le cauchemar du bouffon

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C’est un métier plus ancien encore que celui qui s’exerce au bois de Boulogne : le bouffon du roi, celui qui peut tout oser, tout dire, garant de la liberté d’expression des faibles et des oubliés. Le bouffon est en général le nain qui mord le mollet du puissant, le vengeur démasqué de tout ceux qui à défaut de bonne fée ont vu se pencher sur leur berceau le regard torve d’une mère nature plutôt bourrée.

Petit, grassouillet, les joues naturellement rouges, le bouffon est par principe loin de l’idée que l’on peut se faire du prince charmant. Raillé pendant toute sa jeunesse, il développe une incroyable capacité à la méchanceté, enfin à ce que l’on nomme « l’humour » ou « l’ironie ». Le bouffon était par nature drôle de par son apparence, il apprend à devenir drôle de par son verbe.

Au XXème siècle la bouffonnerie devient un art et comme pour la poésie, le moindre quidam finit par croire en son talent. La finesse du bon mot est remplacée peu à peu par la cruauté de premier degré. Prenons Baffie. Il monte sur scène, choppe une innocente victime dans son public, la fait monter à ses côtés et lâche « mais tu sais que tu es une grosse conne ? » et là tout son public ébahi de rire et d’applaudir … « mais non c’est de l’humour » … bien sur et la marmotte elle repli le papier sur le chocolat …

Le bouffon moderne cherche avant tout à mettre ceux qui l’entourent plus bas que lui ce qui signifie souvent … par terre. Qui se moque de la beauté si ce n’est le frustré ? qui attaque le mieux la réussite si ce n’est l’échec ? qui méprise l’intelligence si ce n’est la facilité ? qui maudit la famille si ce n’est le solitaire ?

Vous l’avez bien compris nous sommes tous à un moment ou à un autre le bouffon de notre catégorie, le jaloux qui, l’espace d’un instant, reproduit l’œil torve de sa marraine, la sorcière jalousie de la tribu de la frustration.

En période de crise le bouffon devient dangereux, porte parole de nos malheurs et de nos faiblesses, il croit tenir sa vengeance sur ceux qui, certains de leur supériorité, aimaient à le laisser mordiller gentiment leurs mollets. Voila celui qui n’a jamais rien écrit devenir le juge absolu du bon gout littéraire, le travailleur sans talent qui juge le génie paresseux… devenir Eric Zemmour plutôt que François Mitterrand… le rêve d’une société où le bouffon devenu roi verra frémir les autres au moment où il prendra la parole. La société du bouffon nous attend… une société sans rêve et sans pensée où l’analyse des choses primera sur l’imaginaire…

Je frissonne sous ma couette, malade comme en décembre, laissez-moi chasser ce mauvais cauchemar, laissez moi retrouver Molière et oublier Saint-Simon…

2 thoughts on “le cauchemar du bouffon

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