Lina, Ma lettre à la République et à Kery James

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Il y a bien quelque chose de rance dans notre royaume. Le débat politique s’en alimente et le régurgite chaque jour sur les ondes comme si une élection présidentielle devait s’occuper des modes d’abbatage des animaux destinés à nos assiettes. Le Pen lance la balle, elle est récupérée par Sarkozy et ses sbires qui offrent ainsi la possibilité aux autres candidats de produire leurs plus beaux saltos arrières intellectuels… et pendant ce temps personne ne parle des vrais sujets … les lendemains d’élections sembleront bien difficiles à de nombreux français et d’ici quelques mois les courbatures intellectuelles et idéologiques feront sentir leurs effets dévastateurs.

Pourtant la démagogie n’est pas l’apanage de la droite et de son extrème, elle n’est même pas une marque déposée de la politique française… par delà les joutes idéologiques des plateaux de David Pujadas, des artistes sont devenus, eux aussi, maîtres en la matière.

Kery James, le Marine le Pen à l'envers

Prenons Kery James, rappeur né en Guadeloupe avec des origines haïtiennes qui a traversé les premières années de sa vie entre la banlieue, la famille d’accueil, les petits boulots et la haine. une haine profondément ancrée dans son esprit de par son histoire personnelle, peut être son éducation … et une conviction inébranlable que le mot France se définit en deux termes : racisme et colonisation… Nous voici donc, nous les sales blancs, fils, petit fils et arrière petit fils de tortionnaires, d’esclavagistes, de meurtriers et j’en passe.

EXTRAITS DE « LETTRE À LA RÉPUBLIQUE » de Kery James  : « A tous ces racistes à la tolérance hypocrite / Qui ont bâti leur nation sur le sang / Maintenant s’érigent en donneurs de leçons / Pilleurs de richesses, tueurs d’Africains / Colonisateurs, tortionnaires d’Algériens. […] Nous les Arabes et les Noirs / On est pas là par hasard / Toute arrivée a son départ ! / Vous avez souhaité l’immigration. / Grace à elle vous vous êtes gavés, jusqu’à l’indigestion. […] Demandez aux tirailleurs sénégalais et aux harkis. Qui a profité d’qui ? La République n’est innocente que dans vos songes […] Toujours les mêmes qu’on pointe du doigt dans votre France de rancœur. En pleine crise économique, il faut un coupable ? Et c’est en direction des musulmans que tous vos coups partent. »

Si je devais répondre à l’incroyable immondice intellectuel qu’est le texte de ce morceau, naturellement mon propos serait sujet à caution … peut être par que je suis relativement exaspéré de me faire insulter, au sein du collectif  “les français”, par des “artistes” qui ne connaissent en fait rien à l’Histoire et à la Politique, qui mélangent leur petite histoire personnelle avec l’Histoire et qui passent leur temps à reprocher à la société toute entière de ne pas s’être adaptée à leur petite personne…. Non je ne veux pas répondre car vous le voyez, à entrer dans ce jeu on devient exagérément véhément et rageux.

C’est alors que je suis tombé sur ce témoignage. Un texte posé et sympathique qui tente d’expliquer à notre rappeur que sa vision de la société est peut être légitime vue de son petit bout d’expérience mais qu’il en existe bien d’autre tout autant légitime, viable et respectable… Non Kery ta République n’est pas la nôtre … mais je suis bien certains que ton seul objectif sera atteint… tu vendras plein d’album en jouant sur la peur et la haine de l’autre … ah Marine quand tu nous tiens !

Article de Rue 89

Je viens d’écouter la chanson de Kery James, « Lettre à la République ». J’ai 21 ans. J’aime peu le rap, mais j’ai toujours apprécié la plume de Kery James, toujours sincère, honnête, parfois violent. Mais jusqu’à présent ce n’était jamais gratuit.

Là, ça va très loin. Je me demande comment il peut écrire de telles horreurs sur la vie en France à notre époque. Je suis française de la Réunion. Mon père est réunionnais, d’origine indienne (« Malbar »). Ma mère est algérienne, venue en France à 25 ans pour ses études.

Que certains le veuillent ou non, je le répète, je suis française. Il n’y a qu’en France 
métropolitaine ou sur mon île, La Réunion que je me sens pleinement chez
 moi. Je sais qu’il me faudrait plusieurs années pour m’adapter pleinement à l’identité d’un pays comme l’Inde ou en Algérie.

En France, je n’ai que très peu connu le racisme et la discrimination. Je viens d’une 
famille de la classe moyenne qui a pu m’envoyer en classe préparatoire, et j’ai réussi à intégrer une des meilleures écoles de commerce de France. Jusqu’à présent, je ne pense pas avoir été discriminée à cause de mes origines (attendons la recherche d’emploi, me répondrez-vous peut-être).

Au vu de mes origines complexes, et s’il fallait jouer la victime, je serai la plus qualifiée.

Du côté de mon père, mes ancêtres ont fui au XIXe siècle la misère de l’Inde, causée par l’avide puissance coloniale anglaise et avant elle, le fanatique empire moghol.

Ces
 « Malbars », arrivés sur l’île en tant encagés ou esclaves, étaient à peine plus estimés que les « Cafres », Africains et Malgaches, descendants d’esclaves. 
Pourtant, il s’agit actuellement d’une des communautés les plus prospères de l’île.

Ma famille a survécu au colonialisme

Ma mère avait 10 ans lorsque l’Algérie est devenue indépendante, et pour sa famille, ces huit années de guerre ont été un réel traumatisme. Son père avocat était aussi bien harcelé par l’armée française que par le FLN. Pourtant, dix ans plus tard, il disait fièrement que le traumatisme est passé, et que les Algériens doivent prendre leur destin en main.

Comme vous voyez, Kery James, ma famille, pourtant malmenée par les puissances coloniales de l’époque a su garder la tête haute et je ne comprends pas, comment vous, un des représentants de la diversité (un terme que je n’aime d’ailleurs pas), pouvez-vous vous permettre de dire, en 2012, que la cause du malheur des Noirs et des Arabes de France, c’est 
le passé colonial de la France.

L’esclavagisme, l’impérialisme sont des phénomènes mondiaux. Si je vous parle du Japon, pensez-vous au massacre de Nankin ? Et si je vous dis Turquie, allez vous me parler du génocide arménien (maintenant oui, grâce à Super-Sarko…).

Que va-t-il se passer si des gens comme vous ramènent au goût du jour des guerres qui ne sont plus les nôtres, des souffrances qu’on tend à oublier ?

Aussi simpliste et violent que du Zemmour

Les paroles sont très simplistes, et gratuitement violentes. A les écouter, on comprend que si les Noirs et les Arabes dealent et agressent, c’est à cause de bourgeois blancs collabos de l’oligarchie financière qui les a fait venir pour pouvoir les exploiter dans les usines…

On dirait du Zemmour, c’est le même message… sauf qu’il s’adresse à un autre public. En école de commerce, je vois des gens d’Afrique noire et du Maghreb, brillants et intelligents. Ils sont plus nombreux que ce que les médias et l’opinion publique pensent, et très sincèrement, j’espère qu’ils seront l’avenir de la France.

La suite sur Rue 89

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