Helmut Newton raconté par ses victimes

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Il y a des expositions qu’on ne veut pas rater et je crois que celle ci sera, en ce qui me concerne, dans cette catégorie.

Helmut Newton

Helmut Newton est le photographe allemand, né dans le Berlin de 1920, ville dévastée physiquement avant de l’être moralement; mort à 84 ans en percutant le mur d’un grand hôtel de Los Angeles au volant d’une cadillac…

Photographe de mode il fait de l’érotisme une part incontournable de son noble art et mitraille toutes les plus grandes stars dont il cherche à faire transparaître la part la plus sombre.

Avant d’aller me délecter de son travail je vous propose l’article publié ce jour dans le Monde qui fait parler trois de ses “victimes”

Le photographe Helmut Newton (1920-2004), dont la première rétrospective française est présentée au Grand Palais, est surtout connu pour ses photos de mode provocantes, reflets d’un monde où l’argent et le sexe s’affichent sans complexe. Mais Helmut Newton était aussi un portraitiste talentueux, fasciné par la célébrité, par ceux qu’il appelait “the famous and the infamous”. Il disait : “J’aimephotographier les gens que j’aime, les gens que j’admire, les gens célèbres, et surtout les tristement célèbres.” Nous avons demandé à trois de ses modèles de raconter leur séance de pose.

Jean-Marie Le Pen : “Le soufre ne me gêne pas”

Jean-Marie Le Pen par Helmut Newton

D’origine juive, obligé de fuir l’Allemagne nazie en 1938, Helmut Newton n’a jamais caché son peu de sympathie pour l’extrême droite. Il a pourtant photographié Jean-Marie Le Pen, alors président du Front national, dans sa résidence de Saint-Cloud en 1997 pour le magazine The New Yorker“J’ai accepté de le rencontrer parce que je me considère comme un témoin, pas comme un juge, déclarait le photographe au Monde en 1998. Pour faire un bon portrait, il faut être séducteur et j’étais encore plus séducteur avec Le Pen pour obtenir la mise en scène que je voulais.” Quelques détails sont troublants : la position assise, le poing fermé, la main dans le collier d’un doberman, rappellent une photo d’Adolf Hitler et de son berger allemand prise en 1925 par son photographe officiel, Heinrich Hoffmann. Helmut Newton n’a jamais confirmé cette parenté. Jean-Marie Le Pen, de son côté, aime cette photographie :

“Helmut Newton est venu à la maison, c’est lui qui m’a demandé si je pouvais poser avec les chiens. Ça s’est fait de façon très cordiale. J’étais flatté d’être pris par un grand photographe, et plus tard j’ai eu l’honneur d’avoir mon portrait dans son gros livre, Sumo. Ma foi j’aime bien cette photo. Et c’est un souvenir, car aujourd’hui mes chiens ont disparu, donc ça me plaît beaucoup de me revoir avec eux. Je ne trouve pas que j’ai l’air arrogant, j’ai plutôt une attitude virile. Je connaissais la réputation sulfureuse d’Helmut Newton avant, mais vous savez, le soufre ne me gêne pas ! J’apprécie beaucoup les photos de femmes nues qu’il a faites, j’ai un ami qui a le livre Sumo, et j’aime regarder avec lui ces merveilleuses créatures qui depuis, comme mes chiens, ont dû prendre de la bouteille…

Je ne connais pas de photo d’Hitler où il pose assis avec sa chienne Blondi… et de toute façon des tas de gens posent avec leur chien. Il y a des gens qui voient Hitler partout, même sous leur lit… à un certain stade il faut se faire soigner. Je sais qu’Helmut Newton était loin de l’extrême droite, mais je fréquente beaucoup de gens qui ne sont pas d’extrême droite, je suis très ouvert. Je savais que c’était un professionnel honnête, pas un combattant. S’il m’avait ridiculisé, c’est lui qui aurait dû avoir honte, pas moi.”

Catherine Deneuve : “On ne s’abandonne plus ainsi”

Le photographe a pris l’actrice chez elle en 1976, pour le magazine Esquire.

Catherine Deneuve par Helmut Newton

“J’aime bien cette photo, je trouve que c’est vraiment moi, je me reconnais. Il y a ce regard et cette cigarette… j’ai beaucoup fumé à une époque. Ce sont mes vêtements et mes bijoux : je me souviens de ce pendentif avec un petit oeuf Fabergé. Nous étions chez moi… Aujourd’hui, je ne laisserais personne meprendre en photo chez moi, on ne s’abandonne plus ainsi. La pose est assez inhabituelle, ce n’est pas courant d’être photographiée comme ça, les mains dans le déshabillé ! Mais ça s’est fait tout naturellement avec lui, c’est étrange, alors qu’il y a des photographes auxquels on ne veut même pas montrer le poignet. Helmut Newton ne cherchait pas du tout à vous charmer pour obtenir quelque chose. Il allait vite.

Il y a l’idée de la nudité dans cette photo, mais je ne suis pas nue, aux Oscars il y a des femmes bien moins habillées que ça ! Et ça ne me gêne pas. Je connaissais l’univers de Newton, je savais vers quoi il voulait aller. Ses femmes, même offertes, ne le sont jamais complètement. Elles ont une retenue.

De façon générale, je n’aime pas tellement poser pour la photographie. Cela me coûte, j’ai l’impression qu’on me prend quelque chose… C’est très différent ducinéma, où on est un personnage : en photographie, on s’expose.”

Isabelle Huppert : “Sans préparation, au saut du lit”

Helmut Newton a photographié Isabelle Huppert en 1976, à 22 ans. L’image surprend par sa simplicité : l’actrice ne porte aucun maquillage, ses cheveux sont lâchés. Sur sa peau constellée de tâches de rousseur se dessine la marque de son maillot de bain. Sous le peignoir qu’elle retient (ou dégrafe) on devine le téton.

Isabelle Huppert par Helmut Newton

“Cette photo a été prise à l’hôtel Carlton à Cannes. C’était une des premières fois que j’allais au festival, pour quelle raison je ne m’en souviens plus, peut-être pour la présentation d’Aloïse de Liliane de Kermadec. Ce dont je me souviens précisément c’est qu’il n’y a eu aucune préparation, pas de maquillage, pas de coiffure, rien, c’était au saut du lit, j’ai juste eu le temps d’attraper un peignoir, visiblement, à peine eu temps de le nouer ! Le collier s’est trouvé là, et il est tellementbien là, c’est tout l’art de la mise en scène, tout semble avoir été prévu, tout arrive par hasard… Cette photo ne ressemble pas à d’autres que l’on connaît d’Helmut Newton : moins sophistiquée, plus innocente… Il est venu seul comme un promeneur, sans assistant, ça a tout de suite instauré un climat d’intimité entre nous. Comme j’ignorais à l’époque qui il était vraiment, je ne pouvais pas m’en étonner. Par la suite, j’ai fait d’autres photos avec lui, pour Vogue et pour Vanity Fair, elles étaient plus “newtonniennes”, maquillage plus appuyé, sophistication plus codée, avec l’humour qui va avec, mais lui était le même, charmant, brillant, avec lui on aimait prolonger le temps de la pose, un temps qu’il savait prendre, etperdre…”

Sur YouTube : la bande-annonce de la rétrospective consacrée à Helmut Newton au Grand Palais.

3 thoughts on “Helmut Newton raconté par ses victimes

  1. « Helmut Newton n’a jamais confirmé cette parenté. Jean-Marie Le Pen, de son côté, aime cette photographie. »

    Ce qui me gène avec cette photo est que tout le monde est content.

    Newton n’avoue pas le lien évident. Manque de courage sans doute. Il ajoute même qu’il aime jouer au séducteur.
    Le Pen aime cette photo !

    Tout le monde est content. L’un n’a pas le courage d’exprimer l’intérêt de son projet. Et l’autre il est content, car il a sa zolie photo dans Sumo !».

    Mais pourquoi cette photo a-t-elle été prise ?

    Personnellement j’aurais aimé lire ceci : « J’ai l’intention de faire votre photo. Vous savez que je vous exècre pour des raisons liées aux horreurs et à mes origines. Je vous révèlerai tel que vous êtes : dans votre immonde arrogance. En plus je vous expliquerai mes intentions photographiques. Il est donc probable que vous refusiez que je vous prenne en photo !».

    On peut rêver… mais alors là… Newton aurait été crédible.

    D’un autre côté on peut voir la photo sans lire le contexte et percevoir alors l’ironie. Le problème est que le contexte découvert annule la crédibilité du projet.

    Pour le reste on ne peut nier l’intérêt de Newton sur le plan photographique, mais, sur le plan purement intentionnel (son projet photographique), il passera, à mes yeux, après les maîtres. Il reste très « bling-bling » : cet avis strictement personnel ne m’empêche pas de m’ouvrir à son oeuvre.
    via http://passiondesmots.cultureforum.net/

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