Pro-Bayrou en 2007, ils regrettent DSK et hésitent (via Rue 89 et France Info)

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Benjamin trouve « incroyable » ou alors « triste » d’être à droite quand on est jeune. Même si, ajoute-t-il, il peut l’être « à certains égards ». Ce dont il est sûr, c’est « qu’on prend conscience des difficultés en se frottant à la vie ». Il a créé sa boîte sur le Web et il est centriste. Il rectifie : il a voté François Bayrou en 2007. Il avait 20 ans, c’était sa première élection présidentielle :

« Je n’ai pas une particulière empathie pour l’homme. Je vote en étant rationnel par rapport à des idées et des valeurs. […] Mais surtout, je ne pouvais pas glisser un bulletin Sarkozy par rapport à toutes les questions sociales, à la stigmatisation des immigrés, au discours radicalement à droite sur les valeurs morales. »

« Dépasser les clivages »

A l’époque, François Bayrou (18,5% au premier tour) avait créé la surprise en ralliant à sa candidature une nouvelle clientèle électorale, notamment des enseignants et de jeunes urbains d’une vingtaine d’années. Ce fut le cas de Benjamin comme d’Elsa, connue en fac d’économie à Dauphine (Paris).

Plus par souci du « consensus », par soif de « dépasser les clivages » pour ce qui concerne cette Parisienne de 24 ans, qui démarre dans la publicité après une première expérience dans le micro-crédit. Avoir deux parents de bords opposés, et une certaine lassitude des vieilles lunes de la politique à la française l’avaient décidée à voter au centre.

Elsa comme Benjamin sont représentatifs de ce nouvel électorat centriste que le MoDem a aujourd’hui la plus grande difficulté à conserver, comme l’explique Julien Fretel, professeur en sciences politiques et spécialiste du centre, invité de « Carte d’électeur » pour décrypter leurs témoignages.

« Centristes, on passait pour des Bisounours »

Quand Elsa et Benjamin étaient à Dauphine, ils se sont fait taxer de « Bisounours ». Parce qu’ils ne votaient pas à droite, contrairement au gros de cette fac où l’association étudiante de gauche venait de baisser le rideau. Elsa se souvient que ses congénères pouvaient la trouver « trop immature parce que soi-disant pas assez pragmatique ».

Tous deux excluaient pourtant de voter à gauche. Pour Benjamin, la chose était entendue lorsque Royal avait battu Dominique Strauss-Kahn à la primaire socialiste en 2007.

Malgré tout le mal qu’il pense du quinquennat de Nicolas Sarkozy, Benjamin pense que Royal n’aurait pas fait une meilleure Présidente. Que Nicolas Sarkozy était « un moindre mal ». Royal incarnait selon lui « le populisme ».

Passés le discours de Grenoble et une série de « mesures brutales », Benjamin et Elsa envisagent encore moins de voter Sarkozy l’an prochain. Aucun des deux ne sait pour qui il votera en mai 2012, mais tous deux ont suivi avec une attention soutenue la primaire à gauche.

« Orphelin de DSK, j’ai voté Valls »

Elsa n’était pas à Paris mais aurait bien voté Arnaud Montebourg. Benjamin, lui, préfère Manuel Valls :

« Je suis orphelin d’une candidature de Strauss-Kahn, c’est celui qui porte le plus mes valeurs. Je ne suis pas de gauche, pas socialiste. Je me définis comme social-démocrate même si c’est une notion très floue en France malheureusement. Je ne me reconnais pas dans le Parti socialiste mais j’aime certaines idées, comme la régulation et la lutte contre les inégalités.

Mais d’un certain côté, j’ai aussi beaucoup de valeurs qui font que je me reconnais à droite. Par exemple le désir d’entreprendre : c’est mon métier, et ça reste très stigmatisé par le Parti socialiste. »

Benjamin, qui hait l’étiquette « gauche caviar », trouve que les leaders du PS « se culpabilisent eux-mêmes ». Ils n’assument pas le confort dans lequel ils vivent : DSK tranchait en cela.

Julien Fretel confirme que l’ex-président du FMI, moins complexé, séduit aussi au centre pour cette raison. Enseignant à la fac d’Amiens, il a enquêté auprès des électeurs de la cité picarde venus voter à la primaire et découvert qu’entre 10 et 15% avaient voté Bayrou en 2007.

Elsa dit qu’elle ne se sent « ni de gauche, ni de droite, plutôt perdue sur l’échiquier politique ». Un peu déçue par celui qui avait raflé son premier bulletin présidentiel, aussi :

« J’attendais davantage de Bayrou. Il est assez absent, il pourrait avoir des lignes plus claires. Je n’enlève pas du tout Bayrou de la liste mais je n’arrive pas du tout à voir qui il représente. J’ai l’impression que les candidats de gauche aujourd’hui sont plus forts. »

Quatre ans plus tard, elle trouve « inconfortable » de ne pas trouver candidat à qui s’identifier :

« En fait, il manque un parti, toute une équipe qui pourrait vraiment répondre aux problématiques d’aujourd’hui. »

Tout en soulignant que l’incertitude reste forte, Julien Fretel reconnaît qu’il ne sent pas « vraiment » qu’un résultat aussi favorable qu’en 2007 se profile pour François Bayrou dans six mois. Mais il admet qu’on « ne le sentait pas non plus vraiment en 2006 », quelques mois avant la présidentielle qui allait le transformer en faiseur de roi en 2007.

A l’issue du second tour, deux électeurs MoDem sur trois avaient opté pour Nicolas Sarkozy. Benjamin, lui, balaye avec un poil d’exaspération la question de savoir si le MoDem ne penche pas quand même à droite :

« Il y a un clivage entre libéraux et conservateurs. La plupart des gens sont un peu des deux. Certains sont conservateurs à la fois sur le plan économique et sur le plan social et sociétal – par exemple les chevènementistes. Moi, je suis libéral au plan économique comme au plan social et sociétal. C’est rare. C’est peut-être ça l’électorat centriste finalement. »

Voir l’intégralité de l’interview vidéo avec Julien Fretel sur le plateau de France Info.

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