ATD ou comment donner de fausses réponses à des idées reçues

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Une de mes plus charmantes amies a partagé sur son mur Facebook un document publié par ATD Quart Monde et rédigé en collaboration avec la MRIE, Mission Régionale d’Information sur l’Exclusion en Rhône-Alpes. Dans ce tract électronique, l’organisation nous invite à « déconstruire des préjugés et des stéréotypes répandus sur la pauvreté et les pauvres, afin que ceux-ci cessent d’être les boucs émissaires des maux de nos sociétés et qu’ils deviennent au contraire des partenaires à part entière dans la construction d’un monde plus juste. » Vaste sujet qui présuppose que dans notre pays, un grand nombre de nos concitoyens penseraient que les pauvres sont des salauds et les principaux responsables du malheur du monde… Il y a d’ailleurs fort à parier que ce grand nombre de concitoyens doit être identique à tous ces enfoirés qui votent à droite (sarcasme)…

L’intention est louable et l’exercice est couronné de succès sur certains points. Ce qui gâche l’ensemble ce sont les approximations et les faux sens volontaires. Prenons à notre tour quelques exemples et cela même si je ne suis pas un spécialiste de l’explicitation des chiffres :

9-1) « L’immigration augmente d’année en année en France » Faux.http://www.insee.fr/fr/themes/table…

Le lien vous renvoie à un tableau relativement complexe qui distingue français par naissance, français par acquisition, immigrés et étrangers. Selon la définition adoptée par le Haut Conseil à l’Intégration, “un immigré est une personne née étrangère à l’étranger et résidant en France. Les personnes nées françaises à l’étranger et vivant en France ne sont donc pas comptabilisées. À l’inverse, certains immigrés ont pu devenir français, les autres restant étrangers. Les populations étrangère et immigrée ne se confondent pas totalement : un immigré n’est pas nécessairement étranger et réciproquement, certains étrangers sont nés en France (essentiellement des mineurs). La qualité d’immigré est permanente : un individu continue à appartenir à la population immigrée même s’il devient français par acquisition. C’est le pays de naissance, et non la nationalité à la naissance, qui définit l’origine géographique d’un immigré.”

Ce faisant l’INSEE comptabilise la totalité de l’immigration légale et seulement une partie de l’immigration illégale. Ses chiffres sont donc évidemment incomplets. On constate au travers de ce tableau qu’entre 1920 et  2008 la population française a évolué comme suit :

– Part des Français par naissance : passe de 95,4 % à 89,8 %. C’est une évolution qui n’a pas connu d’accélération ces 30 dernières années mais qui est constante depuis le début du XXème siècle ;

– Part des Français par acquisition : passe de 0,7 % à 4,4 %. Le nombre d’acquisition de la nationalité française a été bloqué seulement entre 1975 et 1982 avant d’accélérer de 1982 à 1999 (+1,4 point) puis de reprendre un rythme plus habituel de 1999 à 2008 (+0,4) ;

– Part des étrangers : passe de 3,9 % à 5,8 %. Pour le coup l’évolution est loin d’être stable ; entre 1921 et 1926 on passe de 3,9 % à 6 %. A partir de 1931 la part des étrangers diminue jusqu’en 1962 ou elle repart à la hausse pour 20 ans. Entre 1982 et 2008, elle est relativement stable.

– Part des immigrés : passe de 3,7 % à 8,4 %. Très stable depuis les années 70, la part des immigrés est repartie à la hausse entre 1999 et 2008 avec 1 point en plus.

La conclusion de tout ça est que certes « L’immigration n’augmente pas d’année en année en France » ; elle augmente certaines années et diminue d’autres mais si l’on prend la notion d’immigration au sens strict, que ce soit à court, moyen ou long terme, l’immigration augmente en part et en nombre dans ce pays. J’ai du mal à comprendre pourquoi perdre son énergie à nier ce fait quand on pourrait l’utiliser pour expliquer que l’immigration n’a jamais été et n’est toujours pas aujourd’hui un problème pour la France mais une aide indispensable.

Deuxième exemple : « Les pauvres ne paient pas d’impôts »

“Faux. Le taux moyen d’imposition (impôts directs et indirects) des 10% les moins riches est d’environ 40%, celui des 0,1% les plus riches d’environ 37%, et celui des revenus moyens de 45 à 48% (source : calculs effectués par les économistes Saez, Landais et Piketty à partir des données INSEE). NB : pour les plus hauts revenus, les taux réels d’imposition sont souvent très inférieurs aux taux affichés, à cause des niches fiscales. Grâce à elles, une partie des plus hauts revenus échappe à une part de l’imposition.”

Chacun sait que quand cette phrase est prononcée, elle vise l’impôt sur le Revenu dont sont exonérés 50 % des foyers de ce pays et dont la majeure partie du poids pèse principalement sur les classes moyennes puisque, comme le précise ATD, les plus hauts revenus sont préservés grâce aux niches fiscales. La méthode du « salauds de riches » est un peu grossière pour le coup. Soyons exacts, le terme « impôts » a une définition. C’est Gaston Jèze  qui a défini l’impôt comme étant : « une prestation pécuniaire requise des particuliers par voie d’autorité, à titre définitif et sans contrepartie, en vue de la couverture des charges publiques. ». En France, comme en Allemagne, les cotisations sociales ne sont pas considérées comme de l’impôt car les cotisations sont compensées par des prestations. Cela a été confirmé par la cour de Cassation dans un arrêt du 18 octobre 2001, reprenant la position de la Cour de justice des communautés européennes qui avait considéré la CSG comme une cotisation sociale et non comme un impôt.

Quels sont les impôts en France ?

Il y a d’abord les impôts indirects : (les chiffres entre parenthèses représentent la part que chaque impôt représente dans les recettes fiscales nettes de 2008)

– la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) (50,6 %). C’est l’impôt le plus importante en France, puisqu’il couvre à lui seul plus de la moitié des recettes fiscales, mais c’est aussi le plus injuste puisqu’il s’applique à tous de la même manière quel que soit le revenu concerné. Néanmoins, c’est aussi le plus efficace puisqu’il taxe indifféremment le résidant et le touriste, le bien produit en France ou importé. De plus, en valeur, les consommateurs les plus riches sont ceux qui payent le plus de TVA car plus on consomme plus on paye et plus le bien est cher plus le montant de la taxe est élevé…

– taxe intérieure sur les produits pétroliers (TIPP) (4,5 %) : Voici une taxe qui fait elle aussi débat car elle sanctionne directement tous les propriétaires de véhicules automobiles. Elle touche indistinctement les pauvres et les riches pour un bien de plus en plus rare et dont l’utilisation est néfaste pour l’environnement. Si ATD a une solution sur ce point chaque candidat à l’élection présidentielle est preneur !

– autres : notamment les droits de succession (4,7 %) : cet impôt là a été supprimé sur les successions d’une valeur inférieure à 150 000 €. En d’autres termes, les « pauvres » selon la définition d’ATD ne sont plus concernés par ces droits. Pour rappel une succession d’un montant de 1 000 000€ est taxée à 40 %

En ce qui concerne les Impôts directs (40,2 %), dont  l’impôt sur le revenu, sur les sociétés ou de solidarité sur la fortune, ils ne concernent que la moitié de nos concitoyens.

Si nous résumons, les 50 % de nos concitoyens les plus pauvres payent la TVA, la TIPP. Pour les impôts locaux, un ménage avec un enfant et un revenu fiscal inférieur à 21 000 € en sont exonérés.

 Alors je sais c’est long mais quand on veut tuer des idées reçues on essaye de le faire justement et avec précision car un mensonge répété à l’envie fini toujours par devenir une vérité pour des oreilles complaisantes.

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