Carnets de campagne : pourquoi je vote pour …

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le vote vu par Bakchich

Non chers lecteurs je ne viens pas vous dévoiler ici le nom qui sera sur ce petit bout de papier que dimanche 22 avril j’irai glisser dans l’urne transparente d’une école primaire du Xème arrondissement de Paris.

Je viens ici rebondir sur ces conversations où, convictions chevillées au corps, les uns et les autres affrontent leurs positions et dévoilent le choix, en cours ou déjà fait, ou encore, à défaut de certitude, le choix du moment.

Dans mon entourage professionnel, familial, amical et « réseauteur » j’ai presque de tout : l’adepte de Sarkozy, le pourfendeur de l’injustice qui vote Mélenchon, le dernier fidèle de de Villepin, le militant socialiste qui arrose mon appartement de tracts défendant Hollande, le sérieux Bayrouiste, l’intransigeant écologiste qui voterait Eva même si elle ne se présentait pas… me manquent les électeurs de Dupont-Aignan, de Lepage, de Poutou et Artaud car ils sont difficiles à débusquer ; ceux de Marine le Pen je ne les connais que dans la rue quand la conversation s’engage…

Mais le plus important à mes yeux n’est pas de savoir pour qui vous votez mais pourquoi. On le dit et on le répète, l’élection présidentielle est un choix. En d’autres termes, si l’on reprend la définition de ce mot : il s’agit de sélectionner une des solutions proposées par préférence aux autres. C’est la raison principale d’une élection à deux tours. Traditionnellement, au 1er tour on choisi et au second on élimine.

Seulement voilà, dans cette équation traditionnelle, une inconnue est venue se glisser le 21 avril 2002. Les sympathisants socialistes et plus largement les sympathisants de gauche qui semblent avoir tous la mémoire courte on été traumatisés car ils ont été privés de 2nd tour… une première dans l’histoire de la Vème république disent ils. Dès lors, la notion du « choix » au 1er tour a connu une distorsion incroyable qui fait que de nombreux électeurs sont bien décidés à « éliminer » dès le 1er tour, sans attendre le second.

Mémoire courte disais je car voyez vous, l’élimination du candidat d’un des deux principaux partis est une tradition sous la Vème République… jugez en :

En 1969 il n’y a pas de candidat de gauche au second tour de l’élection présidentielle. Le candidat de la SFIO(ancêtre du parti socialiste) n’obtient que 5% des suffrages et est dépassé par trois autres candidats, le communiste (21%), le centriste (23%) et le Gaulliste (44%).

En 1974 il n’y a pas de candidat gaulliste au 2nd tour … Chaban Delmas est arrivé 3ème derrière le candidat de gauche (43%) et celui du centre (33%) qui sera d’ailleurs élu …

En 1995 certes Chirac est patron du RPR mais c’est oublié qu’il n’est pas le candidat officiel de la droite. Il se présente contre le Gouvernement et contre la majorité parlementaire se présentant comme « l’homme d’une troisième voie » qui plafonne à 7% dans les sondages il sera néanmoins élu.

Vous le voyez, 2002 n’est pas une anomalie démocratique mais l’effet d’un système électoral Républicain qui doit permettre à chaque famille politique de s’exprimer et de pouvoir, le cas échéant, emporter la majorité dans le pays. Le second tour vient garantir que personne ne puisse être élu sans obtenir le soutien d’au moins la moitié des Français ; ce qui nous préserve pour le moment d’une présidence d’extrême droite ou d’extrême gauche.

Alors pourquoi votez vous pour un tel ou pour un autre ?

Je m’excite tout seul, je m’exaspère et perd des années de vie en entendant mes amis s’acharner dans un vote de dépit ou de désillusion. La seule consolation est peut-être que mes hauts le cœur les exaspèrent eux aussi tellement que finalement à se stresser mutuellement je me dis que je ne serai pas seul à porter bien trop tôt les cheveux blanchis du stress électoral… piètre consolation néanmoins mais sujet d’amusement que cette blanche pilosité parfois mal située… je m’égare… Revenons-en à nos votes.

Je me souviens de mes cours de sociologie politique et des deux grandes familles de vote :

Le vote par héritage et le vote par intérêt. Le second est simple : je regarde le programme, je fais mes comptes et je vote pour celui qui est le plus à mon avantage personnel. Le premier se définit par son appartenance familiale et plus largement sociale et idéologique : je vote en fonction de mes parents (comme eux ou contre eux).

L’intéressante dichotomie proposée par mes professeurs est peut être encore exacte mais ô combien incomplète dans la société française contemporaine. Elle n’explique ainsi pas le cas de ce garçon brillant, passionné de la chose politique qui explique qu’il pourrait être amené à voter « Hollande au 1er tour pour éliminer Sarkozy » mais à « voter Bayrou au second si ce dernier était opposé à Hollande »… Il est à comparer à un contact Facebook qui m’explique j’aimerais que « Bayrou soit président de la république » mais mon objectif premier c’est « de virer Sarkozy et d’empêcher Le Pen d’être au second tour » … donc il votera « Hollande aux deux tours » … grands dieux de la sociologie politique venez à mon secours… Il y a cet autre brillant personnage de mes amis qui appartient à ce qu’il appelle « la génération du 21 avril 2002 ». Il annonce un vote « Hollande » aux deux tours de scrutin pour éviter un 21 avril mais s’il laissait parler son cœur, il pourrait voter « Mélenchon ».

Aujourd’hui nous en sommes là dans l’opinion publique (dernier sondage Ipsos) :

–         Hollande 29,5 %

–         Sarkozy 25 %

–         Le Pen : 17 %

–         Bayrou : 13 %

–         Mélenchon : 10%

Dans cette situation si quelqu’un peut m’expliquer en quoi voter pour le n°1 des sondages permettra : de virer Nicolas Sarkozy dès le 1er tour et d’empêcher Marine Le Pen d’être au second je suis preneur de la démonstration. Mathématiquement, et si votre vote ne couvre que ces deux objectifs les votes « logiques et utiles » devraient être Bayrou ou Mélenchon et cela d’autant plus si ce sont vos votes de cœur.

Entendez moi bien je respecte tous les votes et toutes les raisons, objectives et subjectives qui y mènent. Il n’y a pas de jugement de valeur dans mon propos mais juste un besoin de comprendre le déroulement d’une réflexion qui se conclu par un vote qui est en contradiction avec les objectifs poursuivis. En ce qui me concerne je n’ai pas l’intention de me faire des nœuds au cerveau. Je voterai dès le 1er tour pour le candidat que je souhaite voir à l’Elysée au terme du 2nd c’est là l’esprit de nos institutions et du système démocratique. Si ce candidat n’était pas au 2nd tour et bien j’éliminerais celui, ou celle, qui me parait le moins apte et le plus éloigné de mes convictions et je vous donnerais rendez vous dans 5 ans pour prendre ma revanche.

3 thoughts on “Carnets de campagne : pourquoi je vote pour …

  1. hello Jérôme,

    De trop réfléchir tu vas te faire des noeuds et c'est franchement,pas bon.Il faut être plus spontané et faire un vote en écoutant tes valeurs !!!Mille bisous;Nadine

  2. Via Google+

    merci de diffuser cette analyse que je partage entierement! seul bémol à mon avis, d'apres vous et vos cours il y aurait deux types de votes (celui de l'entourage et des parents, et celui qui nous profite le plus). Pour ma part je revendique un troixieme type de vote: celui qui profite le plus à la France, quitte à ne pas etre en adéquation avec mes propres intérêts. C'est peut-être prétentieux de ma part mais j'y crois profondemment…

    1. Via Google +:
      Merci pour votre commentaire. Il me semble que votre type de vote est inclu, en sociologie politique, dans la catégorie que j'ai appelé "vote d'appartenance" qui est (a mes yeux) une catégorie très large dans laquelle les sociologues politiques mettent toutes les idéologies et par exemple celle qui vise a défendre l’intérêt commun que je partage totalement avec vous. Si je retrouvais mes cours je pense que les spécialistes pourraient nous montrer une myriade de sous familles à ces deux catégories ! au plaisir de discuter avec vous

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