François Bayrou a t’il déjà perdu?

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C’est en quelque sorte la question qui ressort de cet article de Pierre Jaxel-Truer publié dans le Monde de ce jour. Malgré ses espoirs, les Français semblent se laisser porter dans un match de second tour dès le 22 avril. Un match entre un sortant inaudible et un concurrent qui bouge le moins possible afin d’éviter les boulettes… Pendant ce temps Bayrou attend un vent nouveau en tachant de ne pas désespérer mais a t’il encore le choix?

François Bayrou

“Serrer les dents et continuer à sourire, en attendant une éclaircie. Au siège de campagne de François Bayrou, rue de l’Université, à Paris, l’envolée du mois de décembre 2011, où il était passé d’environ 7 % des intentions de vote à 14 %, avait été vécue comme une divine surprise. Mais non sans crainte. Grimper trop vite laissait augurer un palier difficile. Voilà, de fait, le candidat centriste encalminé dans le pot au noir.

A Gennevilliers (Hauts-de-Seine), mercredi 22 février, M. Bayrou a esquivé cette question, préférant donner une leçon de journalisme. “Ne posez pas les éternelles questions de campagne. Ecoutez plutôt les gens”, a-t-il conseillé, en sortant d’une discussion avec des responsables associatifs.

Depuis la mi-janvier, M. Bayrou est à la peine. L’institut Ipsos, mardi, l’a donné en baisse de 1,5 point, à 11 %. CSA, le lendemain, l’a crédité aussi de 11 %, en recul de 2 points. Son passage télévisé, lundi, sur TF1, pour l’inauguration de la grande émission de campagne de la chaîne, “Parole de candidat”, s’est avéré un fiasco d’audience (2,2 millions de téléspectateurs).

A qui la faute ? Dans l’entourage du candidat, on évoque une émission mal conçue. Un proche de M. Bayrou reconnaît cependant qu’il a manqué de “peps”.

DESSERRER L’ÉTAU DU DUEL ANNONCÉ

Au MoDem, on met en avant un autre sondage, de l’IFOP, publié dans Paris Match jeudi, qui propose des duels. “Des deux personnalités suivantes, laquelle préférez-vous?”, demande l’institut. M. Bayrou l’emporte face à François Hollande (51 % contre 48 %) et à Nicolas Sarkozy (61 % contre 37 %). Une bouffée d’oxygène, ça s’exploite.

Les militants de M. Bayrou ont reçu ce courriel : “Diffusez la phrase ‘Jeudi dans Paris Match, la vérité sur le 2e tour !’ à tous vos contacts, sur Facebook, sur Twitter, sur Google Plus et par mail.”

Après avoir misé sur l’effondrement de M. Hollande, on veut désormais croire, rue de l’Université, à un décrochage de M. Sarkozy. M. Bayrou pourrait alors espérer devenir le “vote utile” de ceux qui veulent battre M. Hollande. Mais encore faut-il desserrer l’étau du duel annoncé entre M. Hollande et M. Sarkozy.

Face aux propositions de référendums sur les droits des chômeurs et des étrangers de Nicolas Sarkozy, François Bayrou a bien tenté de sonner la charge, espérant séduire la droite modérée. Comme il avait, auparavant, condamné le programme “insoutenable” de François Hollande. Mais il n’en touche pas, pour l’heure, les dividendes.

En dépit de l’opposition de la plupart des membres de son équipe, il a aussi tenté un “coup”, le 12 février, en estimant que si Marine Le Pen reste en panne dans sa quête de signatures, “les dirigeants des grands courants démocratiques devront en discuter”. L’initiative a fait un flop.

“PIERRE PHILOSOPHALE”

Le président du MoDem s’accroche donc à l’idée que la course n’a pas débuté.“J’ai fait plusieurs campagnes et je n’ai jamais vécu ça. C’est une ambiance particulière, marquée par la crise”, estime Mme de Sarnez. “Avant l’heure c’est pas l’heure, après l’heure c’est plus l’heure, l’heure c’est l’heure”, philosophe un conseiller de François Bayrou.

“C’est, en ce moment, le brouhaha des programmes. Personne ne comprend vraiment les positions des uns et des autres. C’est la personnalité qui fera la différence”, estime Bernard Lehideux, membre du comité stratégique de campagne. “On se bagarre, on va essayer de convaincre. Mais si on avait la pierre philosophale, on l’aurait déjà utilisée”, convient Robert Rochefort, vice-président du MoDem.

Autre difficulté : le mouvement des ralliements s’essouffle. Aucune pointure n’est annoncée. En 2007, l’appel à une alliance avec M. Bayrou d’un collectif de hauts fonctionnaires de gauche, les Gracques, avait soutenu sa dynamique. Qu’en sera-t-il cette fois ? “Nous avons des hauts fonctionnaires de gauche, des chiraquiens”, affirme Mme de Sarnez.

La dynamique des sondages n’aide pas. Des discussions avaient été ouvertes avec le député Pierre Méhaignerie, l’une des figures centristes de l’UMP, pour entraîner quelques élus modérés. Elles sont au point mort. Les anciens soutiens de M. Bayrou en 2007, passés sous casaque Sarkozy, affûtent leurs piques.

“Il finira à 6 %”, prédit Hervé Morin, président du Nouveau Centre. “Son positionnement va refaire de lui un spectateur du match pendant cinq ans”, juge le ministre de la fonction publique, François Sauvadet.

CAMPAGNE LOW COST

Pour l’heure, M. Bayrou continue, dit-il, de n’envisager qu’une hypothèse : “Je serai au second tour.” “Nous n’avons pas d’autre stratégie que d’y croire”, assure M. Rochefort. La posture est-elle tenable si la courbe des sondages ne se redresse pas ? Pour créer une dynamique, le mois de mars devrait se charger de quelques meetings. M. Bayrou prévoit un discours sur l’Europe à Strasbourg, le 6 mars.

Mais le candidat centriste table sur une campagne low cost (7 à 8 millions d’euros). Autant en faire un argument, en temps de crise : “On devrait publier les comptes de campagne pendant la campagne”, demande Mme de Sarnez.

Dans cet horizon nuageux, M. Bayrou a noté l’ironie de M. Hollande dans son livre Changer de destin (éd. Robert Laffont, 166 pages, 9 euros). Le socialiste dit avoir été “saisi par le vide” en lisant le programme du centriste. “Le jeu habituel des petites vacheries”, soupire M. Bayrou.”


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