C’est le poète qu’on assassine

Share

Oscar Wilde par Napoleon Sarony en 1882

Oscar Wilde l’homme qui depuis plus d’un siècle soulève les élans poétiques de jeunes écrivains en herbe, de cette jeunesse éclairée qui vibre au souvenir d’un homme qui eut le bon gout d’avoir une vie digne de ses écrits.

Oscar Wilde donc, poète adulé, homme brisé par son temps et ses conceptions de la moralité, révolté abandonné par le sort mais pas par le succès. De son portrait de Dorian Gray à la Ballade de la geôle de Reading il reste le modèle de tous ceux qui se rêvent poètes et dandys, de tous ces lycéens en quête d’une identité romantique.

S’il est décédé à 46 ans en 1900, ce n’est que depuis 1909 qu’Oscar Wilde nourrit les pissenlits du cimetière du Père Lachaise à paris. Il est enterré aux côtés de son dernier amant Robert Ross.

Pour le 111e anniversaire de son décès, une partie de la communauté irlandaise a décidé de financer la rénovation de son tombeau, magnifique monument représentant un sphinx ailé allégorique, sculpté par Sir Jacob Epstein en 1912. Si l’intention est bonne, sa réalisation est pour le moins sujette à débat et ce pour deux raisons : la rénovation est incomplète et des vitres en plastiques ont été apposées pour empêcher le public de toucher le monument. Dans les deux cas on assiste à un retour effarant de la morale qui fit tant de mal à notre héros.

Tout d’abord la rénovation incomplète : Oui sachez le, le sphinx d’Epstein était doté d’un attribut masculin particulièrement impressionnant. Cet attribut fut détruit dans les années 60 par un « vandale »… et en 2011, à l’occasion de la rénovation complète de l’œuvre, les « amis irlandais » d’Oscar Wilde ont préféré laisser le sphinx amputé… jusque dans la tombe les « amis » d’Oscar auront pourchassé ses préférences sexuelles et tout ce qui s’en approcher…

La moralité jusque dans la tombe.  Arrêté le 6 avril 1895 dans sa chambre n°118 du palace londonien Cadogan Hotel il est condamné le 25 mai de la même année à la peine maximale de deux ans de travaux forcés pour « homosexualité ». Ses biens sont confisqués pour payer les frais de justice alors que Constance Lloyd, son épouse, se réfugie en Allemagne avec ses fils qui prennent le nom de Holland. Libéré en 1897, il ne survivra que 3 ans à la prison, emporté par ses plaisirs et son refus obstiné de cesser de vivre comme il le souhaitait, guider par des passions et des lubies.

Le tombeau d’Oscar Wilde est le symbole du refus des règles établies, de la liberté du poète. Depuis des décennies les passionarias de Wilde se présentent à lui laissant sur la tombe des messages d’amour à l’encre ou au rouge à lèvre. Ce sont des milliers de baisers qui ont marqué la pierre signe qu’un siècle après sa mort le martyr du dandysme est encore dans tous les esprits éclairés.

Las, des vitres plastiques de deux mètres de hauteur ont été apposées sur les parois de pierre… empêchant tout contact physique avec la tombe. Non content de castrer le sphinx voici qu’on en fait un musée…

Ruper Everett, parrain de l’opération imaginais que Wilde aurait été gêné par tant de baisers et aurait pu dire “sauvez-moi de mes disciples !” »… N’est ce pas là méconnaître l’homme et l’auteur ?

Le coup de grâce vient de son petit fils qui déclare « le tombeau est une œuvre d’art et un monument historique. Il fallait le protéger. Les hommages pourront tout autant se faire mais autrement, par des fleurs par exemple »… le grain de folie ne semble pas avoir sauté une génération et pourtant Oscar Wilde le criait à qui voulait bien l’entendre : « Les folies sont les seules choses qu’on ne regrette jamais. »

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *