entre L’Ordre et la Morale

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Hier soir j’ai assisté à l’avant première du nouveau et très attendu film de Mathieu Kassowitz, L’Ordre et la Morale qui relate les évènements dramatiques intervenus à Ouvéa, Nouvelle Calédonie en 1988. « Évènements », le mot est venu tout seul, naturellement sous mes doigts laissant comme un arrière gout de guerre d’Algérie… mais n’allons pas trop vite et commençons par le synopsis : nous sommes fin avril 1988, à Paris la première cohabitation s’achève dans une guerre sans merci entre François Mitterrand, Président de la République sortant et son Premier ministre de cohabitation, Jacques Chirac. Nous sommes à quelques jours du second tour de l’élection présidentielle.

A 17 000 kilomètres de là, au cœur de l’océan Pacifique, la Nouvelle Calédonie, territoire français d’outre-mer constitué de la Grande Terre, des îles Belep au nord, de l’île des Pins au sud, des îles Loyauté à l’est (Ouvéa, Lifou, Tiga et Maré) et plus loin à l’ouest de l’archipel des îles Chesterfield et des récifs de Bellone. Depuis la fin des années 70 la tension s’exaspère entre « indépendantistes » et « loyalistes ». Elle éclate et s’affiche au devant de la scène médiatique française en ce mois d’avril 1988.

L’origine de cette explosion est la loi dite Pons du nom du ministre chargé de l’outre-mer dans le Gouvernement Chirac. S’écartant de la solution de l’indépendance-association inspirant le précédent statut, la loi du 17 juillet 1986, dite ” statut Pons I “, prévoit une consultation des populations de la Nouvelle-Calédonie dans un délai de douze mois sur l’alternative: maintien au sein de la République avec un statut fondé sur l’autonomie et la régionalisation d’une part, l’indépendance d’autre part. Le référendum d’auto-détermination intervient le 13 septembre 1987: sont admis à se prononcer les électeurs inscrits sur les listes électorales du territoire à la date du scrutin et ceux résidant en Nouvelle-Calédonie depuis au moins trois ans à compter de la promulgation de la loi de juillet 1986. À la question “voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à l’indépendance ou demeure au sein de la République française?”, 98,3 % des suffrages exprimés optent pour le maintien dans la République. Cependant, le taux d’abstention excède 40 %, le FLNKS ayant appelé au boycott. La régionalisation de la Nouvelle Calédonie est menée de telle façon qu’elle accentue le pouvoir du RPCR (émanation locale du RPR) et qu’elle nie les traditions locales de gouvernance (les « coutumes » fondamentales en Nouvelle Calédonie) – intertexte dont vous trouverez la version d’origine ici

Le vendredi 22 avril 1988 au matin, à Fayaoué, sur l’île d’Ouvéa, deux jours avant le premier tour des élections présidentielles, des activistes du FLNKS, attaquent la gendarmerie, dans le but de l’occuper jusqu’au jour du deuxième tour. L’attaque dégénère et quatre gendarmes sont tués par balles. Les 27 autres gendarmes, désarmés, sont pris en otage et séparés en deux groupes. Le premier groupe, mené par Chanel Kapoeri, se rend dans le sud de l’île à Mouli, où les otages sont finalement libérés trois jours plus tard, à la demande des « vieux » et des coutumiers. Le second groupe de 16 otages conduit par Alphonse Dianou est emmené dans une grotte près de la tribu de Gossanah.

300 militaires sont envoyés depuis la France pour rétablir l’ordre et parmi eux le GIGN dont le détachement est dirigé par le capitaine Philippe Legorjus. Le film se construit autour de la vision spécifique de cet acteur fondamental des « évènements ». On assiste assez stupéfait à l’opposition entre l’armée de terre et la gendarmerie nationale. Une opposition d’hommes, de méthodes et de valeurs. Mathieu Kassowitz s’est acharné à démonter le scenario politique de la crise d’Ouvéa, un scenario écrit à l’avance où les intérêts politiques et personnels des décideurs priment sur l’intérêt collectif de la solution négociée. Il est crédible dans sa narration comme dans ses dialogues et finalement le déroulé des évènements tel qu’il le présente semble être pour le moins assez proche du drame vécu localement.

L’Ordre et la Morale est un bon « docu-fiction » pour comprendre ce qu’est la Nouvelle Calédonie, mais je dois reconnaitre que c’est un mauvais film du fait de la pauvreté du jeu des acteurs. Il n’y en a en fait pas un seul pour rattraper l’autre. Ils bafouillent, ils sonnent faux et récitent souvent avec difficulté un dialogue mal écrit. Le réalisateur semble avoir privilégié, dans le choix de ses acteurs, la ressemblance physique à la qualité professionnelle. Mis à part cet important bémol, l’Ordre et la Morale est une belle leçon sur la réalité des choix politiques et sur la société néo-calédonienne.

IGTBB

2 thoughts on “entre L’Ordre et la Morale

  1. Salut je me permet de laisser quelque trace écrit sur votre site juste pour le film "l'ordre et la morale".

    Si vous aviez fait plus de recherche dans ce film, vous verrez que M. KASSOVITZ ne voulait pas intégrer des acteurs connues mais des personnes (loin d'être acteur, c'est vrai) qui ont vécu cet événement.

    Alors les acteurs sont juste des fils ou oncle ou neveu des kanaks abattue durant cet événement.

    Très bonne intention du réalisateur pour le respect des âmes en martyr.

    Il avait aussi l'intention de faire découvrir au monde cette histoire qui est aussi une histoire de la France à travers ce film.

    Merci

    Ls.pnz

    1. Bonjour
      merci pour votre commentaire. je partage votre sentiment, il s'agit d'une bonne intention mais pour tout vous dire mon commentaire, le seul en retrait sur ce film, portait plus sur les acteurs qui incarnaient des métropolitains. Finalement les Kanaks sont les seuls qui jouent bien et sonnent juste. Le Général Vidal par exemple frôle souvent le ridicule … et quant à Mathieu Kassowitz il surjoue un peu trop à mon gout.
      IGTBB

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