La saga érotique de Vladimir Poutine

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Par QUENTIN GIRARD in Libération 

Clips, admiratrices, chansons à sa gloire… Depuis des années, le leader du parti Russie Unie met en scène son propre corps au service de sa politique.

La personnalisation extrême du pouvoir est un classique des régimes autoritaires. Mais là où la plupart des dirigeants jouent sur leur rôle protecteur, à la fois souvent père et mère de la nation, Vladimir Poutine a ajouté une nouvelle dimension: l’érotisme, l’amant, le fantasme.

Depuis des années, le leader du parti Russie Unie met en scène son propre corps au service de sa politique. Avant l’élection de ce dimanche, où il est donné ultra-favori malgré une forte contestation, un clip de son parti Russie unie diffusé depuis le 24 février montre une jeune femme chez le médecin, hésitante. «Voter pour la première fois, c’est comme perdre sa virginité, l’important est que le choix soit le bon : Vladimir Poutine», explique alors la vidéo, tout en finesse, avec gros plan sur la couverture du magazine américain Time, qui l’a élu homme de l’année en 2007.

Précédemment, une première vidéo de Russie unie faisait un rapprochement sans équivoque entre le fait de voter pour eux et de faire l’amour.

Vladimir Poutine a construit son identité politique en partie grâce cette érotisation, sur une idée simple : être beau et en bonne santé signifie que l’on est compétent et honnête. «Dès sa première campagne présidentielle, en 2000, Vladimir Poutine s’est construit comme l’antithèse de Boris Eltsine, ‘l’ours russe‘. Alors que ce dernier était malade, vieux et alcoolique, Poutine s’est forgé une image d’homme qui ne boit pas, sportif – qui tue des baleines, carresse des ours et fait du judo – et très viril», rappelle au Monde.fr. Hélène Blanc, politologue et co-auteur du livre Russia blues.

Ce message s’est durablement imprégné dans une grande partie de la population russe et se divise en deux parties. La première est l’iconographie autour du président. Comme le montre ce diaporama de Libération, il n’a eu de cesse d’être présenté tel un homme faisant corps avec la nature, exhibant ses muscles, ce qui contraste avec les habituelles poignées d’amour des principaux dirigeants russes et de la planète en général. Vladimir nageant contre le courant, Vladimir à cheval ou Vladimir caressant un béluga, il rétablit l’image d’une Russie conquérante, fière d’elle-même, en phase avec ses immenses espaces, une sorte de Lévine des temps modernes, ce riche propriétaire terrien dans Anna Karénine de Tolstoï, au «beau visage mâle et ferme, son calme plein de distinction, son air de bienveillance».

D’autre part, les communicants du Kremlin ont fait valider cette vision du dirigeant par la mise en scène toujours plus fréquentes de nombreuses admiratrices. En 2002, dès son premier mandat de président, un duo de chanteuses sort une chanson pop qui cartonne avec un refrain très clair: «Je veux un mec comme Poutine / Fort comme Poutine / Qui ne boive pas, ne m’insulte pas / Qui comme Poutine ne s’enfuit pas.»

En 2010, des étudiantes en journalisme (sic) ont posé pour un calendrier très sexy afin de remercier le premier ministre de son action. En petites tenues, elles déclarent, notamment : «J’ai envie de vous remer­cier en tête à tête, appe­lez au 8-925…». Des étudiantes d’une autre université ont ensuite lancé en réaction un calendrier pour réclamer la libération de l’opposant Khodorkovski.

Medvedev a tenté de concurrencer Poutine sur ce terrain. En 2010, une jeune femme chante pour lui«C’est cool comme tu travailles en duo avec Poutine / Je rêve de toi la nuit / Je veux faire des enfants avec toi». L’année dernière, alors qu’il semblait que le président sortant tenterait peut-être de concurrencer Vladimir Poutine (ce qui n’a pas du tout était le cas), une «guerre des jolies filles» s’est engagée. Sur la place Pouchkine à Moscou, un groupe s’est déshabillé pour remercier Medvedev d’avoir signé une loi classant désormais la bière dans les boissons alcoolisées. Quelques semaines auparavant, un mouvement baptisé «j’aime vachement Poutine» s’était fait remarquer en lavant en maillot de bain et en public des voitures.

Les Medvedev’s girls lors d’un meeting en novembre 2011. (Photo Reuters)

Tabou sur la vie privée

Cette érotisation officielle s’accompagne d’un tabou sur la vie privée du Premier ministre sortant. Il a deux filles mais aucune photo d’elles majeures n’est connue. De nombreux mystères entourent également la relation avec sa femme, qui n’apparaît que très rarement en public. Sont-ils encore mariés ? Ou, alors, a-t-elle été envoyée en exil dans un monastère dans la région de Pskov ? La rumeur a été tellement persistante que le Time s’est rendu là-bas pour vérifier l’information, mais n’a jamais pu entrer dans le monastère qui a, bizarrement, était rénové pour plusieurs millions de dollars.

La fin de l’article par ici 

 

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