Carnets de campagne : quand viendra l’heure du choix pour Bayrou

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Nous sommes au cœur de la bataille présidentielle, ce qui doit être le plus intense des moments démocratiques dans la vie institutionnelle de notre pays, le moment du choix de nos concitoyens en faveur d’un homme, d’une politique, d’un avenir commun.

Sur les terrasses des cafés parisiens, aux abords des marchés dominicaux, ça discute, ça négocie, ça se moque et parfois ça s’invective. Qu’ils furent doux et simples, les temps où en un seul mot on pouvait définir son vote, son choix, son engagement : « droite » ou « gauche » ; les jeux étaient faits, l’alternative posée et le choix évident !

François Bayrou, le troisième homme

Certains s’acharnent à croire encore en cette dichotomie d’un autre temps. Ils refusent les évidences qui s’imposent pourtant à nos esprits : la moitié des électeurs de Le Pen viennent de l’extrême gauche, en 2007, le candidat conservateur était en tête chez les moins de 25 ans et chez les ouvriers, deux électorats traditionnellement acquis à la gauche… et puis il y a le trublion du centre François Bayrou, culture de centre droit, projet de centre gauche, où penchera son vote si, comme on me le dit et on me le répète, il n’était pas au second tour ?

J’ai rencontré les électeurs de François Hollande et quand ils parlent de Bayrou et de ses sympathisants, les mots sont souvent durs, parfois surprenant : le « candidat de l’inutile », un « homme de droite » à la tête d’un « parti de droite », de « l’UMP light » et j’en passe et des meilleurs car si l’on a le droit d’être de mauvaise foi on a aussi le droit de se renseigner un minimum avant de dire des âneries… La question revient en long et en large que fera Bayrou au second tour de l’élection présidentielle, pour qui exprimera t’il son soutien comme il s’est engagé à le faire au début de la campagne ?

Permettez-moi de retourner la question : qui tendra la main à François Bayrou et à ses électeurs ?

Les verts n’en veulent pas et on comprend bien ils ont obtenu 30 circonscriptions législatives en échange de 1,5% des suffrages… il n’y a plus de place pour un parti réunissant 13%… Mélenchon n’en veut pas non plus puisqu’il considère que le parti socialiste est déjà quasiment un parti de droite !

Et le parti socialiste lui se retrouvera au soir du 1er tour face à ses responsabilités : en 2007 Ségolène Royal avait franchi le Rubicond proposant au centriste pas assez dégrossi de le nommer Premier ministre. S’il avait accepté cela n’aurait rien changé à la fin de l’histoire, la candidate socialiste avait perdu cette élection depuis bien longtemps déjà… En 2012 les choses sont différentes, François Hollande est le chouchou des sondages et sa victoire est considérée comme certaine par ses sympathisants qui dès lors verraient d’un mauvais œil qu’on se mette dans les pattes ce modem « inutile »…

Reprenons ensemble les sondages et pour éviter toute mésentente j’écarte le dernier qui semble favoriser Nicolas Sarkozy. Voici les comptes du 1er tour rêvés par mes amis socialistes et réalisés par le CSA :

–         Extrême gauche : 0,5+0,5+10 = 11

–         Gauche : 2+29,5 = 31,5

–         Droite : 0,5+1,5+27,5 = 29

–         Extrême droite : 15 = 15

–         Centre : 0,5+13 = 13,5

Soit un rapport droite-gauche de 44/42,5 au bénéfice de la droite avant le sondage plaçant Sarkozy en tête au 1er tour. Alors bien sur cela ne prend en compte ni l’augmentation ou la diminution de la participation entre les deux tours ni les reports imparfaits à droite comme à gauche. Pour autant cela tend à démontrer que le rapport de force dans le pays, hors Bayrou, est à ce jour favorable à la droite. Les deux candidats dominants doivent non seulement rassembler leur camps mais devront attirer à eux les électeurs centristes pour pouvoir espérer gagner et à ce petit jeu il est bien difficile de savoir celui qui l’emportera.

Il n’y a pas un seul électorat centriste.

Vous trouverez des électeurs de centre-droit qui rejettent Sarkozy ou qui ne croient plus en sa victoire. Ceux là rejoindront dans le cas d’école imaginé le candidat UMP au 2nd tour. Vous avez des électeurs de centre-gauche qui détestent Sarkozy ou qui ne sont pas emballés par la candidature Hollande mais ils le rejoindront au 2nd tour. Puis vous avez tout le reste, entre 8 et 10 % aujourd’hui, qui votent Bayrou pour l’homme et pour son projet. Des électeurs qui adhèrent à la philosophie politique du Béarnais. Ces électeurs là ne réfléchissent pas, à cette heure, à un 2nd tour privé de leur champion. Ils seront à convaincre le moment venu mais qu’entendent-ils depuis le début de la campagne ?

A gauche, à l’exception notable de Manuel Vals, des phrases de rejet, de condamnation et de l’humour quelque peu méprisant qui est le propre de ceux qui savourent une victoire avant de mener la bataille.

A droite, ils voient les appels du pied, les propositions de rassemblement qui tranchent tellement avec l’acharnement destructeur de ces dernières années mais ils ne sont pas dupes.

Entre le 22 avril et le 6 mai qui proposera de reprendre le programme centriste ? Qui organisera un référendum sur la moralisation de la vie politique le 10 juin ? Qui s’engagera sur la voie d’une réduction drastique des déficits budgétaires ? Qui transformera la classe de terminal en propédeutique ? Qui mettra en place un régime des retraites par points ? Qui mettra en place une mutuelle logement, d’initiative publique, chargée de couvrir les risques locatifs et de remplacer toutes les cautions en garantissant contre tous les risques d’impayés ou de dégradation ?

Oui chers amis vivement le 22 avril au soir. A la pêche aux voix viendra le temps des engagements et des vrais sujets, le temps des réformes qui succédera à celui des symboles.

Et là nous saurons que l’heure du choix est venue.

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