Etats-Unis, le mirage Gingrich

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Newt Gingrich

Le nom est presque imprononçable, la silhouette peu aimable et pourtant il est celui qui commence à faire tourner la tête des américains. Newt Gingrich, le réactionnaire, coureur de jupons pourrait il faire la peau d’un Obama jugé trop gentil ?

Le pittbull est loin d’être un inconnu pour l’électorat américain. En 1995 c’est lui qui mène la campagne du Parti Républicain pour les élections au Congrès, scrutin qu’il gagne mettant fin à quarante années de majorité démocrate à la Chambre des représentants qu’il présidera jusqu’en 1999. Symbole de la « révolution républicaine », gringrich est désigné homme de l’année par le magazine Time en 1995. Il est le fer de lance politique de la campagne qui vise à faire destituer le président Clinton pour avoir menti aux américains quant à sa relation avec Monica Lewinski, alors stagiaire à la maison Blanche… et pourtant dans le même temps il est englué dans une affaire de scandale sexuel mais qu’importe Gingrich n’est jamais plus à l’aise que dans la contradiction. En 1999, abandonné par ses amis dela Chambre qui le jugent « incontrôlable » il se retire de la vie politique pour devenir consultant au service des médias les plus conservateurs de la « grande nation » mais il en est convaincu, son destin est ailleurs. Il doit être celui qui remettra l’Amérique dans le droit chemin du reaganisme des années 80 en chassant Obama de ce bureau Ovale dans lequel, à l’image de nombreux de ses compatriotes, il souhaiterait ne voir que des blancs…

En mai 2011, six mois avant qu’il ne se déclare officiellement candidat aux primaires républicaines, sa campagne semblait pourtant en loques avant même d’avoir commencé. Tous les membres de son équipe avaient démissionné, lassés d’attendre son retour d’une croisière en Grèce avec Callista, sa chère troisième épouse. Croisière qu’il justifia a postériori comme étant une tentative pour mieux comprendre la crise grecque (sic) Ils étaient aussi fatigués d’expliquer à leurs interlocuteurs sceptiques que ce républicain, plus haï de l’électorat centriste que George W. Bush et détesté de la moitié des membres de son propre parti, avait bel et bien la stature d’un présidentiable et surtout qu’il pouvait l’emporter.

Seulement, voilà, comme l’écrit L’Express, « Newton Leroy Gingrich a su, une fois encore, se réinventer par ses propres moyens. Considérables. Depuis son éviction du Congrès, après diverses incartades éthiques et un putsch de l’establishment républicain, ce rhéteur indomptable prospère sur Fox News et à la tête d’un petit empire multimédia qui gère ses 25 livres, dont le best-seller To Save America, une nuée de documentaires sur la défaite des rouges ou le péril islamiste, sans oublier ses énormes cachets de conférencier-prophète, éternel pourfendeur du poids excessif de l’Etat.

« Et le miracle a eu lieu. Après huit débats télévisés entre les candidats aux primaires, le paria d’hier talonne désormais Mitt Romney, mormon milliardaire et ancien gouverneur du Massachusetts. Pas moins de 4 républicains sur 10, souvent à leur corps défendant, jugent que l’ancien caudillo du Congrès est seul capable de rivaliser d’éloquence et d’intellect avec Barack Obama.

De fait, Gingrich rappelle souvent qu’il serait le premier président américain titulaire d’un doctorat depuis Woodrow Wilson. Et les idées originales ne l’effraient guère. Quand ses rivaux se contentent de promettre une totale loyauté à Israël, l’ancien prof d’histoire-géo de l’université de Géorgie assène que les Palestiniens sont “un peuple inventé […], de simples Arabes issus de l’Empire ottoman, et des terroristes”. Auteur d’une thèse sur l’enseignement public belge au Congo, il propose aussi une innovante grille de lecture d’Obama : “Pour le comprendre, il faut se replonger dans les détails de la décolonisation kényane”… Devant les militants du parti réunis début décembre sous un préau de Tampa, en Floride, il usait d’arguments plus classiques, mettant en garde contre “un nouveau fascisme gay et séculier prêt à recourir à la violence pour nous imposer sa volonté”. »

Newt Gringich est ainsi revenu dans la course à l’investiture. Contre toute attente il a pulvérisé Mitt Romney en Caroline du Sud ; un Etat symbole pour les Républicains, tous les candidats investis par le parti ces 40 dernières années avaient emporté la caroline du Sud lors des primaires. C’est désormais versla Florideque tous les regards se tournent un Etat qui dépasse le simple cadre du symbole car en Floride celui qui arrive en tête emporte tous les grands électeurs. Le 31 janvier nous connaitrons ainsi probablement le nom de celui qui devra affronter le candidat sortant.

Les fanatique de Gringich sont convaincus de sa victoire et pourtant rien n’est moins sur. Il a aujourdhui 20 point de retard sur Romney et surtout plus un seul dollar en caisse. Aux Etats-Unis, une campagne sans argent est par avance condamnée.

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