7 mai, gueule de bois

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Par JACQUES ATTALI

Jacques Attali

Chacun sait, chacun répète, que la France doit réduire sa dette publique. Chacun sait, chacun répète, que la campagne ne porte pas sur ce sujet. Chacun sait, chacun répète, qu’aucune économie sérieuse n’est proposée par aucun candidat. Chacun sait, chacun répète, que les objectifs acceptés par la gauche et la droite sont totalement hors de portée, parce que nul ne sait comment réaliser l’excédent budgétaire nécessaire pendant 10 ans au moins, à partir de 2017 au mieux.

Et pourtant pourtant, rien ne change. La campagne s’étire, comme en baillant. On s’y ennuie, on n’y parle, à droite comme à gauche, que de minuscules détails, de dépenses nouvelles non chiffrées ou d’impôts symboliques, mais ne rapportant rien.
Si on continue comme cela jusqu’au 6 mai, voilà ce qui nous attend.
Le 7 mai, si Francois Hollande est élu, la droite entrera dans une grave crise et explosera, pour le plus grand plaisir du Front National. Le nouveau Président annoncera que la situation financière est épouvantable, pire que celle annoncée par les équipes précédentes, et qu’il lui faut étudier de près la réalité avant d’agir. Les marchés financiers, dont dépendent les trois quarts du financement de notre dette publique, s’inquiéteront et rendront plus couteux les emprunts que l’Etat devra faire en mai, pour payer les salaires des ses fonctionnaires. Les préteurs exigeront immédiatement du Président, et de son premier gouvernement, des réformes et des coupes très brutales, avant même les élections législatives de juin. Pour ne pas les perdre, l’exécutif tergiversera et n’annoncera rien de sérieux. Après les législatives, la gauche, qui les gagnera, dénoncera des comptes maquillés par la droite, et lui fera porter la responsabilité des économies et des hausses d’impôts nécessaires. Elle annoncera qu’il faudra trouver au moins 20 milliards en 2012 et, si la croissance n’est pas au rendez-vous, ce qui est vraisemblable, le double en 2013, et le double encore en 2014. Et plus encore dans les 3 années qui suivront. Il ne sera plus question de largesse d’aucune sorte. Pendant tout le quinquennat.
Le 7 mai, si Nicolas Sarkozy est réélu, la gauche basculera dans une grave crise ; le parti socialiste explosera ; une partie de ses membres ira rejoindre Jean-Luc Mélenchon, qui deviendra le chef de l’opposition ; la droite pourra plus aisément passer les échéances d’emprunt de juin ; elle gagnera les législatives, sous les applaudissements prudents des marchés. Mais elle devra, elle aussi, révéler, dès juillet, que le déficit budgétaire de 2012 sera finalement supérieur à ce qu’annoncent aujourd’hui les comptes, en raison dira la droite, d’erreurs impossibles à prévoir. Pour tenir les prévisions de réduction de la dette publique, qu’exigeront les préteurs, la droite décidera de coupes brutales dans les budgets sociaux, sans augmenter les impôts des plus riches. Cela se traduira par une chute de la croissance et des revenus fiscaux. La nouvelle gauche mettra des millions de gens dans la rue ; les grèves se multiplieront. Les marchés commenceront à s’inquiéter. Les taux d’intérêt augmenteront massivement. La crise sera là. Pour tout le quinquennat.
Dans les deux cas, le pays paiera le prix d’une campagne électorale totalement ratée. Non de la faute des candidats. Ni des journalistes. Mais des élites françaises , qui n’auront pas su sortir à temps,   de la douceur de vivre,  de la drôle de guerre, de l’ivresse trompeuse.

2 thoughts on “7 mai, gueule de bois

  1. Chère Hauteur,

    Ouh mais quelle poussière ! Voilà longtemps que mes commentaires nécessaires ne sont pas venus faire le ménage dans le fourbi mélodieux de vos écrits envoûtants (j'en fais un peu trop mais d'une parce que je sais que vous n'avez pas écrit cet article, de deux, parce que je veux être sûre que mon commentaire sera publié).

    Anyway comme disent les Rosbeefs d'Albion, ma chère Hauteur : j'aimerais que vous vous fassiez l'écho, ainsi que vos relations diverses, de mon coup de gueule : j'ai une idée d'économie !!! Pourquoi nos chers élus exemplaires n'ont-ils pas été informés du coût que représentent leurs rétributions ? Qui le leur a honteusement caché ? Je propose donc, pour faire des économies, que la Gauche hopefully (Rosbeefs etc.) victorieuse fasse une économie de 750 millions d'euros dès les premiers mois de son exercice du pouvoir !! Si si si ! Quoi de plus simple que de réduire de 75% le budget du Parlement afin par exemple que leur régime de retraites, leurs chauffeurs, leurs voitures, leurs frais, leurs collaborateurs, leurs restaurants et j'en passe, en surnombre horrifiant, reviennent à des proportions non plus raisonnables, mais tout du moins honnêtes ? Mmmmh ?

    Et vous verrez que je fourmille d'idées, entre les conseillers généraux incompétents grassement entretenus ou les communautés de communes aux postes supplétifs de ceux déjà existants dans les mairies, et j'en passe. Je suis excitée telle une vierge au moment du Spring Break (Rosbeefs du Nouveau Monde cette fois) !

    Voilà chère Hauteur, je tenais à figer un peu d’avantage ma virgule dans le roman de la gabegie étatique.

    La bonne bise,

    Cécé

    1. à la lecture de votre commentaire, chère lectrice, je réalise que vous avez renoncé à vous porter à nouveau candidate à un mandat électif … 🙂

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