Facebook rend son identité à Salman Rushdie et pose de nouveau la question de l’anonymat

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Facebook rend son identité à Salman Rushdie

Via lemonde.fr –  Mis à jour le 15.11.11 | 16h49

Capture d'écran d'un tweet de Salman Rushdie.

Capture d’écran d’un tweet de Salman Rushdie.DR

“Je me sens tellement mieux. Une crise identitaire à mon âge, ce n’est pas drôle.”C’est non sans une pointe d’humour que Salman Rushdie évoque sur Twitter la bataille qu’il a menée ces derniers jours contre Facebook. Il faut dire que l’épilogue est heureux pour le Britannique, victime de la politique anti-pseudonyme du réseau social, qui a obtenu la possibilité de conserver le prénom avec lequel il est mondialement connu.

Au cours du week-end, M. Rushdie s’est vu fermer son compte Facebook, les administrateurs du site doutant que l’auteur des Versets sataniques soit réellement l’auteur de la page. En gage de bonne foi, celui-ci a fait parvenir aux gestionnaires du site une photocopie de son passeport. Mais une fois les doutes sur son identité levés, l’écrivain a eu la désagréable surprise de découvrir que le compte réactivé était au nom d’Ahmed Rushdie, son véritable état civil.

Après plusieurs tentatives infructueuses pour faire rectifier cette erreur, rapporte FirstPost, M. Rushdie décide d’interpeller directement le créateur du réseau, l’Américain Mark Zuckerberg, via Twitter. “Peut-être @MarkZuckerbergF est-il un imposteur. Le véritable #Zuckerberg est-il sur Twitter ? Où te caches-tu Mark ? Viens là et rends-moi mon nom !”

Capture d'écran d'un tweet de Salman Rushdie.

Capture d’écran d’un tweet de Salman Rushdie.DR

Ses tweets ont été relayés par les milliers de personnes qui le suivent sur le site de micro-blogging… Et il obtient le résultat escompté : Ahmed Salman Rushdie a finalement le droit d’utiliser son second prénom sur Facebook. La firme a reconnu dans une déclaration officielle qu’il s’agissait d’une “erreur”, mais ne s’est pas plus exprimée sur les circonstances qui ont conduit à une telle situation.

L’écrivain a néanmoins reçu les excuses des administrateurs du réseau social :“Viens de recevoir des excuses de l’équipe #Facebook. Tout est douceur et légèreté.” Mais ce mardi, le Britannique semble loin d’avoir pleinement digérerl’affaire, se prêtant sur Twitter au jeu des célébrités plus connues par leur pseudonyme ou leur second prénom que par leur nom officiel.

“GUERRE DES PSEUDONYMES”

Si l’histoire semble anecdotique, elle soulève cependant une question fondamentale de la vie digitale, estime le New York Times : l’identité en ligne. Et le quotidien d’affirmer que la problématique des pseudonymes – connue sous l’appellation “nym war” – est au cœur des enjeux futurs de l’Internet. Il faut dire qu’elle a de lourdes conséquences économiques : les entreprises sont prêtes à dépenser des fortunes pour obtenir les données personnelles de clients potentiels – et une véritable identité vaut nettement plus que des informations sur un pseudonyme. Ce commerce d’identités numériques a été estimé, en 2010, à plus de deux milliards de dollars annuels par le cabinet américain Forrester.

Mais la question de l’anonymat sur la Toile a surtout des répercussions d’ordre politique. Car si l’adéquation entre l’identité réelle et l’identité virtuelle des internautes ne poserait pas dans l’absolu de véritables problèmes dans certains pays comme les Etats-Unis, explique au New York Times Joichi Ito, le chef du département média du Massachusetts Institute of Technology (MIT), elle aurait de lourdes répercussions dans des Etats soumis à des régimes plus autoritaires. “Si tous les jeunes qui utilisent Internet en Syrie avaient leur identité rendue visible, ils seraient sans doute morts”, précise-t-il.

Le bloggueur Wael Gronim, devenu l’une des figures emblématiques de la révolution égyptienne, avait d’ailleurs usé d’une fausse identité sur Facebook pourlancer la mobilisation contre Hosni Moubarak. Au cœur du soulèvement de la place Tahrir, le réseau social Facebook avait brièvement suspendu sa version arabe. Son concurrent Google+, longtemps réticent quant à l’usage de pseudonymes sur sa plate-forme, a finalement annoncé mi-octobre que ses utilisateurs pourraient avoir recours à des alias.

Le Monde.fr

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