J’ai rencontré “La couleur des sentiments”

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imagesAlors que démarrait en trombe les projections de Tintin je me suis rendu, plein de sérénité et d’espoirs dans mon cinéma MK2 Quai de Loire pour profiter l’espace de quelques heures de ce film dont la bande annonce m’avait, il y a quelques semaines, intrigué et attiré : la couleur des sentiments.

En 1962, à Jackson, Mississippi, Etat où la ségrégation règne en maitre, les petits blancs sont élevés par les Noires, héritières des esclaves de l’ancien temps. Le Sud des Etats-Unis a beau avoir perdu la guerre de sécession, ses habitants ont su trouver le compromis nécessaire pour maintenir un esclavage réel caché derrière une façade de droits impraticables. Skeeter, jeune étudiante blanche revient de Chicago pour exercer dans sa ville d’origine son métier de journaliste. Elle retrouve ses anciennes camarades de classe, mariées, mères de famille et « propriétaires » de femmes noires à tout faire. La replongée dans cette atmosphère de mesquineries, de méchanceté et d’injustices criardes donne à la jeune journaliste l’idée de son premier travail d’envergure : donner la parole aux femmes noires afin qu’elles puissent raconter leur vie avec leurs propres mots.

Nous sommes en 1962. Le mouvement des droits civiques est en plein essor depuis que le  1er décembre 1955, à Montgomery (Alabama), Rosa Parks est devenue célèbre en refusant de céder sa place à un passager blanc dans un bus. Nous sommes en 1962 dans le Mississippi, Etat phare du Ku Klux Klan et croyez le nous arrivons pourtant à sourire au travers du regard de ces femmes qui au-delà de la souffrance observent, jugent et se moquent.

Le regard porté est celui des domestiques, des souffre douleurs qui se révoltent et racontent le quotidien et le ridicule de petits blancs « nouveaux riches » qui savourent la moindre parcelle de leur pouvoir sur les autres. Tate Taylor ne se limite pas à une condamnation de la ségrégation raciale il dresse un portrait au vitriol des rapports sociaux et des petites villes de province où la femme du médecin prend des airs de CSP++ alors qu’en fait elle n’est qu’une toute petite femme issue de la moyenne bourgeoisie.

Nous sommes bien loin de la tension de Mississippi Burning, La couleur des sentiments est un film pour comprendre plus que pour juger. Il évite l’écueil des récits larmoyants sur les soubresauts de l’esclavagisme et de la traite des noirs. Il nous fait rire, il nous émeut, il nous enchante.

Si vous hésitez encore à aller le voir je vais vous donner deux arguments supplémentaires pour vous démontrer que c’est un bon film : Télérama et Les Cahiers du Cinéma ont détesté !

Les cahiers jugent (je cite) « Le tire-larmes de deux heures trente, obscène et adapté d’un best-seller, est un sous-genre increvable. »… bien ayant la larme facile et mes yeux étant restés secs je suppose que le journaliste envoyé par Les Cahiers devait être une sacré pleureuse … Quant à Télérama là vraiment j’adore … on est vraiment dans la bonne conscience de la bourgeoisie de gauche catho bien pensante la plus misérable… Tenez vous bien, ce film serait le symbole même de ce qu’il entend dénoncer et participerait à la ségrégation raciale … « Ces voix opprimées, on les entend malheureusement très peu : en racontant combien il est difficile de faire sortir les Noires du silence (…), le film donne la vedette aux Blanches, leurs ” geôlières “. » … décidément à Télérama on a pas le sens du ridicule mais on déteste toujours autant la notion américaine de “‘entertainment” !

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