les deux jeunes femmes, respectivement âgées de 36 et 21 ans, viennent déclarer leur arrêt de travail et en expliquer la raison : leurs chefs, que l’on appelle à la RATP des « tuteurs », dragueurs éconduits, les « harcèlent ». Réaction incroyable de l’agent de maîtrise, selon elles : non seulement il sourit, mais en plus il les menace. Il leur aurait dit : « Mmm, vous êtes là toutes les deux, je vais fermer toutes les portes et je vais vous violer. »

Il aurait joint le geste à la parole et tourné les verrous des deux portes de son bureau. Houria : « Je viens pour un arrêt de travail et vous me parlez de viol ? » Le responsable : « Personne ne pourra témoigner… » Le ton monte, l’agent de maîtrise finit par laisser sortir les deux employées. « J’ai eu vraiment peur », confie aujourd’hui Houria.

Le 6 septembre dernier l’affaire est portée devant les syndicats. Olivier Cots, responsable de SUD-RATP et représentant des intérêts de la jeune femme, interpelle l’agent de maîtrise. Selon le syndicaliste, il aurait avoué : « Oui je l’ai dit, mais… c’était pour rire ! » Sauf que l’humour de l’agent de maîtrise est peu apprécié du syndicat qui prend l’affaire très au sérieux. En effet, fin août, ce même syndicat avait dénoncé, sur la foi d’une lettre anonyme, le comportement d’un autre employé de la RATP, surnommé le « Roi », accusé de harcèlement sexuel. Le « Roi », délégué d’un syndicat concurrent, aurait contraint des salariées à des relations sexuelles contre des promotions.

Les “pousseurs” de la ligne 13

Houria, elle, n’a pas eu affaire avec le « Roi ». Mais, le 16 août dernier, cette jolie mère de famille dépose plainte pour « harcèlement sur le lieu de travail » dans un commissariat parisien. Houria, comme Mabrouka, sont des « pousseurs », ces travailleurs vêtus d’un gilet orange que les habitués de la ligne 13 du métro parisien connaissent bien. La ligne, saturée à l’excès, nécessite en effet la présence de ces personnes qui aident à la montée des voyageurs dans les rames bondées. Les pousseurs font partie d’un service appelé, dans le jargon de la RATP, l’entité d’Aide à la régulation. Près de 300 travailleurs précaires y œuvrent. Ils bénéficient de contrat d’accompagnement dans l’emploi (CAE), une mesure gouvernementale destinée à faciliter l’insertion professionnelle de personnes en situation de grande précarité sociale et financière. Les rémunérations – 680 € par mois pour Houria et Mabrouka – sont prises en charge à plus de 90 % par Pôle emploi. En échange, la RATP fournit les tuteurs qui encadrent les précaires. Ces « précaires » bénéficient de deux heures de formation par jour et travaillent deux autres heures sur les quais.

“Arrête de nous parler avec les mains !”

L’expérience a mal tourné pour Mabrouka et Houria. Elles avaient le tort, semble-t-il, de trop plaire à leurs tuteurs et, surtout, de résister à leurs avances. Ainsi, à ses débuts dans le service, Mabrouka était régulièrement convoquée par son tuteur, surnommé « Monsieur Propre » : « Il n’arrêtait pas de me prendre par la taille, de me caresser les bras. Je lui disais : “Arrête de nous parler avec les mains !” Il nous demandait si on avait des mecs. » Même constat pour Houria : « Monsieur Propre m’appelait “Petit Sandwich”, parce qu’il voulait, disait-il, me “croquer”. Il me disait : “Je vais me suicider si vous ne venez pas au restaurant avec moi.” Il me demandait depuis quand j’étais divorcée, pourquoi je n’avais pas de mec, “ce n’est pas possible une belle fille comme toi”. » Bref, un harcèlement ou un chantage sexuel insupportable, selon les deux jeunes femmes.

Le téléphone rose

« Monsieur Propre » n’aurait pas été le seul à les courtiser lourdement. L’agent de maîtrise qui les aurait menacées de viol, aurait l’habitude de lancer à la cantonade, lorsqu’une CAE arrivait court vêtue : « Celle-là, vous me l’envoyez direct dans mon bureau ! » Et, quand elles étaient au micro pour faire des annonces aux voyageurs, des tuteurs commentaient : « On dirait le téléphone rose. » Houria raconte : « Il y a eu des invitations au restaurant, à des sorties, on nous demandait nos numéros de téléphone. Mais on refusait toujours. »

Et c’est là que le bât blesse. Car, après ces refus répétés, les deux jeunes femmes affirment qu’elles ont été prises en grippe par certains agents. Résultat : à Mabrouka, on reproche d’être passée sur les quais sans son badge de service (« Tu as fraudé ! ») et elle écope d’une amende de 50 €. Un jour où, « à bout », elle fait un malaise, Monsieur Propre l’attend à la sortie des toilettes. « Je lui ai expliqué que je suis diabétique et qu’il me faut mon traitement. » Il m’a répondu : « Je m’en fous, je ne suis pas là pour vous donner votre goûter. » Houria énumère les brimades : « Ce sont des loups. Ils s’amusent, ils nous disaient : “Vous êtes des assistées ! Vous êtes des déchets de la société ! Vous êtes des Cotorep !” Simplement parce qu’on est CAE et qu’on n’a pas de diplôme… »

Il y a trois semaines, Mabrouka et Houria ont été convoquées pour des entretiens disciplinaires. « En vingt-six ans de Régie, je n’ai jamais vu ça, témoigne le syndicaliste Olivier Cots. Ces responsables ont refusé de me montrer le dossier et n’ont pas répondu à mes questions. » Du coup, le syndicaliste s’est fendu d’une lettre au PDG de la RATP pour s’étonner du « refus total de prendre en compte les demandes de (Mabrouka) sur les faits de harcèlement et attouchement sexuels qu’elle a subis. »

“On évitait de leur envoyer de trop jolies filles”

De leurs côtés, les responsables RATP, à la fois juges et parties, reprochent, dans le compte rendu d’entretien avec Houria que nous avons pu consulter : « quatre absences injustifiées, un abandon de poste, un manque de respect, un retard d’une heure et une utilisation de son téléphone portable pendant les heures de service »… Un agent de la RATP, qui les a vues après un des incidents avec leurs chefs, assure que Mabrouka et Houria « étaient en larmes, vraiment pas bien. »

Une autre CAE vient de témoigner pour elles auprès du syndicat SUD. Cette femme dénonce le favoritisme dont bénéficieraient d’autres collègues « moins farouches » avec la hiérarchie. Sur son attestation, elle stipule qu’« un des responsables tournait autour » de Mabrouka.

Un agent de la RATP, ayant exercé dans l’entité, confirme la mauvaise réputation de tuteurs de la ligne 13. « Ils demandaient surtout des jeunes femmes, on évitait de leur en envoyer des trop jolies. Et quand elles refusaient de céder à leurs avances, ils étaient réputés utiliser des méthodes expéditives pour les virer. » Ces huit dernières semaines, sur les 98 salariés CAE de la ligne 13, on dénombre 7 démissions, trois entretiens disciplinaires et sept arrêts longue maladie justifiés par « les conditions de travail ».

La RATP nous répond

Concernant Houria et Mabrouka, la RATP retient qu’elles ont commis « des manquements professionnels répétés et avérés (insubordination caractérisée, propos insolents et injurieux, abandon de poste…). Concernant l’agent de maîtrise qui parle de viol aux deux jeunes femmes, la Régie assure que « les éléments de l’enquête interne n’ont pas permis de corroborer les faits. Les entretiens se sont déroulés devant témoins qui n’ont pas confirmé les propos prêtés à cet agent de maîtrise ». Les deux jeunes femmes et le syndicaliste Olivier Cots nous ont raconté pourtant la même scène.

Par ailleurs, la RATP met en avant le dispositif des CAE. « En dépit des difficultés d’insertion sur le marché du travail de certains salariés, ce dispositif se traduit par un fort taux de succès » et oppose à nos chiffres la démission de deux travailleurs précaires qui ont quitté la Régie pour des emplois à durée indéterminée.

Enfin, à propos de la tutrice harcelée pour avoir dénoncé une promotion canapé, la RATP fait valoir qu’« une enquête interne a été immédiatement mise en œuvre par la direction de la ligne A du RER. Ses premiers résultats ne permettent pas à ce jour de mettre en évidence un quelconque agissement de harcèlement moral ou de menace de la part de l’agent de maîtrise directement mis en cause. L’enquête n’est toujours pas terminée puisque l’auteur de la lettre est en arrêt maladie ».

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