Le petit journal et ses gros bidouillages

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Chacun le sait Canal + c’est cool et ce qu’il y a de plus cool chez Canal + c’est Yann Barthez et son petit journal qui viennent dénoncer haut et fort les petits et gros travers de nos hommes politiques. Comme les Guignols au temps où ils étaient encore drôle, le Petit journal fait et défait l’image des hommes politiques auprès de son public CSP+ habituel …

Yann Barthes - le petit journal de Canal +

Pour autant nos amis donneurs de leçon de Canal + ne semblent pas être exempts de tous reproches. Je vous propose la lecture de cet article passionnant de Mathias Reymond du ste ACRIMED:

Programme d’infotainment qui mélange l’information et le divertissement, « Le Petit Journal » diffusé sur Canal Plus, s’acharne depuis plusieurs mois sur Jean-Luc Mélenchon et le Front de Gauche. Quitte à truquer les informations et à détourner les images. A des fins politiques partisanes ? Rien n’est moins certain, puisque Nicolas Dupont-Aignan ou David Douillet ont également fait les frais de ces trucages et de ces détournements.

Jean-Luc Mélenchon et Eva Joly ont refusé de se saluer ? Faux, ils l’ont fait mais pas devant les caméras du « Petit Journal ». Les militants du mouvement Debout la République n’ont rien compris au meeting de Nicolas Dupont-Aignan ? Faux, car ils ont été interrogésavant que leur leader ne s’exprime. Mélenchon est omniprésent comme le montre une petite compilation de ses passages dans les médias ? Faux encore, car les porte-paroles de l’UMP et du PS occupent toujours plus de 70% du temps de parole cumulé. David Douillet n’est pas brillant quand il défend une loi face aux députés ? Peut-être, mais est-ce bien la réalité quand on le voit hésiter seulement à quatre reprises sur deux heures trente d’audition ?

Depuis quelques semaines, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur les « méthodes » du « Petit Journal ». Tourner en dérision les mensonges des responsables politiques et leur stratégie de communication ? Pourquoi pas. Pour peu que cette critique n’épargne pas les journalistes qui, en meute, suivent les candidats et acceptent leurs mises en scène. Mais surtout le décryptage satirique de la communication politique cesse d’être crédible quand règne une fausse impertinence qui repose… sur des faux.

Est-il légitime de brandir une carte de presse quand on se livre à des activités qui tournent le dos aux règles les plus élémentaires du journalisme ? La réponse est évidemment négative. Est-il légitime de refuser de se laisser intimider par la possession d’une carte de presse quand l’usage en est usurpé. La réponse est évidemment positive. Explications.

Erreur de comptabilité

La mise en scène est efficace. La démonstration est implacable. Alors que Jean-Luc Mélenchon cite un rapport du CSA (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel) sur le temps de parole des candidats à l’élection présidentielle lors d’un meeting (« Depuis le mois de janvier, 70% du temps d’antenne a été réservé à deux partis : le PS et l’UMP »), Yann Barthès, l’animateur du « Petit Journal », le reprend : « Mais si on regarde le fameux dossier du CSA sur lequel il s’appuie, disponible sur tous les bons sites du CSA, nous remarquons qu’il s’agit d’une comptabilisation du 1er au 27 janvier. Oooh, c’est trop bête, Jean-Luc Mélenchon a oublié les deux ou trois petites choses qu’il a faites depuis le 27 janvier. » Suit alors une compilation des passages télévisions de Mélenchon (RTL, France Info, RMC, France 2, France Inter, TF1…) sur une dizaine de jours (du 27 janvier au 7 février). Compilation qui donne l’impression d’une surexposition du candidat du Front de Gauche, histoire de démontrer que Mélenchon prend des libertés avec les faits. Ce serait de l’information… Puis Yann Barthès change de sujet, comme on change de chaîne.

Or, cette séquence – pas plus qu’une autre, mais pas moins non plus – est révélatrice de la méthode de travail du « Petit Journal ». Alors que le rapport du CSA et la réaction de Mélenchon portent sur une période, on oppose à ce dernier la suivante, comme si les nouvelles invitations devaient être suivies d’invitations aussi nombreuses, alors que l’on peut être quasiment certain que cela ne sera pas le cas. Une observation non partisane – journalistique ? – devrait porter sur une plus longue période…

Mais surtout – « Oooh, c’est trop bête », comme dit Barthès – il aurait fallu comparer la présence du Front de Gauche, avec celle, par exemple, du Parti socialiste. Et ce travail d’observation aurait vite été périlleux. En effet, sur seulement deux jours (mercredi 8 et jeudi 9 février 2012) les porte-paroles du Parti socialiste se sont rendus à onze reprises dans les médias audiovisuels, comme on peut le vérifier en note [1], … bien plus que la prétendue « surexposition » du candidat du Front de Gauche.

Et en s’intéressant par exemple aux invités des émissions matinales de la radio du 30 janvier au 9 février – grosso modo la période choisie par Barthès pour expliquer que Mélenchon mentait, le résultat est accablant : sur 60 invités politiques, 47 appartiennent à l’UMP ou au PS (voir annexe). Un petit comptage aurait permis à l’équipe du « Petit Journal » de constater que, contrairement à ce qu’ils tentent de faire croire, le Front de Gauche est peu présent dans les médias par rapport au PS et à l’UMP. Mais la quête de l’information ne semble pas être le but ultime du « Petit Journal ».

Au sujet de la bipolarisation de la politique, Yann Barthès s’étonne dans Le Monde (28 janvier 2012) : « ce sont, dit-il, les trois partis qui se disent ‘antisystème’ qui entretiennent de mauvaises relations avec nous : celui de François Bayrou, le Front National (…), et celui de Jean-Luc Mélenchon (…). » Une façon d’avouer que « le Petit Journal » n’est pas aussi « antisystème » que l’on pourrait naïvement le croire.

Flagrants délits de trucage

Si Jean-Luc Mélenchon est l’une des cibles privilégiées du « Petit Journal », d’autres responsables politiques sont victimes des montages qui relèvent du faux en écriture : un délit qui, en dehors du monde des médias, serait durement sanctionné. Comme le révèle obstinément et régulièrement le site d’Arrêt sur images, l’émission de Canal Plus s’est fait prendre, à plusieurs reprises, en flagrant délit de trucage.

Dans l’émission du 23 janvier 2012, le candidat Nicolas Dupont-Aignan s’exprime lors d’un meeting à propos de l’euro et du franc. Puis, Yann Barthès ajoute : « Et à la sortie, interview des militants. » On voit ensuite trois personnes interrogées répondant avec quelques difficultés aux questions de l’équipe du « Petit Journal ». Or le meeting avait lieu à 17h30, et lors de cet entretien avec les militants, il faisait encore bien jour… alors que nous sommes en plein hiver. En réalité, les militants ont été interrogés avant le meeting. Ce qui change tout. Le but étant apparemment de les« présenter comme des abrutis », ainsi que l’a confié l’une des militantes à @si. Pour arriver à ses fins, Yann Barthès est donc prêt à n’importe quoi. Du journalisme, ça ?

Le 12 janvier 2012, c’est David Douillet qui a fait les frais des bidouillages du « Petit Journal ». Comme l’explique @si, un montage vidéo montre « le ministre des Sports David Douillet très hésitant, bafouillant, alors qu’il présente un projet de loi sur l’éthique dans le sport devant les membres de la commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée Nationale. » Or l’audition a duré environ deux heures trente et les images sélectionnées par le « Petit Journal » ne durent pas plus de deux minutes. Finalement, deux minutes d’hésitations sur deux heures trente, c’est un bon rapport, non ?

Le 5 janvier 2012, l’équipe du « Petit Journal » n’a pas peur de tordre la vérité juste pour fabriquer une polémique : en déplacement dans un même train, Eva Joly et Jean-Luc Mélenchon se seraient évités durant tout le trajet. Bigre ! Pourtant la réalité est toute autre puisque les deux candidats à la présidentielle s’étaient embrassés sur le quai de la gare… mais avant l’arrivée des caméras.

Mépris des « petits »

Ces quelques exemples – pris sur une période de un mois – illustrent plutôt bien le journalisme selon la méthode Barthès. Problème. A cette constante malhonnêteté, s’ajoute le mépris systématique des « petits candidats ». Deux exemples…

la suite de l’article sur Acrimed

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