L’Europe à deux vitesses : ENFIN

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David Cameron, premier ministre britannique, le 8 décembre 2011 à Bruxelles
David Cameron le 8 décembre à Bruxelles

Ce n’est pas la petite musique qui court dans les médias européens depuis le 8 décembre et pourtant j’aimerais commencer ce post en adressant mes remerciements les plus sincères à David Cameron, le Premier ministre britannique qui a su permettre à l’Europe d’entamer la seule réforme qui puisse garantir sa viabilité à long terme, la réforme des cercles concentriques.

Derrière cette expression quelque peu barbare se cache un projet politique porté depuis très longtemps par des élus comme Laurent Fabius ou par de simples observateurs de la vie politique. Ce projet s’appuie sur quelques certitudes : privilégier l’élargissement territorial de l’Union européenne à son approfondissement politique a été une erreur fondamentale des années 90 et 2000. Une erreur qui a mené au blocage institutionnel et politique complet de l’Union dont l’expression la plus poussée a été la calamiteuse suite de traités inefficaces et impopulaires depuis le traité de Nice.

Cette erreur a une double origine : l’intégration du Royaume-Uni à l’Europe en 1971 et l’élargissement trop rapide à l’Est après la chute du mur de Berlin.

Aujourd’hui une nouvelle chance se présente à nous, celle que chacun puisse construire l’Europe à son propre rythme. Le 8 décembre, lors de son arrivée à Bruxelles, le premier ministre britannique a menacé de mettre son veto à toute réforme des traités européens imposée au détriment de la City de Londres, qu’il cherche à protéger des « velléités régulatrices » du continent. De guerre lasse, les dix-sept Etats de la zone euro ont décidé de serrer les rangs, sans lui, pour tenter d’enrayer la crise qui ébranle l’union monétaire : d’ici à mars 2012, ils ont convenu de négocier entre eux un traité intergouvernemental, l’option privilégiée par Nicolas Sarkozy, afin d’inscrire dans le marbre la discipline budgétaire chère à Angela Merkel. Cet accord devra être ratifié au plus vite dans les seules capitales signataires ; il sera ouvert, sur une base volontaire, aux pays non membres de l’euro. Hormis le Royaume-Uni, six Etats ont annoncé, Pologne en tête, leur intention de rejoindre l’initiative, tandis que la Hongrie, la République tchèque et la Suède préfèrent d’abord consulter leur Parlement.

On aurait pu espérer voir plus d’Etats rester avec la Grande-Bretagne, on aurait pu espérer que ceux qui depuis des années ralentissent la marche inéluctable vers l’Europe fédérale décident d’assumer leur euroscepticisme. Mais voilà nous sommes en crise et tous les petits Etats, les fragilités budgétaires, économiques et financières de l’Europe entendent bénéficier du parapluie franco-allemand et savent ne rien pouvoir attendre du Gouvernement de Londres qui n’a jamais servi autre chose dans l’histoire que ses intérêts personnels et à court terme.

De l’Europe à deux vitesses que nous pouvions espérer, il ne devrait donc y avoir que l’Europe et l’Angleterre mais l’on sait ici que rien n’est jamais joué d’avance car un traité doit être négocié puis ratifier soit par le Parlement soit par référendum. Nous attendons le contenu de ce traité qui sera le successeur soit de cette machine à crises institutionnelles à qui les agences de notation semblent annoncer une grande nuit funèbre soit le successeur du traité de Rome, un grand acte fondateur qui s’inscrit d’abord dans le politique et l’institutionnel. Un traité qui fonde les institutions fédérales de l’Union des Etats Européens avec un vrai Gouvernement et un vrai président qui devra à court ou moyen terme être élu par les peuples européens et être doté de compétences et de moyens lui permettant de mener une politique pour chacun et pour tous.

Ne soyons néanmoins pas aveugles, le calendrier de cette réforme est pour le moins problématique en ce qui concerne la France. Nicolas Sarkozy et Angela Merkel nous annoncent un traité pour le mois de mars, à un mois de l’élection présidentielle. Le président actuel négociera ce traité ; le prochain devra le faire ratifier à moins que le calendrier ne s’accélère et que jouant le tout pour le tout sur son image de leader européen, Nicolas Sarkozy ne décide de faire ratifier ce traité par référendum le jour du premier tour de l’élection présidentielle… Si tel était le cas le piège se refermerait violemment sur le parti socialiste.

 

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