Carnets de campagne : faire sauter la République part 3

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1er épisode

2ème épisode

Sur la tribune, à quelques mètres de Marine le Pen, Bruno Gollnisch manque de défaillir. Cela fait des mois qu’il négocie en sous main avec les représentants de la « droite populaire » des accords de désistement qui permettront, il en est convaincu, à quelques députés frontistes d’être élus… et voilà cette folle furieuse, cette Jeanne d’Arc de la rive gauche qui se met en tête de voter communiste ! Décidément elle n’était pas prête à assumer l’héritage nationaliste de son père. Le vieux borgne quant à lui grogne depuis le fauteuil dont il ne sort plus que rarement. Il n’entend plus rien et doit compter sur la pulpeuse infirmière qui reste à chaque heure à ses côtés pour comprendre les évènements. Une crise cardiaque l’a laissé sans parole il y a 1 mois et demi mais il fulmine intérieurement sur l’ultime trahison de son propre sang.

Claude Guéant

Claude Guéant, confortablement installé dans son bureau du rez-de-chaussée de la place Beauvau n’arrive toujours pas à retenir les larmes qui coulent le long de ses joues pâles. Des larmes d’hilarité. Le fou rire l’a pris quand il a entendu Marine le Pen appeler à voter Mélenchon. Il savait que ce serait facile mais quand même pas à ce point ! Son portable vibre dans la poche intérieure de son veston. C’est le Président : « Claude c’est un véritable miracle. C’est presque vexant de se trouver confronter à des adversaires aussi cons… je veux que tu investisses le terrain comme jamais. Fais le tour des commissariats les plus chauds ; Je veux des flics partout que chaque électeur de le Pen comprenne bien que sans moi ce sera le chaos ».

Au 63 avenue de la République dans le 11ème arrondissement de Paris, siège du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon réunit son équipe de campagne remaniée pour le second tour. Il a intégré certains représentants du parti socialistes pour faire bonne figure et maintenir l’illusion d’une candidature d’Union de la gauche. Il écoute pérorer Pierre Moscovici qui lui explique doctement qu’il doit dès maintenant communiquer pour refuser officiellement les voix de le Pen au risque de perdre toute crédibilité. Du rouge, la peau du candidat vire désormais à l’écarlate… il explose enfin : « Putain mais tu te prends pour qui espèce de petit connard prétentieux ? Tu viens me faire la leçon ici chez moi TOI le « directeur de campagne » de François Hollande ? TOI le porte parole de DSK et le porteur du projet de Jospin en 2002 ??? Et tu oses me conseiller quelque chose à moi ?? Tu vas fermer ta gueule maintenant !

Ecoutez moi tous je me suis pas taper la fête de l’huma pendant 5 ans, je me suis pas coltiner tous ces empaffés de la place du Colonel Fabien tout ce temps pour foutre tout en l’air dans les 3 derniers jours de campagne. Ma ligne elle est claire : Je n’ai rien à voir avec le Pen et le Front national. Au contraire je suis le rempart de la démocratie et je suis le candidat de tous les Français, d’où qu’ils viennent et où qu’ils aillent. Je suis le candidat du peuple face à celui des agences de notations. Je suis le candidat des quartiers populaires contre celui des faubourgs huppés de Neuilly et de Bruxelles. Je suis l’ordre et je suis le mouvement. Si des égarés veulent me rejoindre ils seront les bienvenus car l’élection présidentielle ce n’est pas l’addition stupide de partis politiques comme veulent le faire croire ces salopards de journalistes c’est la rencontre entre un homme MOI et le peuple. »

6 mai 2012 – 18h30 – Palais de l’Elysée

Le chef de cabinet du Président analyse les premières remontées de résultats transmises par le Ministère de l’Intérieur. En outre-mer, si le Président ne l’emporte que dans le Pacifique, les résultats ne sont pas trop mauvais. Chez les Français de l’étranger, ils sont excellents, la stratégie de « moi ou le chaos monétaire » semble avoir fonctionné au-delà de toutes les attentes. Néanmoins il a comme un frisson en parcourant les premiers sondages « sortie des urnes » dans les communes rurales : les deux candidats sont au coude à coude.

Il est 20H00 moins 2 minutes sur le plateau de France 2. La tension est palpable, le silence complet. David Pujadas répète dans sa tête la phrase qu’il prononcera à 20H00 pile : « Il est 20h00 voici les résultats de l’élection présidentielle. Comme vous pouvez le voir, les deux candidats obtiennent 50% des voix. Pour la première fois dans l’histoire de la Vème République, les résultats sont tellement serrés que nous sommes dans l’incapacité de vous donner un résultat à ce moment précis de la soirée ».

A suivre

 

 

2 thoughts on “Carnets de campagne : faire sauter la République part 3

  1. Le mieux préparé : Mélenchon Ils sont une dizaine d’étudiants de Normale sup à composer « le commando argumentaire » de Mélenchon, sous la houlette de François Delapierre et d’Alexis Corbière. Depuis dix jours, ils rédigent des fiches sur les déclarations de Marine Le Pen. L’ex-socialiste veut consacrer deux journées à se préparer et visionner des débats de son adversaire. Dans l’autre camp, ils sont trois à travailler sur le fond. Marine Le Pen a commencé le dernier livre de Mélenchon. « Ça n’est pas le débat de l’année pour elle », glisse-t-on dans son entourage. La moins cohérente : Le Pen Marine Le Pen se targue de défendre la laïcité. « Mais dans les conseils régionaux, le FN vote les subventions aux écoles confessionnelles », pointe un proche de Mélenchon. Côté FN, on reconnaît qu’il y a là « un problème » : « On ne peut pas porter un discours républicain autour des valeurs de liberté, égalité, fraternité et discriminer une religion par rapport à une autre. Il va falloir régler la question des dons aux associations cultuelles. » Le sherpa de l’intéressée, son beau-frère Philippe Olivier, se veut serein : « Si Mélenchon veut rouvrir le débat sur la laïcité, il se trompe d’époque. La guerre scolaire est finie depuis trente ans. » Le plus branché : MélenchonAucun des deux n’est sur Twitter. Mais le site du FN ne peut rivaliser avec le blog de Mélenchon, qui a reçu en 2010 plus de 2 millions de visites.

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