Lettre ouverte à Philippe C. Agitateur et geek depuis 1953

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Christine Lagarde
Christine Lagarde

Cher agitateur, je dis cher car je ne vous connais pas et que je suis d’un naturel optimiste. Ce n’est pas sans une certaine surprise que je suis tombé sur votre lettre à Christine Lagarde. Oui je vous vouvoie car voyez vous il me reste certaines traces d’une éducation peu « geekienne », d’une époque où l’on appelait les gens qu’on ne connaissait pas personnellement par leur nom et qu’on leur donnait du « vous ». C’était avant Nagui et Christophe Dechavanne, avant que nous ne soyons tous considérés comme de la chair à vannes foireuses.

 J’ai donc lu votre lettre publique et j’en suis resté pantois. J’ai tout de suite pensé à ces petits mots que des écoliers écrivent à la va-vite sur un bout de papier avant de le lâcher discrètement sur le bureau de la maîtresse : « Maitresse vous êtes méchante ! » Heureux de son bon coup le petit garçon ramasse son cartable et prend ses jambes à son cou en riant aux éclats.

 Pourquoi alors répondre à votre petit mot d’écolier « pas content » voire « très colère » avec la méchante maîtresse ?

 Voyez-vous, je suis moi-même adepte de la véhémence et parfois, je l’avoue, de l’exagération plus ou moins contrôlée. Parfois notre rage mise sur papier, fut il virtuel, prend des formes assez nauséabondes et pire, contre productives. Prenons un exemple, votre première phrase : « Christine, Tu es une femme. En ce jour de Noël, tu devrais être amour, tendresse, délicatesse, humanité, beauté. » Mes aïeux dès la première ligne on a envie de défaillir ! Voici donc à vos yeux d’agitateur le rôle d’une femme ! Quel merveilleux stéréotype vomitoire que voilà… une femme n’a pas le droit d’être haine, autorité, dureté… non, non, non, une femme est avant tout l’expression de mère nature, la bonté, la féminité, le mythe du sein nourrissant oui définitivement vous nous donnez envie de replonger dans les fleuves de lait et les rochers de chocolats d’une société mythique où la femme était toute à la maternité et l’homme aux commandes du monde …

 Non content de cette première saillie misogyne vous confirmez par la suite votre manque de délicatesse qui doit-être, si j’en crois votre répartition des valeurs par genre, le fait de votre masculinité : « Mais visiblement, tu es seule, tu t’ennuies assise dans ton fauteuil de cuir rare les mains posées sur ton bureau de bois précieux, entourée de tes seuls conseillers au teint livide. »

C’est bien connu, la méchante sorcière est toujours seule le soir de Noël, abandonnée de sa famille et de ses amis mais suis-je bête ! Elle est tellement foncièrement méchante que personne ne doit l’aimer, personne ne doit être à ses côtés ! Mégère va !

 Et c’est parce qu’elle est seule à Noël qu’elle décide de gâcher la fête de tout le monde : « Alors tu décides, du haut de ta présidence éphémère du Fond dela Misère Internationale, de nous pourrir la seule fête de l’amour qu’il nous reste. Tu fais publier dans tes journaux aux ordres ton cri d’alarme sur la situation catastrophique de l’économie mondiale. Le jour où nous avons oublié votre crise, votre incompétence, votre cupidité, à toi et à tes tristes amis. Le jour où en famille, nous retrouvons le bonheur d’être ensemble, où nous partageons repas et fous rires, où nous nous émerveillons des étoiles qui brillent dans les yeux de nos enfants et petits-enfants. Tu dois être bien jalouse de cette richesse que tu n’auras jamais toi, la femme la plus puissante du monde devant tes écrans blafards qui continuent de tracer les graphes de ta chute aux enfers. Cette richesse c’est le bonheur. »

 Rien à dire cher agitateur vous ne nous décevez pas on reste au même niveau d’excellence du début à la fin et même, parce que vous avez du talent, vous arrivez à progresser encore pour toucher le firmament du bon gout : « En fait, tu ne mérites pas d’être une femme, même pas de faire partie de l’humanité. Christine, même femme, je te hais. »

 Bravissimo !! Sérieusement il n’y a qu’une seule chose que je haïsse vraiment, c’est la haine gratuite. On a le droit de tout dire (ou presque), de tout écrire (dans le respect des lois mémorielles quelque peu scélérates) mais on a aussi le droit de le faire avec un minimum de bon sens ; de la culture et de l’intelligence de sa génération. On ne peut reproduire à presque 60 ans le style et, pire encore, les idées d’un adolescent pré-pubère plein de sa colère anti-sociale. Je n’ai aucune affection personnelle pour Christine Lagarde, je ne partage pas ses idées politiques et plus encore je m’y oppose chaque jour mais que voulez vous il me reste quelques traces d’une éducation reçue en mes jeunes années qui fait de moi, je l’espère et j’y travaille, un être civilisé voire sociable. Essayez, cela devrait vous plaire aussi.

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