Carnets de campagne, faire sauter la République (part 5)

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10 mai 2012, 9h15

Debré
Jean-Louis Debré

« Merci Jean-Louis ». Nicolas Sarkozy repose le téléphone sur son bureau. Il est étonnamment calme. Depuis quatre ans il l’a qu’une obsession : sa réélection, se maintenir sur ce siège qui fut celui du Général de Gaulle et il est là avec  ce sentiment qui l’étreint désormais, pas de la colère ni de l’excitation, non ce que ressent Nicolas Sarkozy en ce 10 mai 2012 c’est … du soulagement.

Jean-Louis Debré s’installe dans le hall du Conseil constitutionnel, coincé entre le Conseil d’Etat et la Comédie française, il prend une grande respiration, s’approche des micros et prend quelques secondes pour regarder les journalistes, il sait que cette image restera gravée quelque part dans les livres d’Histoire où, enfin, il rejoint son père.

« Mesdames et Messieurs c’est au terme d’un processus extrêmement long et inhabituel que je m’apprête à vous donner les résultats officiels du second tour de l’élection du Président de la République qui s’est déroulé le 6 mai dernier. Nous connaissons tous la situation difficile qui s’est développée ces derniers jours du fait de résultats particulièrement serrés et de l’incapacité des instituts de sondages à annoncer un résultat. Cela doit nous rappeler l’importance des procédures constitutionnelles qui garantissent le bon fonctionnement de la République.  Les résultats que je vais vous donner ce matin sont les seuls résultats officiels et ils ne peuvent, ni ne doivent, faire l’objet de quelque contestation que ce soit. Sur les 44 472 733 inscrits sur les listes électorales, 37 342 004 de nos concitoyens se sont rendus aux urnes et 35 773 578 se sont exprimés. »

« Monsieur Nicolas Sarkozy a obtenu 17 886 668 suffrages. Monsieur Jean-Luc Mélenchon a obtenu 17 886 910 suffrages soit 50,003% des voix. En tant que Président du conseil constitutionnel et au nom du peuple Français je proclame donc la victoire de Monsieur Jean-Luc Mélenchon et j’appelle toutes les autorités de l’Etat a engagé dès aujourd’hui les procédures républicaines de passation des pouvoirs. »

Dans son bureau au siège de l’UMP, Jean-François Coppé ne peut s’empêcher de lâcher un petit cri de jouissance, le voici à la tête de l’opposition, le voici en route vers la prochaine présidentielle comme le rassembleur de toutes les droites contre un futur président sortant qui ne peut que se planter. Son destin est en route. Il se retourne vers le correspondant du Figaro « bon ma chère on la commence cette interview exclusive ? »

11 mai 10h00

La rencontre entre le sortant et l’élu n’aura duré que 8 minutes, déjà Nicolas Sarkozy se présente sur le perron de l’Elysée où il est rejoint par une Carla Bruni habillée de noir. Ils se dirigent lentement vers la 807 qui les conduira directement à l’aéroport Charles de Gaulle pour une destination ensoleillée. Elle entend distinctement les cris de la foule rassemblée aux portes du Palais. Une foule qui répète inlassablement la même rengaine : « Casse-toi pauvre con »

Une fois confortablement installée dans la berline, elle sourit à son Nicolas lui prend la main et dépose un baiser sur son front brulant « José mettez de la musique je vous prie ». La voiture démarre et fend la populace mais Nicolas ne voit plus rien, il est emporté dans ses souvenirs et ses regrets.

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