L’hypothèse Bayrou

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bayrou-537720-jpg_368724C’est assurément la surprise de ce mois de décembre : le rebond improbable de François Bayrou comme le candidat du centre. Après son succès de 2007 notre candidat béarnais semblait ne pas trop savoir quoi faire de son capital de 18,5% des voix, obtenu lors du premier tour de l’élection présidentielle.

Chaque campagne électorale apportait son lot de désillusions et d’incompréhensions : aux municipales de 2008 la stratégie d’alliances locales à gauche et à droite ainsi que le refus d’accord de 1er tour avec Bertrand Delanoë à Paris ont sérieusement écorné la cohérence politique du Mouvement Démocrate. Qu’importe finalement puisque le rendez vous inratable pour le parti le plus européen de la scène politique était naturellement le renouvellement des députés européens en 2009 et là c’est la catastrophe. Du Bayrou en première ligne qui semble croire qu’il s’agit de la répétition de l’élection présidentielle, du Bayrou qui explose en plein vol face à Daniel Cohn-Bendit lors d’un débat désormais mémorable sur France 2 et un MoDem emporté par son chef dans une chute vertigineuse. Une chute qui aurait pu être définitive si Europe Ecologie ne s’était pas auto-saborder avec la participation active des Verts… Viennent après les élections régionales et le retour du MoDem dans des niveaux de score qui étaient ceux de l’UDF : retour à la case départ…

Pour autant, tel Jacques Chirac en 1995, Bayrou n’en démord pas : il sera Président de la République et il entre en campagne avec pour seul bagage ses 6,5 % d’intentions de vote… personne n’y croit, personne n’y prête attention… n’avais je d’ailleurs moi-même pas écris le 10 octobre dernier : « La défaite de S. Royal doit être un avertissement clair pour tous ceux qui s’acharnent à croire à un remake de 2007. Le chemin de la présidence de la République est certes plein d’embûches mais ce n’est pas parce que c’est de plus en plus dur et de plus en plus improbable qu’il faut croire qu’on se rapproche du Graal. Je pense naturellement à François Bayrou.  Rien ne pourra affaiblir sa détermination à mener un nouveau combat mais j’ai la faiblesse de croire qu’au lendemain de cette bataille il ne restera rien de l’élan qui s’était levé il y a 5 ans. Malheureusement pour mes amis progressistes du Modem, pour celles et ceux qui ont cru en une troisième voie qui filerait entre la droite et la gauche, l’échec prévisible de Bayrou enterrera pour longtemps les rêves d’indépendance idéologique. »

Et voilà quand on écrit on prend le risque de se tromper car finalement Bayrou n’est pas seulement entré en campagne, il a réussi l’une des plus brillantes et abouties entrée en campagne qu’un candidat puisse faire. Une entrée en campagne qui lui a fait prendre entre 2 et 6 points dans les sondages, arme de communication massive en période électorale. Une entrée en campagne où il aura été omniprésent sur la scène médiatique, présent et écouté. Depuis 1 semaine, Bayrou impose non seulement le rythme mais aussi les thématiques de la campagne. Il pourchasse Marine Le Pen pour récupérer sa troisième place, il stigmatise l’immobilisme idéologique et politique de François Hollande, attaque sereinement Nicolas Sarkozy et laisse sur le bord de la route Eva Joly et ses 3% d’intention de vote… Qu’elle maintienne ou pas sa candidature j’ouvre les paris, elle ne repassera pas cette barre fatidique des 5%.

Quand au résultat qui couronnera cette campagne, bien malin celui qui peut l’imaginer. Je partage néanmoins l’analyse de  Florian Courgenoui : « Cette année, le boulevard n’est pas encore évident. Mais il est potentiellement déjà là. Cette fois, pas parce que François Bayrou se sera employé à le tracer – il n’a pas créé d’élan – mais parce que ses adversaires le font pour lui.

À droite, Nicolas Sarkozy a le défaut de son bilan. La situation et économique et sociale de la France à la fin de son quinquennat fait qu’il sera lourd à porter. Sans compter la lassitude globale née des affaires à répétition et de la stigmatisation de certaines catégories de populations. Ses thèmes de campagne sont ceux qui avaient fait le succès du candidat Sarkozy lors de la précédente campagne (insécurité, immigration…) et auxquels on ajoute une bonne dose d’héroïsme européen dans un environnement en profonde crise. Sauf qu’entre les deux campagnes, il y a précisément ce bilan qui ne fait que rappeler les promesses d’autrefois. Nicolas Sarkozy a pu représenter un vent d’espoir mobilisateur. Cet espoir est retombé.

À gauche, tous les voyants devraient être ouverts : l’affaire DSK digérée, des primaires réussies, un candidat indiscutable… Et pourtant… Pourtant l’élan n’est pas là. Alors que c’est l’UMP qui a un bilan à défendre, c’est cette même UMP qui est aujourd’hui la plus offensive. François Hollande semble avoir du mal à incarner sa candidature. Il va lui falloir trouver une vraie dynamique au mois de janvier et rentrer dans son rôle s’il ne veut pas perdre l’avance acquise avec les primaires. Il va faudra surtout que ce soit lui qui décide des thèmes de campagne et les impose au débat public.

En attendant, François Bayrou n’a plus qu’à exploiter d’un côté le bilan, de l’autre le manque d’épaisseur. Et à se laisser porter. Crédité de 7% dans les sondages à ce jour, sa cote montera mécaniquement. D’autant qu’au centre, la place est finalement libre : Jean-Louis Borloo a renoncé et Hervé Morin ne représente rien. »

 

François Bayrou est désormais face à son destin.

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