le débat sur les racines chrétiennes de la France relancé

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clovis bapteme du roi des Francs
Le baptême de Clovis

Commençons tout de suite par clarifier deux ou trois choses : l’auteur dont je vais parler ici ce jour est un ami. Une personne que j’apprécie pour ce qu’elle est mais aussi pour ses chemises blanches, ses cravates et son talent. Disons le CCoutron a du talent. Le verbe est en général de qualité, le phrasé est sans fin et l’idée souvent percutante. Ses convictions bien accrochées, l’apprenti philosophe s’acharne à décortiquer régulièrement sur son blog les pensées communes les plus erronées et à partager avec ses lecteurs son gout, parfois excessif, pour l’exactitude et la sémantique.

Aujourd’hui, à la lecture de son nouvel opus, j’ai pourtant avalé de travers ma 3ème tasse de café et pour cause, dès le titre, j’ai su que ce post là allait m’agacer et je ne fus pas déçu !

« La France a-t-elle des racines chrétiennes ? »… commençant à connaitre suffisamment bien celui qui fut l’auteur de plusieurs décrets et autres circulaires administratives, je devinais aisément la réponse : « non … foutaise »… Et là je me suis dit « pourquoi pas, voyons ce que le petit a à dire » … (bon le « petit » c’est parce que l’auteur a été mon stagiaire et que ça me donne une sorte de fausse autorité morale que j’aime à entretenir …)

Ca commençait mal ! CCoutron fait de Nicolas Sarkozy l’unique porte-parole des penseurs, historiens, philosophes et hommes politiques qui ont développé depuis plus d’un millénaire l’idée selon laquelle les racines de la France sont éminemment chrétiennes. Alors bien sur confronter Nicolas Sarkozy dans un match intellectuel, voire philosophique, avec l’historien Paul Veyne est intellectuellement malhonnête et revient à organiser un combat de chiens entre un caniche et bouledogue anglais. Mais l’auteur ne s’arrête pas là… il se laisse aller au jeu bien connu de la contestation du fond par la forme, en d’autres termes il joue à son activité intellectuelle préférée la contestation par la sémantique et la lexicologie !

Exemple : « La première chose qui fait question pour Veyne est la notion de « racine » dans l’histoire. Quand on y réfléchit, c’est là une notion assez floue. Mais surtout, c’est selon lui un « faux problème ». Pour Veyne, la société est « une réalité hétérogène, contradictoire, polymorphe, polychrone » (p. 217) qui n’a pas de racines ; ce qu’il veut dire par là, c’est qu’une société ne s’enracine pas en particulier dans une de ses composantes, même la religion, même après l’importance qu’elle a eu pendant des siècles, et que l’on ne peut pas classer un peuple à partir de sa religion, d’autant plus quand ce n’est plus une religion adoptée par 99% de la population… »

Traduction : « La France a-t-elle des racines chrétiennes ? » Non car le mot « racine » ne peut s’appliquer à un pays ou à un peuple… Circulez il n’y a rien à voir … fin du débat !

La vérité que je découvre grâce à CCoutron c’est que Paul Veyne n’est pas un historien parmi d’autres, c’est un homme idéologiquement engagé, membre du parti communiste, athée revendicatif qui s’acharne à considérer les religions comme des opinions politiques. Il a probablement raison quand il écrit « aucune société, aucune culture, avec son fourmillement et ses contradictions, n’est fondée sur une doctrine. » mais doit-on considérer la place d’une religion dans l’histoire comme un simple héritage doctrinale ? Il ne porte pas un regard innocent mais combattif sur le fait religieux et est donc dénué de l’objectivité que l’on peut attendre, ou pas, de l’historien. Cela n’enlève rien à l’intérêt que l’on peut porter à son travail mais cela apporte un éclairage différent sur son œuvre qu’il faut prendre pour ce qu’elle est, l’expression d’une idéologie.

Allons un instant sur le fond de la question : « La France a-t-elle des racines chrétiennes ? »…Je la trouve particulièrement bien posée car par souci de facilité CCoutron aurait pu faire une inversion et répondre facilement « non » : « les racines de la France sont-elles chrétiennes ? » assurément, pour peu qu’elles soient chrétiennes, elles ne sont pas que çà. Mais le premier vrai questionnement est qu’est-ce que la France ! Existe-t-elle ? A-t-elle une unité géographique, historique, politique, sociale et culturelle ? C’est finalement amusant que l’on puisse ainsi retomber sur le médiocre débat du début du quinquennat concernant l’identité de ce pays…

Ensuite on peut naturellement s’interroger, comme le fait l’auteur, sur la notion même de « racines » car si l’on considère que « la France » n’est qu’un agrégat disparate il ne peut y avoir de « racines » d’origines communes ou privilégiées.

Enfin on sera amené à discuter de la place et du rôle de l’Histoire dans notre société car finalement c’est de cela dont il s’agit. Avons-nous besoin de connaitre nos origines, de dater la naissance de notre pays est-ce le sacre de Hugues Capet ou le baptême de Clovis ? On nous dit que « l’Histoire est faite de ruptures plus que de continuité » mais nier que de l’ensemble de ces ruptures on puisse faire le portrait exacte d’un pays ou d’un peuple est une gageure.

Vous avez peut être remarqué mais à l’exemple de CCoutron, je pose des questions, je confronte les opinions mais je ne donne pas ma réponse ou pour le moins, ma propre position…

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